Attaques de vautours : faits et analyse

par Jean-Pierre Choisy
Chargé de mission au Parc Naturel du Vercors

Attaques de vautours

I.    Avant propos
II.   Vautours et ongulés + autres Mammifères et Oiseaux
III.  Attaques? Dommages réels, dommages fictifs, instrumentalisation ou information ?
IV.  Dommages réels dans les Pyrénées françaises
V.   A propos de la situation en Espagne
VI.  Attaque de vautours : Interprétation scientifique ou fantaisiste ?
VII. Conclusions


I. Avant propos

Il y a quelques années que circule une rumeur de vautours fauves Gyps fulvus attaquant le bétail.

Depuis 2007 on entend et même on lit, dans des publications qui vont de la presse de caniveau à un manuel scolaire, que le Vautour fauve serait devenu prédateur, s’attaquant au bétail, du fait d’une pénurie alimentaire, du fait des effectifs atteints, fermeture de charniers en Espagne.

Attaques de vautoursD’aucuns, à propos de comportements, réels ou supposés, ayant causé des dommages, n’ont pas craint soit, cyniquement, d’abuser du terme “évolution” soit, de bonne foi, de surestimer leur propre compréhension de la théorie de l’évolution.

Une information et une analyse à ce sujet est devenu d’autant plus nécessaire que, en 2007 un battage politico-médiatique a été orchestré dans l’ouest des Pyrénées, avec des échos considérable à l’échelle nationale, organisé délibérément par les uns, repris de manière inconsidérée par certains journalistes des presses écrite, parlée et télévisée, plus avides de sensationnel que d’information fiable et totalement indifférents à l’impact durable sur l’opinion publique de présentations erronées, au détriment de la conservation et restauration des populations de Vautours.

De ce fait, ce thème a tenu en mars 2008 une grande place dans les travaux du séminaire annuel du Groupe Vautours France qui, depuis quinze ans, rassemble chaque année des professionnels concernés, cette année à Die (Parc Naturel Régional du Vercors). Le présent article, s’il recoupe ces débats, n’en constitue pas un compte-rendu.

II. Vautours et ongulés, autres Mammifères, Oiseaux

Vivre de charognes détectées en prospectant de vastes espaces en vol plané est une extrême spécialisation, propre à deux lignées actuelles d’oiseaux :

  • Vautours d’Afrique et Eurasie : quinze espèces (L’évolution d’une seizième espèce, africaine, le Vautour palmiste Gypohierax angolensis, singulière pour un Rapace, l’a spécialisée dans la consommation des fruits charnus de certains palmiers : Elaeis guineensis et Raphia sp.) représentant 4,57% des Accipitridés, la principale famille de “Rapaces diurnes” (“Rapaces” , terme purement descriptif, n’implique nullement qu’il y ait parenté entre les espèces concernées en dépit d’analogies de formes : les Rapaces nocturnes ne sont pas apparentés aux Rapaces diurmes. Parmi les premiers, les Effraies Tyto sp. ne sont pas dans la même famille que les autres. Parmi les seconds les Faucons et espèce voisines appartiennent à une famille (Falconidés) sans parenté étroite avec les autres et le Balbuzard Pandion haliaetus représente aussi, à lui seul, une famille distincte.)
  • “Vautours” des deux Amériques : leurs sept espèces sont les seules de la famille des Cathartidés, qui, elle, est apparentée aux Cigognes, Hérons, etc.

L’adaptation à des modes de vie analogues a donné une ressemblance à ces deux groupes d’espèces, pourtant non apparentés : convergence évolutive dont on connaît de multiples exemples (Ex : l’évolution a donné une similitude de formes adaptation à la nage aux Requins, Espadons, Ichtyosaures, Dauphins alors qu’ils ne sont nullement apparentés entre eux mais bien davantage à, respectivement, Raies, Carpes, Lézards et Ruminants).  Le charognage ocasionnel se rencontre chez des espèces apparentées aux précédentes :

  • Accipitridés non spécialisés dans une catégorie de proie (Aigles Aquila sp., Buses Buteo sp., etc.), certains plus que d’autres (Milans Milvus sp., Pygargues Haliaeetus sp., etc.) ;
    Ciconiiformes divers ( Hérons Ardea cinerea, Ardeola ibis, Cigogne blanche Ciconia alba, Marabouts Leptoptilos sp., etc).

1.  Les Vautours ne sont pas armés pour la prédation

Le grand public sans compétence particulière en matière de faune sauvage perçoit volontiers le bec crochu des Rapaces comme une arme de capture et mise à mort de leurs proies. Or, il n’en est rien.

Les armes avec lesquels les Rapaces prédateurs, diurnes comme nocturnes, tuent leur proies, sont des serres : pieds préhensiles armés de griffes accérées, la fermeture des premiers enfonçant les secondes dans la proie, grâce à des muscles puissants, situés plus haut sur le membre.

