Farid Benhammou : "Laisser les experts prendre les décisions"

Interview de Farid Benhammou, Géographe, donnée au journal de l'Ariège le 24 mars 2006. Il est étonnant de voir à quel point cet avis de Farid Benhammou était encore d'actualité un an plus tard  pour l’ourse Franska.

Farid Benhammou Farid Benhammou : «Je pense qu’en matière de capture d’ours et de cohabitation avec ce prédateur, il faut savoir raison garder. L’emballement médiatique, voulu par les opposants à l’ours, est le premier responsable de ce qui pousse à intervenir sur l’ours même quand ce n’est pas nécessaire. Il y a toujours eu des prédations d’ours aux abords des villages, y compris par des ours pyrénéens bien locaux. En 1987, un ours a attaqué une brebis à moins de 50 mètres des habitations d’Urdos en Béarn, pourtant, on n’a pas demandé la capture de l’animal. Le climat passionné actuel, porteur sur le plan médiatique et politique, pousse à survaloriser ce qui a tout d’un simple fait divers qui ne met pas en danger la sécurité publique.

Néanmoins, il existe le cas des ours familiers qui ont toujours existé. En 1991 et 1992, un ours a commis beaucoup d’attaques en Béarn et se laissait trop voir, ce qui peut représenter un danger pour les habitants et l’ours lui-même. En fonction des différents critères bien définis (dangerosité de l’animal, fréquence de ces attaques sur le troupeau), il faut laisser les experts habilités prendre les décisions sans qu’ils aient à subir les pressions de tels ou tels élus ou syndicalistes agricoles qui instrumentalisent l’ours pour se faire mousser. En 2002-2003, l’ours de Luz, qui s’est avéra être le bien pyrénéen Papillon a aussi fait parler de lui et a dû aussi être capturé. Mais c’est davantage le non gardiennage des troupeaux locaux dans la zone de Barêges qui ont poussé le vieil ours à développer ce type de comportement « trop prédateur ». Rendons nous bien compte que l’ours, qui draine avec lui l’imaginaire de la bête, met le doigt sur des pratiques agricoles qui ont considérablement évolué et qui montre l’absence des hommes dans la montagne sans pour autant en être la cause. Pour plus d’éclairage, je vous invite à consulter mon ouvrage "Vivre avec l’ours" ou "L’ours des Pyrénées, les 4 vérités" ».

Farid Benhammou est Docteur en Sciences de l’Environnement (ENGREF)
Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et Forêts.

Commentaires