Le Nobel de la paix (Al Gore, GIEC) ne convainc pas les sceptiques du réchauffement

PARIS - Les rares personnalités qui continuent à douter de la gravité du réchauffement climatique, du président tchèque Vaclav Klaus à l'ancien ministre français Claude Allègre, ont ironisé vendredi sur le Nobel de la Paix remis au Giec et à Al Gore pour leur travail sur ce sujet.

Vaclav Klaus

Vaclav Klaus "est un peu surpris qu'Al Gore ait reçu un prix pour la paix, car les liens entre ses activités et la paix mondiale sont indistincts et peu clairs", selon un communiqué publié par la présidence tchèque. "Il semble plutôt que le fait qu'Al Gore mette en doute les piliers de la civilisation actuelle n'apporte pas trop à la paix", poursuit le texte.

Le président tchèque, un économiste de formation, a récemment publié un livre intitulé "Une planète bleue, pas verte" qui se veut un antidote au film "Une vérité qui dérange" de l'ancien vice-président américain.

Bjoern Lomborg

Un autre sceptique, le Danois Bjoern Lomborg, a estimé que "le comité du Prix Nobel aurait dû se focaliser sur d'autres grands problèmes oubliés comme la sous-alimentation, la malaria et le manque de libre échange agricole dans le monde au lieu du réchauffement climatique". "C'est une bonne chose que le panel climatique de l'ONU ait obtenu ce prix", a ajouté l'auteur du livre "L'écologiste sceptique", et professeur à la Copenhagen Business School, interrogé par l'AFP. "Mais il est aussi ironique qu'il soit partagé avec Al Gore, un homme qui a ignoré les recherches de ce panel", a poursuivi M. Lomborg, faisant référence à ce qu'il estime être des erreurs dans le film mettant en vedette l'ex-vice président américain.

Claude Allègre

De son côté, le scientifique et ancien ministre français Claude Allègre s'est dit "complètement indifférent" à la décision du jury du Nobel. "Je pense que la climatologie n'est pas une discipline, ça n'existe pas", a poursuivi M. Allègre, interrogé par l'AFP. Quant au choix de Al Gore comme co-récipiendaire du Nobel, "C'est de la politique, c'est pour intervenir dans la politique américaine, c'est scandaleux!", a estimé l'ancien ministre socialiste de l'Education nationale et de la Recherche.

MM. Klaus, Allègre et Lomborg font partie des rares personnalités à exprimer encore aujourd'hui leur scepticisme à l'égard de la gravité du réchauffement climatique, au même titre que le romancier et scénariste américain Michael Crichton, auteur d'un livre, "Etat d'urgence", sur le sujet.

Aucun de ces sceptiques n'est toutefois climatologue de formation. Titulaire de la médaille d'or du Centre national de la recherche scientifique (CNRS), la plus haute distinction scientifique française, Claude Allègre est pour sa part un géochimiste et géologue.

Source : Romandie

Le Nobel, "une reconnaissance de notre travail", pour Van Ypersele (GIEC)

Pour Jean-Pascal Van Ypersele, vice-président du Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), l'attribution du Prix Nobel de la Paix au GIEC, le panel de l'ONU sur le climat, et à Al Gore est une "reconnaissance du travail effectué par le GIEC, un travail jour et nuit parfois, sans beaucoup de reconnaissance ni de soutien", a-t-il déclaré ce vendredi.

"Je suis ému et heureux que le GIEC ait reçu cette récompense. Cela fait énormément plaisir", explique le climatologue de l'UCL, la voix enrouée en raison des interviews qui s'enchaînent. "Ce matin, j'avais une espèce de pressentiment. J'avais d'ailleurs pris avec moi ma cravate du GIEC et une bouteille de champagne", confie-t-il.

Pour Jean-Pascal Van Ypersele, le prix Nobel de la Paix est une reconnaissance du travail effectué par le GIEC et par les nombreux experts qui y contribuent (plus de 2.500 pour le dernier rapport). Le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (Giec) expertise et compile les recherches effectuées par des milliers de scientifiques à travers le monde.

"J'espère vraiment que ce prix va donner un impact aux efforts de réduction des gaz à effet de serre. On est en effet encore loin des efforts nécessaires", souligne-t-il. "Cette reconnaissance doit être un encouragement pour que les décideurs politiques et les citoyens comprennent que le changement climatique est un véritable défi, qui nécessite d'aller de l'avant pour construire une planète vivable pour nos enfants", poursuit le climatologue.

Outre les travaux du GIEC, le Prix Nobel de la Paix honore aussi Al Gore. "Le GIEC a établi les fondations, le diagnostic scientifique sur l'état du climat et il a avancé des solutions. Al Gore, en utilisant d'ailleurs ces rapports, a contribué de manière magistrale à diffuser l'idée qu'il faut changer les choses et à prendre conscience de l'urgence", explique Jean-Pascal Van Ypersele. "Le rapport du GIEC n'est pas la lecture la plus facile mais le film (Une vérité qui dérange) et les conférences d'Al Gore ont contribué à vulgariser ces idées, parfois avec des petites erreurs à rectifier, mais le coeur du message est tout à fait cohérent", met en avant le vice-président du GIEC.

En ce qui concerne la poursuite des travaux du GIEC, une assemblée plénière est prévue à Valence au mois de novembre prochain en vue d'établir un rapport de synthèse du 4e rapport d'évaluation. "Celui-ci contiendra l'essentiel des rapports précédents en vue de la Conférence de Bali prévue en décembre", conclut le climatologue. Du 3 au 14 décembre 2007, l'île indonésienne de Bali accueillera un sommet de l'ONU consacré au climat. Durant ce sommet, les dirigeants du monde entier décideront de la prochaine politique climatique, car le protocole de Kyoto ne court que jusqu'en 2012.

Source : belga

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