Le bec crochu de ces espèces sont des outils de dépeçage de proies déjà mortes: l’oiseau, posé dessus ou à côté, les utilise, en tirant de bas en haut en général, pour arracher des lambeaux alimentaires, plus ou moins gros. Ce bec peut-être être utilisé pour achever une proie agonisante, liées par les serres, notamment en lui brisant les vertèbres cervicales. (Inversement, une proie extrêmement petite peut être mangée telle quelle, sans intervention des serres. Même différence lorsque, à un Rapace apprivoisé, autre que Vautour, on tend un animal mort ou un morceau de viande d’une certaine taille tend une serre pour la saisir, puis en arrache des lambeaux qu’il avale, alors que si c’est une simple bouchée (bribe de viande, petit insecte) il est très courant qu’il le saisisse directement avec le bec et l’avale).

Cet usage occasionnel n’en fait pas pour autant une arme, permettant de se rendre maître d’une proie capable de fuir, pas davantage lorsque vautours commencent à entamer un ongulé agonisant, avançant quelque peu une mort très proche et inéluctable (cf. infra analyse finale)

Les becs qui sont des armes pour capturer des proie ont une toute autre forme : généralement celle, sans crochet, d’un poignard (Corvidés, Mouettes Goélands Larus sp., etc.) ou de fer de lance, s’ils sont “emmanchés d’un long cou” (Cigognes, Hérons), encore que fer de pertuisane évoquerait encore mieux leur forme. Parfois ils portent un petit crochet terminal, au bout d’un bec de forme générale droite, très différent de celui globalement en crochet des Rapaces : cas de certains oiseaux pêchant en plongée (Cormorans, Harles).

Or, les vautours n’ont pas de serres mais de simples pattes :

  • Leurs ongles sont beaucoup moins aigus que ceux des Rapaces prédateurs (Ceux qui ont manipulé des oiseaux vivant -capturés pour baguage, blessés ou épuisés recueillis, etc.- savent qu’il faut prendre garde au bec des Goélands, Corbeaux, etc, et plus encore, du fait du long cou, à celui des Hérons et Cigognes, mais que c’est des serres des Rapaces autres vautours qu’il faut d’abord se garder, le bec, bien souvent, n’étant pas utilisé alors, la tête étant souvent rejetée en arrière.)
  • Leurs pattes ont perdu non seulement la puissance avec lesquelles se referment les serres de Rapaces prédateurs mais elles ne sont même plus préhensiles, sauf chez le Gypaète Gypaetus barbatus. C’est pourquoi, contrairement aux autres Rapaces, c’est au bec qu’ils transportent les matériaux de construction de leurs nids. (J’ai eu en main de nombreux vautours fauves avant lâcher pour mesures, prélèvements, baguage, pose d’un émetteur radio. L’un, d’eux, cherchant à se libérer, m’a enfoncé l’une de ses ongles entre le majeur et l’annulaire d’une main, avec un mouvement absolument inverse de celui du Rapaces prédateur refermant ses serres, pattes plus ou moins pliées: il me repoussait, étendant la jambe, doigts écartés. Même un dindon aurait pu, ainsi enfoncer son ongle. Les tissus interdigitaux ont été plus refoulés que déchirés, avec très peu d’effusion de sang. Si l’oiseau avait été un Aigle Aquila sp., Haliaeetus sp., Hieraaetus sp. Etc., j’aurai eu la main transpercée entre les deux doigts, probablement déchirée. Alors, j’aurais dû être recousu, au lieu d’être simplement pansé, et soigneusement désinfecté. Sol, fientes, charognes fournissent un riche assortiment de bactéries. Mon engagement en faveur de la biodiversité ne va pas jusqu’à m’offrir en milieu de culture.)

2. Les Mammifères et les oiseaux ne craignent pas les vautours, quelques observations locales et ou personnelles.

a) Faune sauvage, en présence de vautours et d’autres grands oiseaux.

Bouquetin Capra ibex et Grand corbeau Corvus corax
Au cirque d’Archiane (sud-est du Vercors) G. & H. David, CORA-Drôme, ont observé, lors d’une mise bas de Bouquetin, qu’un grand corbeau s’étant posé à quelques mètres, la mère a protégé le nouveau-né en se plaçant au-dessus de lui : le danger, lorsqu’il existe, provoque une réaction.

Mouflon et Aigle royal Aquila chrysaetos
Sur les pentes du Quint (sud-ouest du Vercors) Y. Pacquet et moi-même avons observé un aigle royal immature tentant de précipiter dans le vide un mouflon dont une patte antérieure était brisée par balle, ceci au seul point du trajet exposé, et sans faire aucune tentative à l’égard de la vingtaine d’autres mouflons, qui n’ont pas montré aucune réaction (cf. note in Le Bièvre).

