Mijanès-Donezan (Ariège) : le grand Tétras et la Forêt en danger immédiat

par Thierry de Noblens

le Comité Ecologique Ariégeois et Nature Midi Pyrénées ont déposé deux requêtes au Tribunal Administratif pour demander l'annulation du Plan Local d'Urbanisme de la commune de Mijanès (Canton de Quérigut,Ariège) et de l'arrêté d'Unité Touristique Nouvelle signé par le Préfet de Région Midi-Pyrénées. Ceci afin d'éviter l'extension de la Station de Mijanès, dans un milieu sauvage remarquable, qui est de plus une zone vitale d'hivernage pour le Grand tétras.

Pourtant, les aménageurs de la Station ne veulent pas attendre que ces recours soient jugés. Pour forcer le destin, ils ont décidé de raser le plus vite possible la forêt qui est concernée par les aménagements et qui abrite bien évidemment le Coq de Bruyère en hiver.

Pour ce faire, ils ont besoin de la signature du Ministre de l'Agriculture, Michel Barnier. Ils font donc pression auprès de lui de manière scandaleuse. Pour éviter un saccage environnemental,de nombreuses associations réagissent actuellement auprès du Ministre Barnier.

Cependant, il se trouve par ailleurs que le projet n'est absolument pas crédible au niveau économique. Le trésorier payeur général de l'Ariège a d'ailleurs été très sévère dans sa fiche de synthèse.

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Nous vous proposons donc, pour faire peser la balance du bon coté, d'envoyer un courrier, par voie postale, au ministre de l'Agriculture en tant que contribuable. Pour ce faire, vous trouverez ci-dessous un courrier-type, que vous pouvez reprendre tel quel ou bien le modifier si vous souhaitez rajouter des éléments personnels. Il vous faut au minimum rajouter votre nom, votre adresse et bien sur signer le courrier, une fois celui ci imprimé.

Si notre démarche vous motive, nous vous demandons d'envoyer ce courrier le plus rapidement possible, en tout les cas avant le 25 janvier.

Nous vous remercions mille fois par avance pour ce que vous ferez.

T. de Noblens
Comité Ecologique Ariégeois

Lettre à envoyer d'urgence à Michel Barnier

Votre nom  :
Votre adresse :
Date :

Monsieur Michel Barnier
Ministre de l'Agriculture et de la Pêche
78  rue de Varennes
75700 PARIS

Monsieur le Ministre,

Le 22 mars 2007, le Préfet de région Midi-Pyrénées autorisait la création d'une Unité Touristique Nouvelle, permettant l'extension de la station de ski de Mijanès Donezan (commune de Mijanès-Donezan). Or, je sais que cette extension impliquerait, entre autre, la destruction par "défrichement" de 67% d’une zone vitale d’hivernage pour le Grand Tétras. Des tourbières et cinq plantes protégées interdites à la cueillette seraient aussi menacées par ces travaux.

Votre signature est fortement  sollicitée  pour autoriser des travaux en Forêt Domaniale, à savoir le défrichement d'une zone stratégique pour le Grand Tétras, qui interviendrait avant tout examen sur le fond des recours engagés. La responsabilité de l'Etat est donc pleinement engagée dans la destruction potentielle de ce biotope exceptionnel.

Un cahier des charges est en cours de constitution, avec étude sur le terrain "en urgence" et sous la neige ! Ces jours-ci.

Cependant, il est maintenant largement démontré que toute ouverture  ou extension de station de ski, en Ariège comme dans le reste des massifs encore habités par le Coq de bruyère, a abouti à une réduction drastique ou à une disparition de zones d'hivernage et de places de chant pour cet oiseau.

Le cas le plus grave et le plus récent, dans ce département  a été l'ouverture de la Station de ski de fond du plateau de Beille en 1989, où pourtant des mesures de protection de l'espèce avaient été promises. (Promesses non tenues et mesures (?) inefficaces)  Ce plateau était une extraordinaire zone d'hivernage, sans doute la plus importante de toutes les Pyrénées, où l'on pouvait dénombrer 200 à 250 Tétras chaque hiver, dans les années 80, avant la création de la station. Après l'ouverture au ski de fond, raquettes et chiens de traîneaux, la population de galliformes hivernants s'est effondrée, littéralement pulvérisée par les dérangements dus à la pratique du ski de fond et autres sports. Les derniers chiffres connus pour l'hivernage du Grand Tétras à Beille n'atteignent pas 30 oiseaux et aucune remontée de la population ne semble en cours.

Pour en revenir à Mijanès-Donezan, des barrières girondines sont prévues pour la mise en défens de la zone à protéger. Cet équipement linéaire fort coûteux et qui constitue un obstacle malvenu au regard, n'est prévu que pour défendre l’accès aux habitats du coq qui ne seront pas directement détruits par le "défrichement" (67%). Les zones avalancheuses de la traversée du Tarbesou restent accessibles au hors-piste et le plan avalanche est toujours inexistant, puisque jugé inutile !

