Michel Terrasse et les vautours dans le programme de l'Education Nationale

Commentaires de Michel Terrasse à propos de publications utilisées dans le programme officiel de l’Education nationale des sciences de la vie et de la terre de la classe de 4ème

Programme officiel de l’Education nationale paru dans le BO de l’Education Nationale du 25 Août 2005

Ce programme comporte dans son chapitre « Reproduction sexuée et maintien des espèces dans les milieux » un enseignement sur la reproduction sexuée et des sujets annexes, liés à la biodiversité. En particulier il dresse le constat que les activités humaines peuvent influencer la reproduction sexuée des êtres vivants et par là même porter atteinte ou protéger ou recréer la biodiversité. Un certain nombre de sous-chapitres (présentés comme des sous-questions) sont proposés, tels que :

  • Des espèces qui envahissent les écosystèmes,
  • Faut-il réintroduire des espèces ?
  • Comment préserver la biodiversité chez soi ?

Analyse de 4 ouvrages

Hachette-Education - A ce chapitre cet ouvrage traite les sujets suivants :

  • Sauvegarde du Balbuzard pêcheur en Corse (p. 107),
  • Lutte biologique contre les ravageurs (p. 108)…

Bordas

  • à la page 108 : Des aménagements pour préserver la biodiversité,
  • à la page 114 : Sauver une espèce menacée- cas du Vautour percnoptère avec référence à l’action de la LPO.

Nathan

Cet ouvrage qui traite à la page 118 de la la disparition des tortues à La Réunion, propose à la page 122 dans ses exercices le sujet : « Vautours en danger », où il affirme : «poussés par la faim, les vautours ont changé de comportement : ils se rapprochent maintenant des habitations ou s’attaquent à des animaux vivants ».

Didier

Dans cet ouvrage à la page 111, le bilan des programmes de réintroduction mélange le cas de l’ours et des vautours, avec un amalgame entre les nuisances occasionnées par le plantigrade et ce qu’ils considèrent comme une surpopulation de vautours.

Commentaires de Michel Terrasse concernant ces deux dernières publications

Commentaires d’ordre général

Ces textes, en ce qui concerne les vautours, présentent, chacun à leur façon, la même ambigüité : ils partent d’un constat plutôt favorable à la cause de ces oiseaux (et par voie de conséquence de la « biodiversité » qu’ils sont supposés défendre), pour remettre en cause, par des arguments spécieux, la politique de leur conservation, menée depuis plus de quarante ans en France par la LPO.

La comparaison entre la réintroduction de l’ours dans les Pyrénées et celle des vautours dans les Grands Causses (Didier Ed.), outre qu’elle n’ait aucun sens (deux problématiques différentes, absence totale de rejet de la réintroduction des vautours dans les Causses par rapport aux difficultés rencontrées pour celle de l’ours) s’appuie sur des contrevérités profondes, montrant par là, qu’elle est davantage motivée par une volonté délibérée de critique et de remise en cause de ces politiques.

Commentaires sur le chapitre « Faut-il réintroduire des espèces ? » (Didier Editeur)

A la lecture de ce texte, on peut se demander si d’emblée leur rédacteur, n’avait pas opté pour une réponse négative, tant sont  évidentes la partialité, la mauvaise foi et la subjectivité qui transparaissent tout au long de leur lecture.

D’ailleurs la comparaison entre une réintroduction parfaitement réussie (celle des vautours dans les Causses considérée comme un modèle au plan mondial), et celle de l’ours (encore à ses balbutiements et beaucoup plus difficile puisqu’il s’agit d’un animal omnivore, donc capable de faits de prédation), est en soi, une preuve de la plus parfaite mauvaise foi, de la part de l’auteur de ces lignes.

Il serait intéressant d’analyser et de critiquer les arguments utilisés pour prouver que la réintroduction de l’ours pose problème. Restons cependant  centrés sur le cas du Vautour fauve, qui, soulignons-le, va souffrir dans cette comparaison et ce voisinage, d’un préjugé d’emblée défavorable. Et quand on connaît la politique violemment anti-ours menée par certains élus des Pyrénées Atlantiques, ainsi que les récentes campagnes anti-vautours qui s’y sont également déroulées (cas d’une pétition demandant le déclassement des vautours comme espèce protégée, ayant circulé dans ce département lors des récentes élections) et qui émanent de la même origine, on peut se demander si l’auteur de cet article, n’y a pas trouvé la source de son inspiration ?

Quelques contrevérités

Après avoir analysé les problèmes causés par la réintroduction de l’Ours dans les Pyrénées, l’auteur aborde le sujet suivant, à savoir le retour des Vautours fauves dans les Causses.

Le nourrissage artificiel est considéré comme un succès dans les Causses, mais les auteurs, indiquent que la même politique menée dans les Pyrénées, à savoir d’installer des aires de nourrissage, a conduit les vautours à devenir tellement nombreux qu’ils ont modifié leurs habitudes nécrophages.

Sur la politique de nourrissage artificiel

(Didier Editeur) - Cette politique a été mise en place dans les années 1980, quand la population de vautours des Pyrénées françaises, était au seuil de l’extinction (moins de 100 couples). Avec l’aide du Parc National des Pyrénées et de l’Office National de la Chasse, quelques charniers ont été créés au Pays Basque et en vallée d’Ossau. A partir des années 90 les nourrissages ont été progressivement abandonnés et seul le charnier d’Ossau a été maintenu jusqu’en 1997. A partir de cette date, les Vautours fauves du versant nord des Pyrénées, n’ont dépendu pour leur alimentation que de la mortalité naturelle des animaux domestiques fréquentant ces montagnes et ces collines.