Bouquetin, Chamois R. rupicapra et Aigle royal
Même des femelles suitées de Bouquetin ou de Chamois restent sur place (Ce qui ne prouvent nullement qu’elles y soient indifférente, l’inverse étant même quasi-certain) lorsque arrive un aigle royal, habituellement. Ce n’est pas le cas si le rapace arrive alors que l’ongulé est en situation très exposée (ex. : sommet étroit d’une aiguille rocheuse). Alors généralement ce dernier gagne la plus proche station moins exposée.

Renard V. vulpes, Milans Milvus sp., Corvidés, petits Passereaux et Vautour fauve Gyps fulvus, V. moine Aegypius monachus, Percnoptère Neophron percnopterus
Sur une même charogne on peut observer avec le Vautour fauve, non seulement Vautour moine et Perc, mais aussi, couramment Milans, Corvidés, petits Passereaux (en hiver Mésanges Parus sp. mangeant de la graisse, à la belle saison Bergeronnette grise Motacilla alba chassant les mouches attirées, etc.), de temps à autre Renard. Aucune de ces espèces n’hésite à cotoyer durablement le Vautours fauve, même présent par dizaines.

Comportement d’espèces sauvages face au Vautour fauve Gyps fulvus immédiatement après lâcher puis accoutumance rapide

Chamois à courte distance
Peu après lâcher, des femelles suitée se sont enfui devant un vautour se posant. Une autre fois, au contraire, un mâle a chargé le vautour, le contraignant à l’envol. Depuis, les chamois sont devenus indifférents à la présence de vautours, sauf des jeunes émancipés qui manifestent parfois une certaine curiosités.

Bouquetin
On ne dispose pas d’observations juste après lâcher de vautours. Au cirque d’Archiane, depuis 2007 nichent avec succès des vautours fauves dans les hautes falaises urgoniennes du Vercors dominant le Diois, dans une des principales zones de mise base du Bouquetin dans le massif.

Chamois, Cerf Cervus elaphus, Chevreuil C. capreolus, Sanglier S. scrofa, sont présents dans les alentours immédiats du même site, y compris en période de mise bas.

Grand corbeau dans les Baronnies
Immédiatement après lâcher, les grands corbeaux réagissait très vivement à la présence des vautours fauves. Un mois plus tard, hormis quelques très normales querelles de voisinage, c’était fini : les vautours maitrisaient désormais parfaitement le vol en liberté et les grands corbeaux avaient compris qu’ils étaient inoffensifs ;

Grand corbeau dans le Diois
Dès lâcher les grands corbeaux ont eu à l’égard des vautours fauves ce comportement de voisinage calme. C’est que, les mailles des volières étant plus larges, depuis des années les grands corbeaux locaux y pénétraient quotidiennement, partageant avec les vautours perchoirs et charognes.

b) Animaux domestiques à Chamaloc, commune de réintroduction du Vautour fauve dans le Diois (Préalpes)

Au site bas : brebis, chèvres, ânes, chevaux et chiens côtoient quotidiennement les vautours. Depuis quelques années, il s’y ajoute canards, pintades, poules et coqs, sans qu’aucun incident n’ait jamais été déploré. Les effectifs de Vautour fauve sont en moyenne autour d’une cinquantaine, avec parfois des maxima très supérieurs :

  • au total : en vol + posés, jusqu’à cent vingt-six ensemble ;
  • au repos seulement : posés dans une pâture légèrement en pente et bien exposé, qui leur plait particulièrement en hiver, jusqu’à quatre-vingt quatre ensemble ;
  • curées très fréquentes (charnier) : jusqu’à quatre-vingt dix sept vautours fauves, avec quatre vautours moines et un percnoptère.

A la fin de 2008, en période de début de construction des aires, j’ai vu vingt et un vautours fauves semblant particulièrement excités par du foin étalés dans un enclos, le saisissant à pleine bouchée, courant ainsi, le lâchant, recommençant, certains prenant une posture de dominance comme sur charnier. De ce fait, il est arrivé qu’ils soient mêlés à douze ânes. L’éleveur, M. Vartanian, a même vu une fois l’un d’eux posé sur un âne, lequel le portait placidement. Puis, quand sa “monture” s’est déplacée, le vautour rétablissait son équilibre en écartant les ailes.

Je ne doute pas que beaucoup d’entre vous aient d’autres données montant que les animaux sauvages et domestiques ne perçoivent nullement les vautours comme inquiétant.