Ces barrières vont être soumises à rude épreuve; en effet le vent violent, les accumulations  et les coulées de neige qui caractérisent ce secteur font que ces aménagements risquent de se dégrader très rapidement dans le temps.

Or, les élus du canton de Quérigut et de sa communauté de communes ne sont pas plus motivés pour la défense du Grand tétras que les élus du canton des Cabannes  (station de ski de fond du plateau de Beille.) Le remplacement d'une barrière détruite ou dégradée nous semble, dans ce contexte, totalement exclu.

Au niveau économique, ce projet n'est absolument pas crédible.

Pour s'en convaincre, il suffit de se référer à la fiche de synthèse du trésorier payeur général de l'Ariège établie le 17 Janvier 2007. Notamment son chapitre IV : Impact Financier du projet U.T.N.

"Le recours à l'emprunt revient à doubler l'endettement de la régie. La prospective financière repose sur des hypothèses peu réalistes, notamment concernant l'évolution du taux de remplissage des hébergements et du chiffre d'affaire de la station.

Certes le village de vacances offrira 280 lits, mais il est situé en dehors de la station : d'une part, tous les hébergés ne skient pas et d'autre part, ils pourront aller skier sur d'autres stations peu éloignées. Dans le massif, tous les investissements menés l'ont été pour maintenir l'activité; aucun n'a réussi à doubler son chiffre d'affaires. La station ne présente pas un accès facile depuis les grandes métropoles et se trouve en concurrence avec des stations offrant un domaine skiable plus favorable et moins éloigné.

Enfin, les incertitudes relatives à l'enneigement doivent conduire à une attitude prudente sur les perspectives de croissance: les années d'enneigement moyennes ou faibles sont plus fréquentes à Mijanès-Donezan que dans la plupart des autres stations."

Enfin dans sa conclusion (chapitre V), le trésorier payeur général note : "En revanche, au cas où les recettes ne progresseraient pas à hauteur des espérances et notamment si plusieurs exercices sans neige se produisaient, le risque financier peut être décrit ainsi : les nouvelles charges de fonctionnement s'élèvent à 72 000 euros en annuités d'emprunt et à 120 000 euros de charges de fonctionnement courantes. Sur ces années, en prenant en compte comme hypothèse de recettes à hauteur des recettes actuelles d'une bonne année, il est généré un déficit annuel de 270.000 euros. Ces chiffres doivent être rapprochés de la surface financière de la communauté de communes de Mijanès; à titre de comparaison la totalité des recettes fiscales de la communauté se monte à 183 000 euros".

Peut-on être plus clair? Il est évident que le recours systématique au contribuable, notamment ariégeois, s'amplifiera si ce projet est réalisé.

Depuis la rédaction de cette fiche de synthèse, les chiffres pour la dernière saison de ski complète (hiver 2006-2007) de la station de Mijanès-Donezan sont connus et accablants pour la communauté de communes : 12129 euros (douze mille cent vingt neuf euros) de chiffre d'affaire, compensés par une subvention "exceptionnelle" du Conseil général de l'Ariège de 67.122 euros (délibération du 29/06/2007) soit tout de même 5,5 fois le chiffre d'affaire de la Station pour cet hiver là. On frise le grotesque.

Il n'y a donc aucune raison valable pour autoriser des travaux qui mettraient en péril une zone naturelle exceptionnelle.  Aucune utilité publique ne justifie ce projet.

D'autre part, le Comité Ecologique Ariégeois, association agrée dans le cadre du département et Nature Midi-Pyrénées, association agrée au niveau de la région ont attaqué conjointement au Tribunal Administratif de Toulouse le Plan Local d'Urbanisme de la commune de Mijanès-Donezan et l'arrêté d'autorisation de création d'Unité Touristique Nouvelle signé par le Préfet de Région.

Il  nous paraît très important de laisser la justice trancher avant d'entreprendre  un chantier forestier qui aurait des conséquences très graves pour le milieu, la faune et notamment bien sûr pour le grand tétras.

Aussi, Monsieur le Ministre, c'est avec la plus grande fermeté que je vous demande ne pas signer cette autorisation de défrichement, dont vous connaissez désormais les conséquences pour l'environnement.

En tant que contribuable, je suis parfaitement scandalisé qu'une subvention très importante (1.115.000 euros) soit prévue pour ce projet non viable économiquement et très préjudiciable pour le milieu.   

Le Grenelle de l'environnement étant maintenant passé, doit-on tirer comme conclusion, qu'une fois les  discours prononcés, la destruction des milieux sauvages reprend de plus belle?

Veuillez agréer, monsieur le Ministre, mes salutations respectueuses.

Votre signature

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