Mijanes : le Pla de Montpudou et les grands tétras

Dans "Mijanès-Donezan (Ariège) : le grand Tétras et la Forêt en danger immédiat", Thierry de Noblens nous demande d'écrire à Michel Barnier, ministre de l'Agriculture. La buvette a demandé au Comité Ecologique Ariégeois et au Comité Somport des Hauts Plateaux pourquoi ce projet d'extension de la station de ski de Mijanès-Donezan est désatreux.

Le projet

Mijanès-Donezan : le pla de montpudou, secteur fréquenté par le coq et destiné à recevoir l'arrivée du téléski et 3 pistes

Mijanès-Donezan : le pla de montpudou en hiver, secteur fréquenté par le coq et destiné à recevoir l'arrivée du téléski et 3 pistes. Voir le même endroit sans neige plus bas.

Il s’agit de prolonger un téléski jusqu’à un sommet (Monpudou) pour ouvrir au ski tout un domaine vierge exceptionnel : le Pla de Monpudou et la Vallée de la Maure. Cette augmentation de 40% du domaine skiable n’augmentera pas la clientèle exclusivement locale. Mijanès est isolée du reste de l’Ariège (Col de Pailhères à 2000 m fermé 7 mois/ an) et concurrencée par 18 autres stations sur 3 départements voisins (09,11,66). Par contre, les aménagements lourds :

mettent un terme à la vocation familiale de cette petite station pittoresque

  • saccagent le paysage de près comme de loin avec 5 km linéaires de terrassements dans la vallée de la Maure.
  • Compromettent la pérennité de tourbières abritant au moins 5 plantes de tourbières protégées en perturbant leur milieu.
  • Programment l’extinction d’une forte population en hiver de grand-tétras en diminuant sa zone vitale de plus de la moitié.
  • Exposent le public au danger d’avalanche en incitant à une pratique de ski « nature » hors piste.
  • Compromettent un équilibre financier fragile en faisant appel à 2,3 M€ de fonds publics qui pourraient servir à un autre développement (estival ?)

Un projet déjà refusé sur le même domaine

On a beau essayer de nous persuader qu’il ne s’agit pas du même projet qu’en 1998, la jonction des deux stations de ski Ascou et Mijanès, celle-ci devient automatique de fait si on réalise l’itinéraire Tarbezou (acheminement des engins et liaison naturelle à ski depuis le col de Pailhères). Si depuis 1998 le coût de l’opération passe de 12,5 M€ à 2,3 M€ en supprimant des remontées mécaniques, le domaine skiable convoité reste le même avec toute sa richesse écologique. Nous considérons que l’étude d’impact est encore insuffisante et que l’équilibre financier toujours instable est encore une fois mis en péril. Ce sont pourtant ces raisons qui avaient conduit l’Etat à refuser ce projet à l’époque. La convoitise de la vallée vierge de La Maure est si grande qu’elle a été sciemment exclue du site Natura 2000.

Un Impact désatreux pour le milieu naturel

Tourbières et fleurs protégées
Le relevé botanique n’est réalisé que sur l’emprise des aménagements alors que les espèces protégées dépendent d’un milieu plus vaste qui fait l’objet du chantier. Malgré cela pas moins de 5 plantes protégées interdites à la simple cueillette sont répertoriées. Il n’y a aucune étude concernant la circulation complexe de l’eau vitale pour ces milieux (des ponceaux ne traitent que les franchissements de certains talwegs et l’impact de terrassements linéaires omniprésents est sous-estimé).

Grand Tétras
Sa population hivernale est honteusement sous-estimée, alors que nous sommes en présence d’indices exceptionnels. C’est faire abstraction du rapport édifiant du spécialiste M. Ménoni (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage - ONCFS) qui parle de destruction à 67% de la seule zone d’hivernage et d’une contribution à la destruction de l’espèce au niveau pyrénéen en isolant les populations locales.

Mijanès-Donezan : le pla de montpudou, secteur fréquenté par le coq et destiné à recevoir l'arrivée du téléski et 3 pistes

Mijanès-Donezan : le même Pla de Montpudou sans neige, secteur fréquenté par le coq et destiné à recevoir l'arrivée du téléski et 3 pistes.