III. Dommages réels, dommages fictifs, instrumentalisation ou information ?

1. Dommages réels : Comment des charognards peuvent-ils causer des dommages au bétail?

Même exceptionnels, des dommages au bétail du fait de vautours sembleraient a priori totalement impossibles de la part de charognards non armés pour la prédation.
En effet il y faut des anomalies : du fait du contexte (conditions artificielles) ou/et du bétail lui-même.

a) Accident en terrain escarpé

On a observé des cas, exceptionnels, d’Ongulés domestiques divers non habitués à la présence de vautours fauves, s’effarouchant lors de leur passage à basse altitude, lors de leur atterrissage, de leur envol, d’autant plus qu’il n’est pas rare que plusieurs dizaines de ces grands oiseaux soient concernés. Sur terrain escarpé, il pourrait se faire que des bêtes effarouchées fassent une chute, se blessant, voire se tuant.

b) Déficiences comportementales

Parmi les ovins ”seules les brebis de Black Face - race écossaise - savent cacher leur premier jumeau, pour la protéger des prédateurs, avant de faire le second Guy Joncour, vétérinaire in litt.” Que des vaches ne pas défendent pas un veau gisant inerte, épuisé après mise bas difficile montre, au moins chez certaines races, une déficience comportementale.

c) mises bas à problèmes

Races
Les mise-bas à problème atteignent des fréquences relatives considérables chez les races bovines les plus intensivement sélectionnées pour la viande :

  • Blonde d’Aquitaine : 11 %
  • Charolaise : 17 %
  • Blanc Bleu Belge : 100 %

TABLEAU I. - FREQUENCE RELATIVE DES VELAGES NECESSITANT UNE INTERVENTION HUMAINE.
Source : séminaire de biologistes, naturalistes, gestionnaires et vétérinaires concernés, 13, 14 et 15 mars 2008, rassemblé à Die (Drôme, Parc Naturel Régional du Vercors). NB On peut trouver sur certains sites d’Internet des fréquences plus faibles. Par exemple : chez la race charolaise un total de 4 % de césariennes + 4 % de vêlages difficiles, donc, par différence : 92% de vêlages faciles. L’apparente contradiction disparait si l’on est attentif au sens exact des termes : “vêlages faciles” inclut les “vêlages faciles avec aide”. Il suffit que ces derniers aient une fréquence de 9% pour retrouver les 17% de vêlages avec intervention humaine. Voir exemple sur le site “les races domestiques françaises ” d’Agro Paris Tech : pour l’Aubrac la distinction entre les 88% de vêlages faciles et les 10% de vêlages faciles avec aide. Chez la race Blanc Bleu Belge en moyenne 50% des vêlages se font par césarienne, près de 100% dans certains élevages.

Gènes
Sources : multiples sites sur Internet (Wikipedia, Institut agronomique et autres organismes zootechniques, éleveurs, etc.) en cherchant à “culard”.

Le terme désigne un caractère présent chez certaines races domestiques présente une hypertrophie musculaire de l’arrière-train. Connu depuis un siècle environ, ce caractère a été sélectionné chez des races bovine à viande : plus de muscle et moins de graisse, d’où augmentation du rendement à l’abattage, viande des animaux culards moins grasse et plus tendre. Cependant, ce caractère entraîne des difficultés de mise bas. Les sujets hautement sélectionnés peuvent présenter des problèmes de motricité, leur poids devenant trop important pour leur squelette. Le gène culard, présent chez Charolais, Bleue du Nord, Piemontese, atteint une fréquence près de 100 % chez le Blanc Bleu Belge et de 30% chez la Blonde d’Aquitaine, race relativement récente largement répandue désormais dans les Pyrénées. Il se rencontre aussi chez certains porcins et ovins mais chez ces derniers, généralement dits “callipyges”, il semble avoir des effets négatifs sur la viande, moins tendre.

Distinguo
«Toutes les vaches à conformation -et visée- “viande” sont difficiles à vêler sauf la Limousine, championne toutes catégories du prolapsus utérin.» G. Joncour, vétérinaire in litt.

Pour le profane :

  • difficulté à vêler = difficulté à expulser le veau
  • propension au prolapsus utérin = tendance à expulser trop au lieu du veau seul.

Prolapsus utérin : origine de dommage par chiens ou par vautours
Certaines vaches, lors d’une mise bas difficile, font un prolapsus utérin avec paraplégie post partum.

Il arrive que le veau, mort, ne soit que partiellement expulsé. Un ou plusieurs chiens, parfois ceux de l’éleveur, peuvent consommer la partie du cadavre qui dépasse, puis continuer la vulve, avant de passer au reste : les lésions aux nerfs insensibilisent toute une partie de la vache. Ensuite, il est trop tard.

Ces suites dramatiques d’un vêlage difficiles, sans être fréquentes, sont mais néanmoins bien connues, classiques.

Or, il peut très bien se faire, dans certains cas, que le Vautour fauve tienne le rôle dans lequel le Chien est bien connu. Sources vétérinaires : H. Chamoux comm. or. pers., G. Joncour in litt.

d) Les facteurs humains : réseau vétérinaire rural, pratiques d’élevage.

