L’ourse Franska n’a cessé d’être traquée

Le Dr Claude Guiraud est vétérinaire et président du groupe d’étude européen d’Éco-pathologie de la faune sauvage de montagne. (GEEFSM). Les questions sont de E. Dubarry.

La mort de Franska vous a t-elle surpris ?
Dr Claude Guiraud : « Non, pas vraiment. C’était une mort programmée, à partir du moment où l’ourse n’avait ni territoire, ni tranquillité, ni sécurité. Pour qu’un renforcement d’espèce soit réussi, il faut supprimer les causes qui ont provoqué la diminution : garantir la paix de l’animal et sa possibilité de se nourrir. »

Rien de tout cela n’a été fait ?
Dr Claude Guiraud : « Pas vraiment. La lâcher de Franska s’est fait à la sauvette, dans un lien inapproprié et hyper fréquenté, le Chiroulet. Il n’y avait aucun repère pour elle, pas de trace d’ours depuis des décennies. De plus, depuis l’instant de son lâcher jusqu’à sa mort, Franska n’a bénéficié d’aucune tranquillité. Elle n’a cessé d’être traquée, dérangée ; elle n’a pas pu se familiariser avec son nouveau territoire et ses possibilités de nourrissage. Elle est restée erratique et ça explique ses grands déplacements en quête de nourriture. »

On a prêté à Franska un comportement anormal d’agressivité, d’hyper prédation ?
Dr Claude Guiraud : « Ça s’explique tout à fait. Un ours est à 80% végétarien. Le milieu où a été lâchée Franska est riche, mais fallait-il qu’elle puisse l’exploiter. Ramasser des végétaux, tubercules, des fruits… exige du temps et donc de la tranquillité. Traquée sans arrêt, l’ourse a paré au plus pressé pour se nourrir efficacement, d’où des prédations animales. Plus on gêne les ours, plus ils deviennent carnivores, se nourrissant à la sauvette. Quant à « l’hyper agressivité » de Franska, elle est normale : on la retrouve chez les humains qu’on importune sans arrêt et « mal dans leur peau ».

Faut-il reprendre les réintroductions at avec des ours slovènes ?
Dr Claude Guiraud : « Oui, à condition que les ours soient accueillis et non imposés. Une fois encore, il leur faut la tranquillité. Cela se passe bien en Val-d’Aran, en Haute-Garonne ou en vallée d’Aspe où il n’y a pas ou peu de dégâts. Quant au « problème » de l’origine slovène des ours, c’est ridicule : selon les lois de Mendel, le gêne slovène est du même caractère que le pyrénéen…

Propos recueilli par H. Dubarry.
La dépêche du Midi du 11 août 2007

Et les suites ?

On se souvient des déclarations des éleveurs et bergers : « Les éleveurs ont l'intention d'abattre l'ourse Franska », « On tournera le canon vers elle » et les nombreuses actions d'effarouchement ont été largement relayées sur l'ensemble des médias. la secrétaire d'État chargée de l'Écologie, Nathalie Kosciusko-Morizet, vient de demander au procureur de la République un complément d'enquête sur l'ensemble des perturbations subies par l'animal. Le communiqué publié par ses services a le mérite d'être clair : « Les plombs de chasse retrouvés dans son cadavre attestent des actions hostiles… Il m'apparaît important que l'enquête que vous conduisez puisse s'intéresser à l'ensemble de ces circonstances et que les responsabilités pénales en découlant puissent être recherchées ».

Les traques à l'origine des prédations

Des témoignages de « gens travaillant toute la journée sur le terrain » dans les parcs nationaux sont arrivés à la buvette. Ils affirment que l'ourse Franska avait adapté son régime alimentaire à son style de vie, celui d'une ourse traquée constamment. «Pour ce qui concerne l'année 2007, elle mangeait très vite, au gré de ses rencontres avec les troupeaux.» avant de poursuivre : «Ce n'était pas le cas l'an dernier, nous l'avons observé dans le Rioumajou toute une après-midi en train de brouter l'herbe
tranquillement, en plein été.
»

Ainsi, les traques destinées à chasser l'ourse de son territoire seraient directement à l'origine du comportement « atypique » de l'ourse Franska et de ses attaques régulières, donc des dégâts. Une ourse boomerang en quelques sortes. Les comportements « à problèmes » sont bien ceux des éleveurs !

Les suites des plaintes des associations et les décisions gouvernementales pour éviter que celà ne recommence sont attendues avec impatience, car il est temps de mettre de l'ordre dans ces comportements hors la loi et irresponsables.

Qu'est ce que le GEEFSM ?

Le GEEFSM est une association loi 1901. Elle a pour objet de faciliter les relations des scientifiques intéressés par l’Éco-pathologie (écologie des maladies) des animaux sauvages de montagne, entre eux et avec les autres spécialistes de cette faune :

  • promouvoir et réaliser toutes enquêtes épidémiologiques, études et recherches en Éco-pathologie de la faune sauvage en zone de montagne,
  • organiser et participer à des réunions de recherche ou d’enseignement,
  • favoriser la publication des résultats des recherches ou des informations particulières concernant l’Éco-pathologie de la faune sauvage de montagne.
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