Bernard SOUBERBIELLE : c'est lui ou l'ours !

Voilà ci-dessous une version commentée et analysée des propos tenus par l'éleveur anti-ours Bernard SOUBERBIELLE dans un extrait du film documentaire de 52 minutes "Va-nu pieds des Pyrénées" de Jacques KEBADIAN, Yolande BACOT et Catherine MARIETTE, co-produit par la Parc de La Vilette et Gédéon et visible sur le DVD de l'exposition "Bêtes et hommes" 

par Patrick Pappola (en grisé)

Bernard Souberbielle
Bernard Souberbielle

"C'est gonflant ça quand on dit le biotope de l'ours c'est les Pyrénées".

Et pourtant le cas, toutes les études le prouvent, le bon sens aussi : les ours slovènes lâchés en 96-97 se sont bien reproduis et ils sont 15 aujourd'hui. Pour un biotope défaillant, c'est tout simplement excellent!

"Non, il y est, oui, certes puisque l'ours il a vécu ici, et encore, pas dans le Pays Toy : dans le Pays Toy, il y était que de passage".

Pourtant, c'est le pays Toy que le vieux mâle Papillon a choisi en 2003. Dans l'histoire de la chasse à l'ours, si on parcourt l'ouvrage du docteur Couturier, on constate que des ours ont été tués en Pays Toy jusqu'aux années 50 (à Barèges par exemple).

De toute façon, l'ours connait son biotope. S'il y avait moins d'ours en Pays Toy, ce sera pareil avec les ours à venir : les secteurs fréquentés par les anciens ours pyrénéens et par ceux d'origine slovène de 1996-1997 se sont étonnemment superposés !

Il vivait beaucoup plus en Ariège, en Val d'Azun. Mais ce biotope, eh ben, il existe plus : parcequ'il est exploité par toute une économie.

C'est aussi le cas dans les parties pyrénéenne que l'ours n'a jamais abandonné : ours et économies vivent sur le même territoire. Même chose en Slovénie car les secteurs fréquentés par l'ours sont loin d'être des pans de nature vierge. On y trouve des voies decirculation nombreuses, des sites touristiques, des activités agricoles ... et des centaines d'ours !

Donc, il va falloir faire des choix, quoi, si on veut protéger l'ours, il faudra interdire... Toute façon, c'est prévu dans les texte hein, quelque part, il y aura un jour ou l'autre, interdiction de toute activité. tout ce qui dérange l'ours, ce sera une interdiction, ça c'est clair.

Là, on entre dans le registre du fantasme pur et simple. Aucun "texte" n'a jamais prévu cela !

Donc après, les citadins... Oh, certainement qu'on s'organisera, euh, à peu près à une zone 900-1000 mètres d'altitude, on sacrifiera, euh, certainement une dizaine d'hectares qu'on clôturera et là, on remettre peut-être la vie d'autrefois, c'est à dire qu'il y aura, euh.... le thème de l'hiver, le thème du printemps, le thème de l'automne, et le thème de l'été.

Et on ne sort plus de ce fantasme folklorique ...

Ca, c'est certain. et là, et mais en plus, pour aller se promener, ici, c'est gratuit, mais ce jour là, eh bien, il faudra payer.

Aucun endroit fréquenté par l'ours des Pyrénées n'est devenu payant. Le fantasme prend une nouvelle dimension. Jamais il n'a été question de rendre des sites payants du fait de la présence d'ours !

Alors on vous parle aussi de concertation, mais moi, le seul qui m'a concerté sur la commune, en fait, ce n'est ni le Président de la République, ni le ministre de l'écologie de l'époque, ni Monsieur le DIREN de Toulouse, ni tous les écolos du canton : c'est l'ours, tout simplement.

Il y a eu plus de 50 réunions de concertation pour préparer ces lâchers. Eleveurs et élus locaux anti-ours ont choisi de les boycotter ou bien de les saboter en venant y faire des vacarmes incessants...