A l’échelle de l’exploitation, le risque peut très bien être inférieur au risque moyen à l’échelle de la chaîne ou même de la commune. Mais il peut aussi être très supérieur.

Joncour, vétérinaire rural ayant beaucoup travaillé sur ce sujet, insiste sur le rôle, dans la fréquence des dommages par vautours de l’organisation, donc l’efficacité, du réseau local de vétérinaire ruraux, ainsi que des pratiques des éleveurs :

  • particulièrement avec certaines races bovines : «Toutes les vaches à conformation -et visée- “viande” sont difficiles à vêler et exigent une surveillance de bon père de famille.»
  • les races rustiques ne dispensent pas de toute surveillance : les mises bas à problèmes, bien plus rares ne sont cependant pas totalement exclues.

Les troupeaux à risque élevé peuvent correspondre à des cas extrêmement différents. On n’en donnera ici que deux exemples extrêmes (source : C. Arthur, P.N.P.) diamétralement opposés, sans prétendre épuiser le sujet :

  • mise en alpage de troupeaux en très mauvais état pour des raisons (subventions, etc.) qu’on ne détaillera pas ici, car c’est un autre débat ;
  • excellent travail et élevage biologique mais avec des races peu rustiques, notamment à mise bas difficile (cf. supra).

2. Dommages fictifs : nature, cause, amplification et diffusion

a) Rares fraudes délibérées

La plus commune, mais non pas la seule, des motivations de tentatives de fraude des causes diverses dont la plus commune est l’espoir de se faire rembourser un animal perdu pour une tout autre cause. Exemples :

Limousin (Massif Central)
« Agneaux et brebis mortes d’entérotoxémie : les trous étaient faits “post-mortem” au tournevis…, pour faire croire à des attaques par Rapaces divers. Tentative de fraude “dégonflée” par expertise vétérinaire. » Source : Joncour. vétérinaire rural.

Diois (Alpes)
« En 2005, un éleveur de Valdrôme alerte la DDAF et la gendarmerie pour des corbeaux qui tuaient ses brebis en leur crevant les yeux. Une visite sur place m’a permis de constater que ces brebis était déjà mortes ayant mangé de l’engrais (ammononitrate) trouvés dans des sacs crevés en accès libre aux brebis, quelqu’un lui ayant “conseillé” de ne plus donner de sel à ses brebis pendant la gestation », courriel d’un vétérinaire rural local.

Que les fraudeurs soient à la fois très minoritaire et toujours présents est probablement inhérent non pas aux éleveurs mais à Homo sapiens en général. Ce qui relativise mais ne doit pas pour autant être une raison de ne pas réagir : sans expertises, une fraction infime de fraudeurs pourrait, du fait du nombre important d’éleveurs, atteindre un nombre absolu constituant un grave problème de gestion.

b) fréquent défaut de sens critique, d’où conclusions hâtives erronnées.

L’observation factuelle avec prise de notes circonstanciées du technicien, du scientifique, du naturaliste, du garde, du militaire, du policier, du médecin, etc, bien loin d’être n’est pas spontanée, doit s’acquérir.

Il n’est pas exceptionnel que des personnes psychologiquement fragiles, ou fragilisés par une situation économique difficile, cherchent un bouc émissaire à tous leurs problèmes : ça soulage, ça aide à vivre. Le monde de l’élevage n’en est pas plus indemne qu’un autre.

Ce qui est plus courant, même chez ceux qui ne sont pas psychologiquement fragiles, c’est une grande influençabilité par les media, directement ou par le relais de la rumeur publique : «ceux qui ne se posent plus de questions et accusent systématiquement les vautours, alors qu’avant ils n’y pensaient même pas ! » C. Arthur, P.N.P. Quelques exemples significatifs :

En 2007 dans les Pyrénées
Sur les seize cas concernant des bovins adultes ayant été expertisés par vétérinaires, «quatre avaient été déclarés en bonne santé par l’éleveur, et ce en toute bonne foi», alors que l’autopsie a révélé que les vautours n’étaient par responsable de la mort : «deux interventions post mortem sur un animal foudroyé et un animal décédé de façon brutale (cause de la mort non découverte), deux interventions (des vautours) ante mortem lors de l’agonie par entérotoxémie (maladie digestive pouvant entraîner la mort en quelques heures) » Véronique Zénoni, vétérinaire.

