Trop de lynx dans le canton de Vaud, les chasseurs ont horreur de la concurence. Ils veulent réguler!

SUISSE - ALPES VAUDOISES - La prolifération du félin inquiète les spécialistes de la faune et agace les chasseurs. Ces derniers demandent aux autorités de lever l’interdiction de tir protégeant ce concurrent.

Les lynx seraient actuellement trois à quatre fois trop nombreux dans les Alpes vaudoises, selon les chiffres fournis par le KORA (projets de recherches coordonnés pour la conservation et la gestion des carnivores en Suisse). Alors qu’il faudrait idéalement une proportion d’un individu pour 150 km², on en compte aujourd’hui?11?dans cette région, soit 2,5?individus pour 100 km².

Conséquence principale de ce retour en force, une diminution inquiétante du cheptel de chevreuils et de chamois, proies privilégiées du félin (lire encadré). «Dans les années 1980, on recensait environ 250?chevreuils dans le Pays-d’Enhaut. Ils sont une soixantaine aujourd’hui», explique Sébastien Sachot, conservateur de la faune du canton de Vaud.

Culte du prédateur 

Dans le monde cynégétique, le ton monte: «On parle de biodiversité mais on assiste plutôt au culte du prédateur, s’emporte Eric Erb, président de la Diana d’Aigle. Les écologistes sont irresponsables. Si on laisse faire, les chevreuils et les chamois auront bientôt disparu de la région

Serge Ansermet, secrétaire du WWF Vaud, nuance: «D’une part, cette diminution est un phénomène local; ceux-ci prolifèrent dans le reste du canton. D’autre part, si le contingent de proies baisse, les prédateurs se feront moins nombreux aussi. C’est une régulation naturelle

Les chasseurs ont horreur de la concurrencePour les disciples de Saint-Hubert, l’argument ne vaut pas: «Premièrement, les observations montrent que les chevreuils ne sont pas plus nombreux dans le Jura. La preuve, le tir d’un seul animal y sera autorisé cette année. Deuxièmement, la loi fédérale stipule que ce sont les chasseurs qui doivent servir de régulateurs, pas les prédateurs», s’insurge Eric Erb. Serge Ansermet contre-attaque: «Si les chasseurs veulent vraiment jouer leur rôle de régulateur de la faune, pourquoi s’obstinent-ils à vouloir tirer des animaux là où le nombre d’individus n’a pas à être contenu? Le problème c’est qu’il y a une grande tradition de la chasse dans le Pays-d’Enhaut

Cheptel normal

Et chacun de chercher des solutions. «Ce que nous demandons, c’est une autorisation de tir de régulation jusqu’à ce que nous revenions à un cheptel normal, lance Eric Erb. Nous n’avons pas l’intention de laisser les prédateurs exterminer la faune de notre région

Pour le Canton, la réponse consiste à déplacer des individus vers des zones moins peuplées. Ainsi trois lynx ont déjà connu ce sort depuis 2006. Pour Jean-Claude Roch, c’est «une bonne première étape. Mais il y a encore quelques cantons qui refusent d’en accueillir; ce n’est pas normal. Et une fois que tout l’arc alpin sera réoccupé, si la situation ne s’améliore pas, il va falloir envisager le tir. Si le Canton ne prend pas les devants, on peut craindre que les habitants ne s’en chargent. Nous n’aurons alors aucun contrôle.» Une crainte partagée par Sébastien Sachot, conservateur de la faune: «Par le passé, il y a effectivement eu des cas d’empoisonnement. Notre stratégie actuelle consiste donc à déplacer des lynx et à diminuer la pression de la chasse en fixant des quotas

Car à l’heure actuelle, mettre un terme à cette activité n’est nullement envisageable. Serge Ansermet en convient: «Nous approuvons l’idée de laisser aux chasseurs tirer un chevreuil par saison plutôt que d’interdire la chasse de cet animal et de voir une recrudescence du braconnage. Si la population des lynx devait vraiment poser problème, au niveau du bétail notamment, le tir pourrait être envisagé.» Une mesure qui avait déjà été autorisée en 2001, selon Sébastien Sachot.

DAVID GENILLARD - 24 heures

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