Une centaine de vautours en Belgique

Plusieurs localités de Belgique ont reçu la visite d'un groupe d'une centaine de vautours fauves. Les rapaces viennent des Pyrénées espagnoles, où ils se sont vu couper les vivres par une nouvelle disposition légale.

Quelque 15 vautours fauves avaient été aperçus à Knesselare en Flandre orientale ce dimanche, mais 97 vautours fauves ont également été dénombrés aux étangs de Virelles.  D'après Dominique Verbelen de Natuurpunt, l'association flamande pour la préservation de la nature, les oiseaux de proie sont à la recherche de nourriture. "Les vautours fauves sont des saprophages. Ils se nourrissent de charognes, mais ils ne trouveront plus de sitôt de cadavre de vache ou de mouton en Belgique."

C'est donc la faim qui les a chassés de leur environnement naturel, explique Dominique Verbelen. "Auparavant, les fermiers espagnols déposaient les cadavres des bestiaux dans leurs champs, les laissant aux vautours. Mais depuis la montée de la maladie de la vache folle, la loi interdit cette pratique. Dans notre pays, ils n'auront pas de succès non plus. Le risque que les vautours mourront de faim, est donc réel. Actuellement, les agriculteurs espagnols insistent auprès de la Commission européenne pour que l'interdiction soit atténuée."

Plusieurs agriculteurs et amis des oiseaux ont décidés de mettre à leur disposition quelques carcasses pour nourrir cette centaine de vautours fauves à la recherche de nourriture.

Vagabondage de Vautours fauves en Belgique   

Par Julien Piette

Les Vautours fauves dont on a fait quelques observations récemment en Belgique sont-ils échappés de captivité ou d'origine sauvage? A l'occasion de deux observations faites ce printemps en Wallonie, cette question reçoit ici quelques éléments de réponse.

Le 2 mai 2001, Jacques Bultot observait au-dessus de Ransart (Charleroi) un Vautour fauve qui, après avoir cerclé quelque temps, prit la direction du nord-est. Le même jour, à 60 km au sud-ouest, un autre Vautour fauve était identifié à La Capelle (département de l'Aisne - France); il y fut recueilli le 6 mai en raison de son trop grand épuisement et est actuellement en centre de soins.

Plus récemment, le 2 juin un groupe de 27 vautours fauves fut observé par Jean-Paul et Anne-Marie Fouarge à Mont-Godinne (commune d'Yvoir) et le 4 juin un autre vautour fut observé dans la même région, à Roly, par Bernard Hanus, Jean-Sébastien Rousseau et Jean-Yves Paquet. Ce même jour et le lendemain, il fut aussi observé à Villers-en-Fagne, où il sema la confusion, lors d'une rencontre de balle-pelote, parmi les joueurs étonnés de voir apparaître un oiseau d'une aussi grande taille.

Les observations de ce rapace majestueux et imposant ont suscité sur le forum aves-contact des avis opposés. Nombreux sont ceux qui émirent, lors de la première observation, l'hypothèse d'un oiseau échappé de captivité. Il est vrai, en effet, que certains spectacles de volerie utilisent de grands rapaces, type aigle ou vautour, dans le cadre de démonstration de "vol libre". Toutefois, l'oiseau recueilli en France portait une bague du Muséum National d'Histoire Naturelle de Paris. Si son origine exacte n'est pas encore connue à l'heure où sont écrites ces lignes, il est très probable qu'il provienne de la région des Grands Causses, dans le sud du Massif Central. Il en va peut-être de même pour ceux de Ransart et de Roly.

Les observations de Vautours fauves en Belgique

Les observations de Vautours fauves en Belgique sont rares. Il y a en effet 5 données homologuées totalisant 5 individus, 4 avant 1950 (le premier séjourna plusieurs semaines dans les dunes de Knokke en 1893 avant d'être tiré et collecté dans un état très amaigri), la dernière en octobre-novembre 1986 (un oiseau qui par ailleurs circula probablement de juin à octobre à travers toute la Scandinavie) et trois données non encore examinées par la commission d'homologation : celles de Ransart et de Roly et une en juillet 2000 à Hoogstraten dans la province d'Anvers.

Toutefois, depuis plusieurs années, des observations de plus en plus fréquentes sont réalisées aux Pays-Bas : on ne comptait en effet que 5 données entre 1800 et 1996 (4 isolés et un groupe de 6 oiseaux en octobre 1944 dont trois furent abattus par des soldats anglais !) alors que depuis 1997, l'espèce est observée annuellement, dont au moins deux individus ce 21 mai 2001 et 18 autres durant la première semaine de Juillet 2001.

Le même phénomène est constaté dans la partie septentrionale de la France, où une grande partie des départements ont vu passer des vautours. C'est ainsi que le 27 mai 1997, un vol de 13 Vautours fauves fut observé vers le nord à Rocroi, dans le département des Ardennes !