En 2007 dans les Baronnies (Préalpes)
Un éleveur, ouvert, non hostile aux vautours, au contraire, a modifié son mode d’expression : «Les vautours m’ont encore débarrassé d’une brebis crevée» est devenu : «Les vautours m’ont encore tué une brebis» ceci dès qu’une chaîne de télévision a prétendu que les vautours étaient devenus prédateurs, et sans aucune autre cause.
Source : C. Tessier,Vautours-en-Baronnies ;

En 2007 dans l’Ardèche (Massif-Central)
Une brebis et ses agneaux mangés par des vautours. L’éleveur (même influence médiatique que ci-dessus) attribue la mort de ses bêtes aux charognards, ce que reprend un article dans le Dauphiné Libéré du 31 mai (cf. in dl_31_05_07_vautour ) démenti dès le lendemain dans le même journal par un vétérinaire (cf. in dl_01_06_07_vautour ) ;

En avril 2008 dans l’Aude (piémont des Pyrénées orientales)
«Un veau aurait été tué au cours d’un vêlage. Autopsie vétérinaire : le veau était mort bien avant l’intervention des Vautours, il lui manquait même un morceau d’os de mâchoire, des chiens ou sangliers étaient sans doute passés avant. Rien de bien grave, si ce n’est que l’éleveuse avait prévenu la gendarmerie et la conseillère générale. Un inconnu s’était quand à lui chargé d’avertir la presse. Heureusement nous avons eu affaire à des personnes correctes. L’éleveuse après un moment de stress a compris la situation et acceptée le résultat de l’autopsie. Le journaliste a fait un article le lendemain et un autre ensuite pour donner le résultat de l’autopsie et cela sans faire dans le sensationnel.»
Y. Roullaud, LPO Aude.

c) Instrumentalisation politique de la grande faune : une singularité locale ?

La thèse soutenue le 22 novembre 2007 par F. Benhammou, géographe, doctorant en sciences de l’Environnement, Ecole Nationale du Génie Rural des Eaux et des Forêts, analyse une extraordinaire instrumentalisation politico-financière de la grande faune.

Résumé : «Les dossiers de l’ours et du loup en France sont des cas d’école pour les stratégies d’opposition ou de promotion de conservation de la nature. Cette question est représentative des relations tendues entre le secteur environnemental et le secteur agricole. Ensuite, le conflit autour de ces animaux permet à des entités ou personnalités politiques (Institution patrimoniale, organisations agricoles, élus) de capter des fonds, d’accroître leur rayonnement territorial et/ou de renforcer un pouvoir. L’ours et le loup sont des boucs émissaires et des révélateurs d’une crise-mutation du monde agricole qui arrive à la fin d’un cycle de bouleversements mal vécus (PAC, changements des usages territoriaux, exode rural, évolution paysagère). Les difficultés concrètes posées par les grands prédateurs, symboles forts de nature, entraînent une réaction anti-environnementale qui s’attache à exagérer les problèmes réels causés par ces espèces. Pourtant, les tentatives des opposants à l’ours et au loup d’inscrire la conservation de la nature dans un «anti-humanisme» s’avèrent caduques. Au contraire, les acteurs d’environnement favorables à ces animaux encouragent une réflexion visant à repenser et renforcer la place de l’homme pour améliorer la cohabitation avec l’ours et le loup. Enfin, la formulation géo-environnementale, géopolitique et stratégique de notre sujet nous porte à croire qu’une telle analyse peut contribuer à un enrichissement disciplinaire de la géographie.”

On trouvera dans “Vivre avec l’ours” (2005 éd. Hesse) du même auteur une analyse de la captation évoquée ci-dessus des fonds affectés par les gouvernements les plus divers à la conservation des ours des Pyrénées, de ce fait détournés pour des actions lui portant gravement préjudice.

  • dans l’espace: concentration géographique des plaintes relative au Vautour fauve (ce qui est fort différent des dommages prouvés cf. supra ) dans le fief des ” entités et personnalités politiques ” dont la stratégie est analysée par Benhammou (cf. supra) ;
  • dans le temps: explosion du nombre de plaintes depuis que, après des décennies, justement alors qu’il a été mis fin aux abus scandaleux évoqués plus haut concernant les grands carnivores.

Ces corrélations ne peuvent guère passer pour des coïncidences. Le battage médiatique intense, montant en épingle des problèmes, réels mais très rares, les gonflant d’une abondance de bruits sans fondements, apparait comme une tentative pour sauver l’instrumentalisation de la grande faune en substituant le Vautour fauve à l’Ours : opportunisme stratégique sacrifiant, encore une fois, la biodiversité.

Je ne développerai pas davantage car les Pyrénéens concernés sont déjà informés, les autres personnes éventuellement intéressées pourront trouver d’autres sources (publications de Benhammou, Internet) et la situation politique et sociologique générale ailleurs, même dans les Pyrénées est beaucoup plus saine.

Néanmoins, il était nécessaire d’évoquer ce grave problème local pour l’information des personnes concernées et de bonne foi d’autres régions.

d) La rumeur ne recule devant aucune absurdité

C’est même une de ses caractéristiques, et non pas seulement à propos de la faune. La fin de 1996 a vu dans les Baronnies le premier lâcher de Vautour fauve dans les Alpes françaises et, dans la même vallée, presque en même temps, un suicide par saut d’une falaise. Rapidement il s’est dit que les vautours avaient dévoré le cadavre, ce qui n’aurait rien eu d’impossible.