Paysage
L’image « petit Québec » vantée par la commune, c’est la Vallée de la Maure telle qu’elle est actuellement : vierge. Après un chantier nécessitant des terrassements linéaires, omniprésents et considérables, il serait inconvenant de parler d’environnement naturel protégé.

Un projet inintéressant et dangereux pour le ski

Le manque d’enneigement
Bien qu’au dessus de 2000 mètres, les pistes prévues sur les crêtes ne se prêtent pas au ski car elles sont balayées par le vent, et la neige résiduelle, transformée par le soleil, est souvent glacée. La partie basse de l’itinéraire pose aussi le problème d’absence rapide de neige et de pente nulle sur 100m (inenvisageable pour les enfants qui devraient pousser sur les bâtons ou pour les surfeurs qui n’ont pas de bâtons). Si l’on veut skier en haut, il faut de la neige en bas. C’est donc avec des infrastructures coûteuses et absentes du projet initial qu’on pallie ce défaut majeur : canons à neige alimentés on ne sait par quelles réserves d’eau (tourbières ?), fil neige etc…

Le risque d’avalanche
L’exposition au vent produit une instabilité du manteau neigeux au-dessus de l’itinéraire Tarbezou. Ce risque n’est pas traité,  mais seulement évité par l’éloignement de la piste de l’axe de la Vallée de la Maure. C’est faire abstraction de grosses avalanches possibles, et du danger encouru par les skieurs hors-piste dont on incite la pratique par des accès mécanisés. Malgré l’implantation linéaire de filets, cette mode est immaîtrisable. L’éloignement de la piste de l’axe du vallon en fait un produit inintéressant pour le ski, constamment en dévers, ressemblant davantage à une route forestière qu’à une piste de ski. Il oblige aussi à des terrassements considérables sur 5 km.

Un équilibre financier mal estimé, des emplois précaires

On affirme que ce projet serait le seul à sauver le Donezan sans en évoquer d’autres plus réalistes et moins coûteux (développement estival de la station). Le succès de l’extension part du principe erroné que 40% de domaine skiable supplémentaire doubleront le nombre de journées skieur. Il s’appuie sur un hébergement non encore réalisé dont on ne sait s’il arrivera à terme et s’il sera rentable.

Alors que plusieurs années sans neige s’avèrent plus que probables et insurmontables pour un équilibre budgétaire fragile, une seule est prise en compte et encore de façon optimiste.

D’une façon générale, les recettes sont optimisées et les charges minimisées, voire oubliées : les défrichements, les terrassements, les plantations sont sous-estimés.

Le rapport du Trésorier-Payeur général observe un déficit structurel dans le fonctionnement actuel de la station que viennent combler bien heureusement les subventions d’équilibre (nos impôts) annuelles (60000 € en 2005). Avec un investissement global de 2,3 M€, financé pour la moitié par des subventions (encore) et pour l’autre moitié par un emprunt sur 20 ans, cela revient à doubler l’endettement de la régie !

En matière d’emploi, seulement 2 pisteurs dameurs supplémentaires gèreraient le nouveau domaine. 10 autres emplois seraient induits par des bénéfices incertains. Il faut mettre en balance les 12 emplois projetés (la plupart saisonniers) et les 2,3 M€ d’investissements. Notons qu’avec cet hiver sans neige, le seul maintien des emplois existants dans les stations de ski ariégeoises a nécessité des appels à subvention par le Conseil Général pour financer le chômage technique des employés.

Une vocation familiale et naturelle mise en péril

Pour préserver l’avenir de cette sympathique petite station à vocation familiale et locale (éloignement géographique oblige), il convient de protéger son environnement naturel, image du Donezan, et d’économiser sur les dépenses inutiles. L’aménagement de ce site vierge serait une grave erreur qui pourrait avoir des conséquences dramatiques où l’Etat et l’Administration auraient leur part de responsabilité.

Le Comité Ecologique Ariégeois – 05 61 01 75 15
Le Comité Somport des Hauts Plateaux – 05 61 01 10 38

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