Dérangement des Grands Tétras et protection des habitats

En commentaire d'une note précédente sur le Grand Tétras, David, un lecteur sensible à la protection des Grands Tétras écrit "Etant chasseur en montagne, je trouve autant de plaisir à lever un coq sans le tirer, pour ensuite pouvoir les observer, le mois de mai venu au chant." La question est : Aurez-vous l'occasion d'observer au printemps le coq levé en automne ou en hiver ?

L'hiver est une période difficile pour la faune de nos montagnes : froid, manque de nourriture et chutes de neiges abondantes  rendent la vie en altitude précaire. A la fin de l'hiver, les animaux sont affaiblis et leurs réserves en graisses épuisées.

Le dérangement des espèces

  • Un cerf de 90 Kg dérangé plusieurs fois par jour, fuit pendant 10 minutes, reste en état d'excitation pendant une heure et utilise 21 % d'énergie en plus que s'il n'avait pas été perturbé. Une fuite à la montée dans une couche de neige de 50 cm nécessite environ 50 fois plus d'énergie qu'en terrain plat.
  • Un tétras Lyre dépense tant d'énergie à fuir que l'on peut considérer qu'il meurt au bout du troisième dérangement.
  • Un chamois, qui tente de fuir en neige profonde, dépense 50 fois plus d'énergie que s'il reste calme. Si l'animal prend la fuite à quatre reprises, il est en danger de mort. Le dénominateur commun entre ces trois exemples: le manque de nourriture et le froid qui rendent les animaux sauvages très vulnérables.

Le respect de la tranquilité du territoire de chacune de ces espèces est donc primordial. D'où l'intéret de ne pas "lever" le gibier pour l'apercevoir. Pour les randonneurs, la connaissance du terrain est indispensable d'où l'intérêt de prendre un accompagnateur en montagne qualifié et sensibilisé à la faune du milieu visité et pas un simple guide de pays ou guide touristique qui risque de vous mener au mauvais endroit.

Le dérangement des Tétraonidés

Les espèces boréo-montagnardes d’oiseaux Tétraonidés, comme le tétras lyre (petit coq de bruyère), les lagopèdes et la gélinotte se sont adaptés à passer la majeure partie des journées (et les nuits) hivernales au repos dans des tunnels de neige qu ’ils creusent et qui les abritent comme des «igloos». Leur métabolisme se réduit. Ils ne sortent que deux fois par jour pour se nourrir, d’une nourriture bien
moins riche que celle qu’ils pouvaient trouver en automne (baies et bourgeons d ’arbres et d ’arbustes) et ils vivent en partie sur les réserves graisseuses accumulées alors. Ils perdent donc petit à petit du poids tout au long de la mauvaise saison.

Dans les régions où l'habitat des Tétraonidés est une zone touristique de promenade, de ski ou de chasse, ils sont dérangés ou chassés des milieux d’hivernage ou de nourrissage optimaux. Chaque dérangement, chaque fuite occasionne des dépenses énergétiques supplémentaires qu’ils ont du mal à compenser, d’autant que la quantité de neige tombée ne leur donne pas toujours la possibilité de se creuser un tunnel et qu’ils perdent donc davantage d’énergie pour réguler leur température.

Pour aider la conservation du grand coq de bruyère dans les Pyrénées ou du petit coq de bruyère dans les Hautes-Fagnes, il est impératif de rester sur les pistes et chemins officiels, autorisés et balisés.

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