Ces bergers qui tolèrent l'ours

VALLÉE D'ASPE. Jérôme Ouilhon, du Fonds d'intervention éco-pastoral, est parti à la rencontre de Lucie et René deux bergers. Ils ne condamnent pas l'ours et s'équipent pour se protéger du plantigrade

Déjà trois heures que Lucie est levée à la cabane d'Hortassy, au-dessus du val de Belonce. Les brebis sont traitées, le caillé commence à prendre forme dans le chaudron. La bergère ne fait plus que trois fromages par jour au lieu de six car les brebis ont moins de lait. L'été tire à sa fin, Lucie et son ami Laurent en profitent pour lever le pied. Dans sa poussette, Christophe, leur fils de 8 mois, tire l'oreille de Charly l'un des deux patous, beaucoup plus docile avec le fils de la maison qu'avec les étrangers. Les cochons, gras et placides, se dorent aux premiers rayons du soleil. Les randonneurs les plus matinaux descendent du refuge d'Arlet et passent devant la bergerie.

«On est plus embêtés par les sangliers que par les ours»

En cette journée ordinaire du mois d'août, dans cette cabane de la zone à ours, en plein parc national, Jérôme Ouilhon, l'unique salarié du Fonds d'intervention éco-pastoral (FIEP) effectue sa visite de courtoisie et d'aide technique. Il est venu avec un bénévole du FIEP, Alain Bruel, fidèle parmi les fidèles. Ils ont laissé la voiture au-dessus de Borce et ont marché jusqu'à chez Lucie et Laurent. Jérôme prend des nouvelles. Il s'enquiert de l'état des radio-téléphones, du fromage Pé Descaous. On parle du projecteur d'effarouchement, de la clôture de protection (voir par ailleurs), autant de techniques mises en place pour se protéger de l'ours.

Ici, la bergère n'est pas inquiétée. «On a beaucoup plus de dégâts de sangliers que d'ours!» lâche Lucie Chandelle. «Quand il y a des dégâts, c'est que les brebis ne sont pas parquées la nuit. Ceux qui ont des problèmes, ce sont ceux qui ne gardent pas!» estime sans détour, celle qui vient ici tous les étés depuis l'âge de 11 ans. Elle en a 27 aujourd'hui et a repris les habitudes du grand-père. Le reste de l'année, elle travaille à la ferme avec ses parents à Arette où elle vend son fromage, fabriqué en estive. Il porte la marque Pé Descaous (voir par ailleurs), matérialisée par une l'empreinte d'une grosse patte d'ours. Lucie ne défilera jamais pour le maintien de l'ours mais elle possède cette espèce de pragmatisme montagnard. «On est là tout le temps, on laisse notre odeur partout. L'ours est un animal sauvage. Il ne va pas s'approcher comme ça. De toute façon, s'il n'y avait pas l'ours, on n'aurait pas toutes les aides : héliportages, muletages etc.» Même son de cloche chez René Beudou. Sa cabane de Lapassa-Aillary est accessible par le même chemin à une petite heure de chez Lucie.

«S'il n'y avait pas l'ours, on n'aurait pas toutes ces aides »

Il est en train de traire ses bêtes. L'ours, il l'a senti de près. «J'ai eu onze brebis tuées, il y a trois ans sur le territoire espagnol. J'ai jamais été indemnisé.» Il n'en a gardé aucune rancœur. «Je ne suis pas contre. Cela dit, il ne me gênera pas la première fois, ni la deuxième mais s'il vient me voir tous les soirs, je serai pas d'accord. Je le chasserai. Pas à coups de fusil, je n'en ai pas!» Il s'adresse ensuite à Jérôme Ouilhon «Si vous mettez des ours, n'en mettez pas trop! Essayez de nous garder surtout.»

Source : Sud-Ouest - par Odile Faure.

NDLB: Quel plaisir de lire un tel témoignage!

 

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