Il est venu dans ma commune et il a bouffé 12 brebis. Voilà, et il m'a dit "maintenant, je suis là". Et attention : le lendemain, ma commune, elle était classé "zone ours". Ah, j'ai dit "bravo", j'ai dit "merci beaucoup" du cadeau.

Donc c'est un peu là que notre combat... ben de toute façon, on est toujours engagés et on n'a pas changé notre point de vue, quoi.

Effectivement, la position reste butée et revient à l'éradication passive de l'ours (obliger le gouvernement à ne plus rien faire pour rendre la population viable) ou même, éradication active comme l'a prouvée l'affaire de Franska...

Notre éleveur Toy parle de "combat" : il est membre de l'association anti-ours des Hautes Pyrénées : l' ASPP 65, fédérée par l'ADDIP de Philippe LACUBE. Bernard Souberbielle a tenu les propos suivants ainsi exposés par la Dépêche du Midi du 2 mai 2006 : «Pour nous, le but c’est que l’ours reparte chez lui» ajoute le maire de Betpouey (Hautes-Pyrénées). En guise d’avertissement, il rappelle : «La montagne, c’est notre terrain de jeu.».

Et on n'a toujours pas eu de concertation.

La seule "concertation" que les anti-ours accepteraient puisque plus de 50 réunions sur ce thème ont déjà eu lieu, c'est une concertation qui serait la chambre d'enregistrement de leur volonté d'éradiquer l'ours. Là, ils seraient enfin satisfaits de cette excellente manière de "concerter".

C'est vrai que ... si ! La concertation elle a été faite avec les communes, les communes qui sont devenurs pro-ours, bizarrement.

C'est faux, la concertation a concerné la totalité du massif pyrénéen.

Mais quand on étudie un peu ces communes, on comprend. Bagnères de Bigorre, Bagnères de Luchon, villes touristiques, villes citadines, pas de montagne, je suis désolé, c'est quand même des villes qui rassemblent plus de 4000 personnes, c'est des villes touristiques, qui gèrent des stations de ski, du thermalisme, donc vraiment, l'idée de l'ours, pour eux, elle est bonne !

Et Arbas ? et Burgalays ? Et la dizaine de communes de l'ADET ? Ni seulement touristiques, ni thermales uniquement, mais bien montagnardes !

Et puis... en Pays Toy, le poids du pastoralisme n'est-il pas sur-évalué quand on sait l'importance des stations de ski et du plus grand barrage hydro-électrique de France avec EDF ?

C'est une agriculture de haute montagne, ça n'a rien à voir avec ce qu'on peut en définir en plaine.C'est très très dur, très pentu comme vous le voyez. Ici, on a 6 mois d'hiver, ici, dans cette zone ici, vous avez en cumul de neige près de 2 mètres de neige, c'est très très dur. C'est aussi une agriculture très très très fragile parceque si on casse un maillon de la chaîne, tout peut se casser la gueule car on a de très petits revenus, mais de gros investissements puisque la main d'oeuvre, elle y est plus puisque moi, dans ma famille, je me rappelle, on était 7 à travailler les mêmes parcelles que je travaille aujourd'hui seul. Donc il a fallu compenser par du matériel, du matériel qui coûte cher et ... c'est pas évident à faire tout ça, quoi...

L'ours n'y est strictement pour rien ! Ceux qui cohabitent avec l'ours connaissent les mêmes problèmes.

Là-bas, voyez ce bosquet, là, ce sont des granges qu'il ya derrière, on voit des... de la pierre. Ce sont des granges qui ont été détruites par des avalanches. Et ... les prés de fauche étaient au-dessus de ces granges là. Et euh... il y a une vingtaine d'année, c'était encore tout fauché quoi. Et nous étions ici, que sur ce plateau, une douzaine d'agriculteurs et nous ne sommes aujourd'hui... que trois. Alors on fait tout, pas pour retravailler ces parcelles là parceque c'est pour nous mission impossible, mais elles sont paccagées donc entretenues, mais au moins, on fait tout pour que, on continue ce qui est fait à présent, que ça puisse perdurer dans les temps et qu'on retrouve ces paysages entretenus par l'homme assez longtemps.