Puis la rumeur est devenu que les vautours avaient précipité un promeneur dans le vide. Ce qui permis de dégonfler sans peine la baudruche, c’est que le suicide avait eu lieu quelques jours avant l’ouverture de la volière.
Source :C. Tessier, Vautours-en-Baronnies,comm. or. pers.

e) Le poids décisif des médias dans la genèse de la rumeur

Il aura suffit, en 2007, d’un ou deux reportage incompétents ou tendancieux dans le cas cadre de l’instrumentalisation évoquée plus haut, pour créer une vague d’inquiétude se propageant jusque dans les Alpes, qui chez les plus influençables ou les plus angoissés aura même radicalement transformé au détriment des vautours la perception de faits inchangés (cf. supra)

f) Défaut de sens critique, conclusions hâtives

Certains journalistes, purement et simplement au service des intérêts politiques ci-dessus, n’ont pas hésité à mentir : cela se passe de commentaire.

D’autres, de bonne foi, ont été manipulés, ce qui est très facile avec des affirmations péremptoires assaisonnées de photos “sanglantes”. Sont particulièrement susceptible de commettre cette faute professionnelle :

  • ceux prêt qui se dispense de vérification pour être les premiers à faire état de n’importe quoi sortant de l’ordinaire ;
  • ceux totalement inconscient ou/et indifférent à l’égard des conséquences catastrophiques pour la politique de restauration de la biodiversité dans l’opinion publique et même de la perception par les détenteurs de l’autorité politique ou administrative de ce battage outrancier. Tout particulièrement dans un pays dont le niveau moyen de culture naturaliste se situe, au niveau moyen de culture gastronomique des USA, même chez une large fraction de mes collègues biologistes, dont le niveau d’appréhension du vivant dépasse de plus en plus rarement le niveau moléculaire ou cellulaire…
  • ceux qui occupent le créneau «exploitation démagogique et populiste du sensationnel de bas niveau». La presse à sensation s’en est donné à cœur joie. Ainsi, France Dimanche titre : «Au secours, les vautours attaquent !» et en rajoute à l’avenant : «Par hordes, ils s’abattent sur le bétail et le dévore vivant», «Brebis, veaux, vaches, chevaux, chaque jour c’est un nouveau massacre», «Je n’ose plus laisser mes enfants dehors» confie une villageoise. Ceci avec une manipulation par la mise en page photographique: un examen critique de la vache et son veau en alpage a beau montrer leur indifférence aux dix-sept vautours fauves posés à côté d’eux, les gros plans de curée, et de carcasses après curée (toutes sur brebis), collés à côté transmettent un tout autre message et atteignent parfaitement leur but: susciter une réaction sans réflexion chez des lecteurs qui, il est vrai, ne demandent rien d’autre et certainement pas une information critique.

Qu’il n’ait pas manqué de journalistes dignes de ce nom, prenant la peine s’informer, motivé par la biodiversité, désireux de s’informer pour informer, dont le «créneau» professionnel n’est pas d’abord de jeter de l’huile sur le feu c’est l’honneur de leur profession.

Certains articles erronés ont été suivis à très terme de mises au point plus fondées (voir, entre autre, plus haut « en 2007 dans l’Ardèche » ). Certains journaux ont largement ouvert leurs colonnes à un exposé par des gens compétents. Certes, certes, certes. Malheureusement :

  • l’audience d’une seule des grandes chaînes de télévision est bien supérieure à celle du démenti.
  • Tous  les professionnels de la publicité savent qu’en matière de rumeur publique, un seul bruit négatif a autant de poids que dix informations positives.

Un comportement particulièrement retors : Calomniez, calomniez : il en restera toujours quelque chose !

  • le texte d’un article rapporte les propos d’un éleveur décrivant une concentration de vautours attendant la fin de l’agonie d’une de ses juments après une chute mortelle, dont il suppose qu’elle a été provoquée par effarouchement ;
  • le titre au contraire transmet un message faux et dramatique «Cerdagne, Des vautours fauves s’attaquent à des chevaux». Or, c’est le titre qui marquera les esprits, d’autant que plus beaucoup n’auront lu rien d’autre.

IV. Dommages réels dans les Pyrénées françaises

Source des données : C. Arthur, Parc National des Pyrénées

«Du fait d’une lettre de mission adressée par la Direction de la Nature et du Paysage en 2002 à la Préfecture des Pyrénées-Atlantiques, renouvelée en 2007, des constats officiels sont effectués par les agents de l’Etat, doublés depuis 2007 d’expertises par des vétérinaires indépendants, financées par la DIREN Aquitaine. Leur qualité s’est considérablement améliorée, de même que la rapidité d’intervention : en 2007, plus de la moitié moins de vingt-quatre heures après la dernière observation de l’animal intact. Mais cette amélioration se heurte à des limites : près de la moitié des cadavres sont consommé au point que l’autopsie a peu de sens, ce qui a peu de chance d’être amélioré, l’arrivée des vautours étant de plus en plus précoce», probablement à cause de la fermeture de charniers sur le versant espagnol.

