L'enquête commence dans les Abruzzes

L'ours Bernard était un véritable symbole

Bernard avait 9 ans et aurait pu en vivre au moins le double, cependant il est mort au "Pas du Diable", à 1300 mètres d’altitude après 4 jours d’agonie, de douleurs, de vomissements. Bernard était un ours marsicain, sous-espèce de l’ours brun, dont il reste 40 ou 50 exemplaires, tous localisés dans cette zone.

L’ours Bernard a mangé 2 carcasses de chèvres que quelqu’un avait empoisonné et jeté dans les bois. Carcasses qui ont été aussi fatales pour une ourse de 5 ans retrouvée à 1 km de là, pour un jeune ours d’un an et pour 3 loups. Les recherches des gardes forestiers et des surveillants du Parc continuent. Ils espèrent ne pas trouver d’autres victimes. Quelqu’un a empoisonné les chèvres pour nourrir les ours, mais qui ?

Aldo Di Benedetto, directeur du Parc depuis 5 ans a une réponse claire : «C'est un avertissement lourd contre le Parc, une vengeance.» Pourquoi ? «Il y a des éleveurs de bovins et ovins qui laissent des bêtes ici et qui empiètent l’espace et que nous sanctionnons. Il y a des chasseurs irrités parce que nous avons demandé et obtenu de réduire le calendrier de chasse dans des aires externes du Parc, justement pour protéger les ours.».  L’autre possibilité est qu’il s’agit d’une révolte contre les ours, animaux omnivores et affamés en cette période qui précède une période de léthargie (…)

La strychnine

Pour WWF Italie, la cause de la mort est la strychnine. 3 sangliers ont également été empoisonnés. Les informations sur la découverte d’un quatrième ours mort sont contradictoires. Plus de 50 hommes fouillent les bois à la recherche des traces de ceux qui ont tué les plantigrades.

"A cette saison, le vert luxuriant du Parc national des Abruzzes se teint en jaune. Un quatrième ours adulte aurait été tué et on aurait perdu les traces d’une femelle malgré son collier." Cette annonce a été faite par le maire de Gioia di Marsi, Gianclemente Berardini, même si la direction du Parc ne l’a pas confirmée. La nouvelle de la mort de deux oursons, survenue il y a environ un mois, a filtré seulement hier. Cette dernière nouvelle, le Parc l’a minimisée, parlant de «cause naturelle liée à la saison des accouplements.» Mais la jalousie des grands ours mâles semblent rien n'y être pour rien.

Dans une journée confuse, au cours de laquelle les nouvelles sur la tragédie des ours se sont succédées minute après minute, entre accusations et démentis, l’embarras du parc national des Abruzzes dans la gestion d’une situation qui a eu un écho énorme en Italie est apparu à tous les niveaux.

Des sangliers morts, les bois sans dessus-dessous

Deux sangliers ont été retrouvés hier matin, un mort depuis 2 jours et un agonisant, probablement eux aussi empoisonnés, dans la localité de Templi, non loin du lieu où ont été retrouvés les carcasses des ours morts. Un troisième sanglier agonisant, retrouvé peu après, est mort dans l’après-midi.

A 9h30, dans la localité Acquaventilata, les agents du Corps Forestier et gardes du Parc, 54 hommes en tout, ont commencé l’exploration d’environ 1 200 hectares de bois. Une battue gigantesque ! Les opérations continueront aujourd’hui et les jours prochains. «Nous sommes à la recherche, soit d’éventuels autres exemplaires de la faune qui pourraient être morts dans des circonstances analogues, soit d’éléments utiles à l’enquête.»

Recherche de traces d'ADN

Les investigateurs n’excluent pas un recours possible à la technique génétique sur d’éventuelles traces humaines. «Même des mégots de cigarette pourraient être utiles à l’enquête s’ils sont trouvés dans un contexte particulier». Le résultat des analyses des premiers prélèvements effectués par le Corps Forestier de l’Etat dans la zone où ont été retrouvés les ours sont négatifs. On recherche des poisons comme la strychnine, ou des fongicides utilisés en agriculture.

«Le poison avec lequel les chèvres ont été contaminées pour éliminer les loups et les ours semble être de la strychnine.» C’est le WWF qui l’affirme, et qui ajoute : «Nous sommes convaincus qu’il y a des malfrats sans scrupules capables de se procurer facilement des substances dangereuses, de répandre des poisons sur le territoire, même près des habitations.» «C’est de cette manière qu’ont été tués il y a quelques années 6 ours marsicains, des dizaines de loups et d’aigles royaux» commente Fulco Pratesi, président honoraire du WWF italien, «Ces actes doivent être traités pour ce qu’ils sont : des délits, et l’indignation de tous doit se transformer en action sur le terrain pour que de tels actes ne se reproduisent jamais plus.» Le WWF propose de «concentrer l’activité sur la prévention et la tutelle de notre patrimoine naturel ; promouvoir ces interventions normatives utiles pour monitorer la filière des poisons et des pesticides pour surveiller ponctuellement le trafic des substances vénéneuses utilisées en agriculture

Sources : Le Corriere della sera et L’espresso du 4 octobre 2007.
Traduction Isabelle Mancini

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