Les sangliers étaient des bisons : pas de chance pour 2 chasseurs suisses étourdis

Comment des chasseurs suisses ont tué des bisons en Biélorussie

Fin novembre, deux chasseurs suisses étaient arrêtés en Biélorussie, pour avoir abattu deux bisons, espèce en danger d’extinction.

Deux Genevois de 63 et 57 ans sont au cœur d'une «affaire scandaleuse» survenue en Biélorussie le 14 novembre. Ils ont abattu deux bisons, une espèce menacée d'extinction. Arrêtés brièvement, ils ont pu quitter le pays après s'être acquittés d'une amende de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Trois mois après les faits, les Biélorusses n'ont toujours pas digéré ce dérapage. «Un accident», assurent les chasseurs.

Plusieurs journaux ont dénoncé ces «braconniers qui ont tué une mère de 7 ans et son petit d'un an et demi». Les chasseurs, autorisés à tirer uniquement des sangliers et des cerfs, avaient pourtant reçu des documents rappelant que la chasse du bison européen est catégoriquement interdite dans le parc national Belovezhskaya Pushcha.

Le voyage a été organisé par une agence allemande, Westfalia-Jagdreisen, qui assure plus de 30 destinations dans le monde avec du gros gibier à la clé: buffle, lion, léopard, ours ou éléphant.

Le mardi 14 novembre 2006, quatorze étrangers et un officier du parc partent à la chasse : il y a dans ce groupe cinq Français, deux Italiens et… sept Suisses, dont deux Genevois, des tireurs de longue date qui ont chassé au Canada, en Slovaquie ou, comme en 2005 déjà, en Biélorussie.

A 16 h 40, le directeur de chasse entend «quatre coups de feu». Il découvre deux bisons morts. A leurs côtés, les Suisses. La chasse est arrêtée, les deux chasseurs interpellés, leurs passeports retirés. Accusés d'avoir violé l'article 282 du Code pénal biélorusse, qui punit le braconnage, les deux hommes auraient été entendus par le Bureau de district de Pruzhany avant d'être relâchés. Le prix à payer pour le préjudice causé à la nature et pour «ne pas aller en prison» a dépassé les 10 000 francs. L'agence de voyages a versé 16 000 francs par bison tué au parc national. Total: plus de 40 000 francs d'amende.

La zoologie et la Suisse

Le directeur général du parc, Nickolai Bambiza, expliquera à la presse que ces Suisses «n'avaient jamais vu de bisons auparavant et que, dans l'excitation de la chasse, ils les auraient confondus avec… des sangliers !» Et de révéler qu'un Helvète avait déjà tué un bison en Pologne il y a six ans: «La Suisse n'est sans doute pas le meilleur pays pour apprendre la zoologie…»

«C'était un accident, jure l'un des chasseurs incriminés, on a tiré dans une harde de sangliers où se trouvaient des bisons. Je ne suis pas du tout un braconnier. Vu le prix de l'amende, on ne les aurait pas tirés intentionnellement!» Les deux Suisses ont quitté le pays le 18 novembre. Ils se sentent «tout à fait en règle» pour retourner chasser en Biélorussie ou ailleurs. Les deux bisons, eux, ont été empaillés. Leur viande a été offerte au restaurant du parc qui l'a proposée à l'étouffée au prix de 10 000 roubles (6 francs) la portion.

Le bison d'Europe, animal protégé depuis 1577

De telles traques ne sont pas sans gêner les Biélorusses et leurs voisins. «Des centaines de riches messieurs de Russie et d'Europe sont venus en 2006 dans le parc national, non pas pour s'émouvoir de sa beauté et de ses secrets, mais pour tuer», s'exclame ainsi Vladimir Boreiko, directeur du Centre écologique et culturel de Kiev. La chasse incriminée s'est tenue à Belovezhskaya Pushcha, une forêt primaire située au sud-ouest du pays, à cheval entre la Biélorussie et la Pologne.

Animal sur Liste rouge

Avant les touristes, les rois de Pologne puis les tsars de Russie couraient chasser dans la même région. Sauf le bison bonasus, le plus gros mammifère terrestre d'Europe, qui dès 1577 a été mis sous protection. Même la tsarine Catherine II, qui autorisa la chasse sur ses terres, ne permit pas celle du bison. En 1802, Alexandre Ier la bannira même dans un édit.

Ça ne suffira pas. En 1919, le dernier bison du parc était tué par un braconnier. Grâce à la réintroduction de bêtes provenant de zoos, le parc compte près d'un siècle plus tard quelque 300 individus côté biélorusse et 400 côté polonais. L'animal apparaît sur la Liste rouge de l'Union internationale pour la protection de la nature (UICN).

Reste que le Zubr, comme on l'appelle en Biélo­russie, est toujours «confronté à un risque très élevé d'extinction à l'état sauvage». Le Ministère bélarus de la protection de l'environnement n'autorise l'abattage que des bêtes âgées ou malades et avec une licence spéciale.

Florence Perret

Dommage qu'ils soient suisses, deux supporters de qualité en moins pour Nicolas Hihous, le candidat de CPNT, Chasse Pêche Nature et Tradition. C'est vrai qu'il y en a déjà tout plein des comme cela en France. Difficile de ne pas faire l'amalgame. Que sont les chasseurs respectueux des lois devenus ?

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