Michel Terrasse à propos des vautoursIl aurait fallu pour être non seulement complet et objectif, dire que ces fermetures de charniers ont été décidées et obtenues par les protecteurs de la nature eux-mêmes, pour ne pas favoriser un accroissement artificiel des populations de vautours. Les populations d’ongulés domestiques fréquentant ces montagnes sont suffisantes, pour produire, par la mortalité naturelle les carcasses nécessaires à l’alimentation des vautours. 

Les Pyrénées-Atlantiques abritaient en 2005 (chiffres site Ministère de l'Agriculture) : 728.300 ovins, 330.600 bovins, 245.700 porcins, etc. Le taux de mortalité des ovins est en moyenne de 4% (3-5%), celui des veaux de 6% (statistiques DDAF).

Donc pour résumer, et à l’inverse des allégations de cet article, aucun nourrissage artificiel n’a été réalisé dans les Pyrénées depuis dix ans, et l’accroissement des populations de rapaces nécrophages de ces montagnes est la seule conséquence des nombreuses ressources alimentaires qu’ils y découvrent.

Sur le fait que les Vautours sont devenus des prédateurs

(Didier et Nathan Editeurs) - Cette affirmation est beaucoup plus grave, car elle est de nature à fausser totalement les relations de bon voisinage qui s’étaient établies depuis toujours entre les bergers et les vautours. Pour les bergers, les vautours, en débarrassant les alpages des carcasses indésirables, étaient selon leur propre dire, les ouvriers gratuits, dignes de leur reconnaissance et de leur protection.

Qu’est que la prédation ? C’est l’aptitude pour un être vivant à vivre aux dépens d’un autre organisme, qu’il capture à différents stades de son développement, et consomme après l’avoir mis à mort.

Quant à la nécrophagie, c’est une aptitude à consommer d’autres êtres vivants, après leur mort.

Il y a des outils pour être un carnivore et d’autres pour devenir nécrophage. En l’occurrence, les rapaces carnivores (aigles par exemple) sont équipés de serres préhensibles, ou de bec pour mettre à mort leurs victimes avant de les consommer.

Qu’observe-t-on avec les Vautours ? On observe que dans des situations limites, la nécrophagie peut atteindre certaines limites qui fait consommer un animal, encore vivant, mais la plupart du temps sur le point de mourir.

Dans certains cas toujours exceptionnels (animal immobilisé depuis une journée ou davantage, mise-bas difficile avec veau mort-né, descente de matrice, blessure grave etc…), on remarque que les vautours, sont capables d’anticiper sans attendre la mort. Ceci n’est pas nouveau et a été observé depuis toujours.

Aucune évolution morphologique ne permet de dire que ces oiseaux ont adopté des mœurs de prédateurs. Leurs serres, robustes mais dépourvues de force de préhension, tout comme leurs becs, puissants pour déchiqueter, sont les mêmes. Leurs pattes robustes leur permettent de se déplacer au sol, de supporter leur poids important, leurs becs sont assez tranchants pour ouvrir les téguments des cadavres dont ils se nourrissent… Mais en aucun cas de mettre à mort une proie en bonne santé, d’emporter cette proie dans leurs serres incapables de jouer ce rôle fondamental dans l’acte de prédation.

Les vautours sont devenus plus nombreux, c’est une réalité. Et c’est dû à la fois à la protection dont ils ont bénéficié depuis 40 ans, et des importantes ressources alimentaires que l’élevage moderne met à leur disposition.

Ils ont de moins en moins peur de l’Homme qui ne les détruit plus. Cette évolution dans leur comportement est indéniable et les curées de vautours (acte de se nourrir), qui étaient toujours éloignées des hommes, il y a trente ans, peuvent devenir voisines des exploitations.

Ce nouveau contact entre les Hommes et les Vautours (nouveau en France mais habituel en Inde ou en Afrique quand les vautours étaient abondants) a pu surprendre voire inquiéter. C’est certainement l’une des origines de la plupart des mauvaises interprétations.

Leur capacité à exploiter toute source de nourriture (y compris les placentas après les mises-bas) jusqu’aux limites entre la vie et la mort, n’est qu’une réponse comportementale bien connue : les carnivores sont parfois obligés de devenir des charognards quand l’occasion s’en fait sentir. Et les nécrophages que sont les vautours, peuvent à l’occasion confondre immobilité (souvent définitive) et mort.

Ce sont là des limites naturelles à des comportements, que les biologistes connaissent pour souffrir des exceptions. Parler dans ces circonstances de « changement entre nécrophagie et prédation », de surcroît dans un manuel scolaire, est non seulement faux mais dangereux. Dangereux, car il accrédite l’idée déjà répandue que les vautours, d’auxiliaires bénéfiques du monde de l’élevage, sont devenus de dangereux prédateurs, concurrents de leurs activités.

Michel TERRASSE
Diplôme de pharmacien - Diplôme d'interne des Hôpitaux de Paris. Certificat d'Etudes spéciales de Bactériologie, Immunologie, Sérologie, Parasitologie. Membre du Groupe des Jeunes Ornithologistes en 1956 puis de la Ligue Française pour la Protection des Oiseaux, de la société Nationale de Protection de la Nature. Membre fondateur du Fonds d'Intervention pour les Rapaces en 1972. En 1987 : Vice-président du F.I.R. et Vice-président de la LPO. Il a réalisé plus de vingt films dont "Entre terre et mer" "La nonnette du Groenland", "Le retour du bouldras", "Condors" et "Gypaète, le retour".
Michel TERRASSE assure à travers Bird Life et sa délégation française la LPO, la responsabilité de la protection des oiseaux au plan international.

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