Oui, les agriculteurs actuels ne parviennent plus à exploiter la totalité des terres de leurs aïeux. Dans cette mutation, l'ours encore une fois n'y est pour rien.

Si on a réussi ça, on a, j'appellerai ça de l'aménagement du territoire. Parcequ'aujourdh'ui, j'ai trop tendance à penser que c'est un déménagement du territoire. C'est vrai, c'est ce que je pense. Ha! ha!

Bon, on va aller remballer notre prairie avant qu'il pleuve.

A propos de territoire, les communes de l'ADET ont elle aussi un projet de territoire "ménagé" bâti sur la présence de l'ours qui valorise cet espace à la fois sauvage et humanisé.

Alors le, le problème de l'ours, moi, personnellement, je ne le comprends pas, à plusieurs titres. Euh, j'ai aujourd'hui aussi deux casquettes : je suis éleveur mais je suis aussi maire d'une commune avec une responsabilité derrière.

Bernard Souberbielle est maire de Betpouey dans les Hautes Pyrénées (65)

On vivait en harmonie avec cette nature pendant des siècles, sans prédateurs. Jamais, jamais il nous est venu à l'idée nous ici, de penser, tiens, on pourrait réintroduire l'ours ici parceque économiquement, comme on nous le dit, c'est bon.

On réintroduit avant tout l'ours pour lui assurer son simple droit de continuer à exister dans les Pyrénées. Par contre, ce qui est bon économiquement, c'est de pouvoir bénéficier des aides de l'Etat pour le pastoralisme, via l'ours... ou pas ! Et puis... l'enjeu réel c'est de s'ouvrir à la société qui veut sauver l'ours, sur le terrain, c'est bâtir avec l'ours ... où détruire et se replier sur soi en le rejetant.

La cohabitation entre l'ours et le mode de pastoralisme, c'est incohérent.

On peut pas faire cohabiter des renards dans un poulailler. Ca... Peut être que les scientifiques y réussiront... mais là, nous, on peut pas. Non, c'est, c'est... Je comprends pas

Ce qui est incohérent, c'est de faire des efforts pour élever des bêtes et d'accepter d'en perdre autant chaque année en estive parcequ'on refuse les mesures de protection. Car il ne s'agit pas seulement des pertes liées à l'ours, mais de toutes celles liées à une manque de soin que ces mesures permettent de limiter : bêtes malades, volées, prédations liées à d'autres animaux que l'ours, parasites mortels... causes qui tuent considérablement plus que l'ours !

Et pourtant, ça se passe plutôt très bien chez ceux qui choisissent de cohabiter en mettant en place les 3 mesures de protection : chien patou, regroupement du troupeau la nuit, berger présent.

L'enjeu ce n'est pas de mettre un renard dans le poulailler mais justement, d'empêcher à l'ours l'accès au "poulailler" ! C'est ce que font les chiens patous.

Et l'ours, dans nos montagnes, encore moins. Pour plusieurs raisons, la raison première, c'est que nos brebis et nos vaches, parceque l'ours peut s'attaquer aussi à des vaches ou a des petits veaux, ça c'est clair.

Euh, comme je vous l'expliquais tout à l'heure, ils sont en estive, mais il sont pas en liberté.

Faut savoir quand même qui si vous vous promenez en montagne pendant la nuit, vous allez remarquer une chose, c'est que les bêtes paccagent : elles mangent. Elles mangent la nuit et souvent, la journée, elles se reposent, parcequ'il fait plus frai et que... Ca c'est une première chose.

Les éleveurs qui cohabitent avec l'ours grâce aux mesures de protection précisent avec insistance que leurs bêtes mangent aussi bien qu'avant.

La seconde, on nous dit, l'ours, enfin, c'est quand même les gens de l'extérieur qui nous disent, "oui, il y a une cohabitation possible, euh ...il faut enfermer les brebis le soir et tout ça"...

Ce n'est pas l'"extérieur", ce sont des éleveurs et bergers pyrénéens !