D'autres grands nécrophages ont également été rencontrés dans la même aire géographique :

un Vautour moine Aegypius monachus relâché dans les gorges de la Jonte (Grands Causses) a été observé à Versigny (département de l'Aisne) en juin 1997;
deux Gypaètes barbus Gypaetus barbatus, ont été notés en mai 1997 aux Pays-Bas; au moins un provenait de France : relâché dans le Mercantour, il séjourna du 12 au 19 mai aux Pays-Bas et fut revu 5 jours plus tard dans le massif des Bauges (Alpes françaises). Le baguage révèle bien souvent le comportement erratique des Vautours fauves, mais aussi leur provenance : un exemplaire bagué poussin dans les gorges de la Jonte le 16 avril 1998, fut observé dans le sud-ouest des Pays-Bas les 1er et 3 juin 1999.

Un autre, bagué poussin à nouveau dans la Jonte en mai 1998, y était encore présent le 7 juin 2000 puis fut observé du 24 juillet au 12 août 2000 en Lettonie, à plus de 2.000 km au nord-est! Bagué au nid en Croatie, un jeune fut retrouvé quelques mois plus tard, le 7 septembre 2000, à plus de 800 km de là, près de Nice.

Un mâle, capturé en septembre 1987 en Italie sur la côte Adriatique, fut gardé en captivité et relâché avec une femelle le 5 février 1992 dans le cadre d'un projet de réintroduction dans les Alpes italiennes (au Nord d'Udine), où ils ont été vus pour la dernière fois le 21 avril 92. La femelle fut tirée le 14 août 1992 dans le Voralberg (Autriche). Le mâle fut observé près d'Amsterdam entre le 28 avril et le 3 mai 1993; il fut tiré le 9 novembre 1995 en Slovénie.

Ces quelques données soulignent donc le caractère naturel de certaines des apparitions loin des colonies de reproduction. Plusieurs éléments expliquent ce phénomène. Tout d'abord, on s'aperçoit que les oiseaux qui effectuent ces déplacements sont majoritairement de jeunes oiseaux. La maturité sexuelle des vautours est, en effet, assez tardive (Vautour fauve : vers 4-5 ans, Vautour moine : 5-6 ans, Gypaète barbu : 5-6 ans), ce qui accroît la période d'errance de ces oiseaux, durant laquelle ils entreprennent des mouvements attribués à du vagabondage.

Grands voiliers, ils n'ont pas de difficultés à parcourir de longues distances. Par contre, ils rencontrent parfois des problèmes pour découvrir de la nourriture, surtout dans les régions où l'élevage extensif des ovins n'est pas pratiqué. Pour cette raison, il est fréquent que des Vautours, malgré leur grande capacité à jeûner, finissent par s'épuiser et soient recueillis, comme ce fut le cas avec l'oiseau du département de l'Aisne. Ces jeunes oiseaux se dispersent sans doute dans toutes les directions, mais leur présence n'attire l'attention que dans les régions où elle est insolite, comme le nord de l'Europe.

Le second élément explicatif est lié à la dynamique des populations de Vautours fauves en France et en Espagne. Menacée de disparition au 20e siècle, l'espèce connaît aujourd'hui une véritable explosion de ses effectifs, notamment à la suite de l'interdiction de l'utilisation d'appâts empoisonnés, à sa protection légale et à sa réintroduction dans certaines zones dont elle avait disparu. Les gorges de la Jonte ont été le premier site où des vautours furent relâchés dans les années 1980.

Aujourd'hui, la colonie abrite 250 individus, auxquels se sont ajoutés une trentaine de Vautours moines. Actuellement, d'autres secteurs sont également concernés par ces réintroductions : les Baronnies (Drôme) et les Alpes du Sud (Verdon et Vercors). Il n'est ainsi pas étonnant de constater que tous les individus errants, identifiés parce que porteurs de bagues, proviennent de ces populations réintroduites.

Espagne :
1978 : 3.240 couples
1989 : 8.000 couples
1999 : 17.089 couples (55 000 individus).

France :
1976 : une soixantaine de couples
1985 : 139 à 159 couples (446-496 individus)
2000 : 593 couples (1.470-1.790 individus)

L'observation de Vautours fauves en Wallonie s'inscrit donc dans le cadre de l'augmentation croissante du nombre de données de ce type dans tout le quart nord-ouest du continent européen, témoignant de l'encourageante dynamique positive des colonies du sud de la France (en partie liée à d'importants efforts de réintroduction) et de la Péninsule Ibérique.

Mes remerciements à René-Marie Lafontaine et Gunter Desmet qui ont fourni les données acceptées par les Commissions d'Homologation belge et hollandaise et à Pierre Leprince pour ses conseils.

Julien Piette

Source : Aves

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