Vous vous rendez compte, si on enferme ces bétails la nuit, en haute montagne ? Si y a une attaque, mais c'est pire encore, c'est pire parcequ'enfermés, ça veut dire des filets, si y a une attaque, ça veut dire qu'il va y avoir une casse pas possible. Ca c'est certain.

Ce n'est pas le cas sur les estives qui ont mis cette mesure en place.

D'enfermer le bétail aussi la nuit, ça fait que pendant la journée, il va paccager pas très loin de la zone où il doit être enfermé pendant la nuit. Donc il va pas monter : on trouve nous du bétail aujourd'hui à plus de 2600 mètres (1600?) d'altitude. S'il est clôturé, cette zone là ne sera plus entretenue.

C'est faux. Ce n'est pas la brebis qui jardine la montagne, c'est le berger qui mène le troupeau, la brebis n'est que sa "tondeuse". Lorsque le berger est présent, il mène les bêtes où elles n'ont pas envie d'aller : les zones de haute altitude par exemple et éventuellement, toutes celles qui risquent de s'embroussailler.


Ce qu'il faut préciser, c'est que, dans d'autres vallées, il font de l'élevage mais euh... ils tirent le lait à leurs animaux, et surtout aux brebis. Donc ces animaux sont parqués tous les soirs pour tirer le lait. Donc il y a un berger qui reste sur place.

Mais de nombreux éleveurs de races non laitières mais à viande ont mis ces mesures en place avec succès !

A contrario ici dans notre vallée, nous ne faisons que de l'élevage viande, donc il n'y a pas ce besoin de les ramasser tous les soirs hein. Encore une fois, je dis "ils sont pas en liberté" : on y va assez souvent pour les surveiller. Donc et ils n'ont jamais été gardés euh... ancestralement et n'ont jamais été parqués le soir.

On touche là la différence entre troupeau "surveillé" (de loin dans l'espace et le temps) et troupeau "gardé" (avec berger permanent et chien patou). Quand on ne visite le troupeau qu'une fois par semaine, peut-on se plaindre qu'il soit victime de prédateurs ?

Par ailleurs, "ancestralement", il y avait en pays Toy des patous pour garder les brebis et ceci jusquaux années 60. 40 ans, ça ne fait pas une tradition ancestrale ! De nouvelles évolutions prenant en compte le retour de l'ours sont possibles.

L'ours en Europe, ben il est pas en voie de disparition puisqu'il y en a.

La ministre de l'écologie a, encore une fois, parfaitement répondu à cette remarque : "Garantir la survie de l'ours brun d'Europe, c'est précisément conserver plusieurs noyaux stables partout où il est encore présent. (...) Quelle que soit l'espèce, reporter sur d'autres pays la responsabilité de sa conservation c'est travailler, sans le dire, à sa disparition."

On nous dit que l'ours fuit l'homme. Moi j'ai rencontré des gens qui l'ont vu et ben, c'est l'homme qui a fui, et en courant, parcequ'il a eu peur de lui.

L'ours brun européen fuit l'homme. Aucun accident grave dans les Pyrénées en plus d'un siècle. Pourquoi continuer de verser dans la construction de ce registre de l'épouvante ?

Et puis, c'est assez malhonnête de prétendre que les gens ont peur de l'ours quand les antis font tout pour effrayer les gens sur le dos de l'ours.

Hein, il faut pas quand même oublier qu'un ours est un animal féroce, hein, c'est écrit sur le dictionnaire, c'est pas moi qui le dit.

Le dictionnaire ne fait pas de distinction entre le gros grizzly américain et l'ours brun européen occidental qui est bien discret vis à vis de l'homme.

Euh... oui, sur la biodiversité, il ne sert à rien : le vautour est utile, la vipère est utile, mais l'ours, je vois pas à ... quel rôle il a, sauf, une idée que se font quelques personnes.

Ethiquement, c'est comme Mozart, ça ne sert à rien mais c'est précieux ! Par contre, pour ce qui est de la biodiversité, l'ours en fait intégralement et légitimement partie bien évidemment. Sans oublier qu'en le protégeant, on protège ses lieux de vie et donc bien d'avantage que lui tout seul ! >>

P.P

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