1. Nature des dommages

a) Bovins

Hors vêlage
«L’analyse a montré que dans la quasi-totalité des cas, les bêtes étaient fortement handicapées, voire condamnées et que les vautours fauves n’ont fait qu’anticiper la mort de l’animal, certaine avec ou sans vautours»

Vêlage
«Les vêlages se passant mal (avortement, retournement de matrice, veau mort et bloqué…) constituent la majorité des cas. L’intervention des vautours vient compliquer le pronostic de survie de la bête, qui va dépendre alors de la rapidité d’intervention du berger. Une inconnue demeure l’état de santé des veaux. Etaient-ils tous condamnés, ou certains d’entre eux, épuisés, ont-ils été tués par les vautours fauves ? Cette seconde hypothèse n’est pas à totalement à exclure.»

b) Ovins

Adultes immobilisés, pris dans des ronces, des barbelés
«Lorsque le berger ne s’en rend pas compte à temps et tarde à venir les délivrer des ovins peuvent être consommés vivants (au début) par les vautours fauves.»

A l’agnelage
«Peu de cas, surtout des morts d’agneaux, l’inconnue est son état lorsque les vautours l’ont entamé, même si l’hypothèse d’une mise à mort par les vautours fauves, notamment dans le cas de naissances gémellaires ou/et difficile, n’est pas totalement à écarter : un charognard n’est pas un clinicien, il ne faut quand même pas espérer qu’il fasse la différence entre un agneau mort et un agneau immobile par épuisement, entre les faibles mouvements d’un agneau épuisés et ceux d’un agneau agonisant.»

Autres cas
«Outre les cas de pathologies lourdes pour lesquels les vautours n’ont fait que hâter une mort inévitable (cf. supra Bovins), il semble que des dommages sur ovins adultes à pathologies bénigne soit possibles. La compréhension n’en est pas encore totale. Les études vétérinaire en cours devraient prochainement éclaircir ce point : 2008 devrait être très instructif.»

2. Nombre de cas

a) Moins de 2x d’animaux perdus par vautours que de plaintes

Les trois cents vingt deux plaintes ont concerné près de cinq cents animaux : une grande majorité de morts, une minorité de blessés, une très petite minorité de « sauvés » : plainte quoique sans dommage, l’éleveur étant intervenu. Mais plainte n’est pas preuve : dans plus de 70% des cas, on a démontré qu’il était exclu que le Vautour fauve ait pu être la cause de la perte de bétail constaté, ni même un simple facteur d’aggravation de risque.

Globalement, le nombre maximum de tête de bétail pour la perte desquelles on ne peut écarter que le Vautour fauve ait joué un rôle n’atteint pas la moitié du nombre de plaintes : (500/322) x 0,30 = 47%. C’est ce facteur de correction global qui, appliqué aux nombre de plaintes du tableau I donne le nombre maximum possible de victimes réelles du tableau II ci-dessous.

Année(s)       / nombre de plaintes / maximum de victimes réelles
1993-2005    /                      11,3 /                                       5,3
2006            /                         42 /                                         20
2007            /                       133 /                                         62

TABLEAU II. - Nombre de plaintes de dégâts de bétail du fait de Vautour fauve Gyps fulvus dans les Pyrénées françaises et nombre maximum d’animaux réellement perdu pour lesquels le Vautour fauve ne peut être éliminé comme cause possible de perte, unique ou aggravant d’autres causes. Pour la période 1993-2005 : moyenne annuelle. Passage du nombre de plaintes au nombre maximum de victimes sur la base des moyennes globales de 1993 à 2007.
NB : Facteur de conversion permettant de passer du nombre plaintes au nombre de victimes :

  • Ces 47% comprennent les cas où le vautour fauve n’a été qu’un facteur de risque aggravant d’autres causes de perte ;
  • il s’agit d’une limite maximale possible et non pas d’un nombre prouvé. La réalité est très probablement inférieure quoique du même ordre de grandeur ;
  • c’est une moyenne de 1993 à 2007. Il est possible que la valeur d’une année donnée ait été quelque peu différente. Mais je n’ai disposé que des données globales. Disposer de celles en 2007, en 2006 et avant améliorerait un peu le tableau, mais sans le bouleverser, surtout en 2007 : 41% du total des plaintes.

b) Forte augmentation après 2005

La pénurie alimentaire infligée depuis 2005 aux vautours dans des contrées limitrophes d’Espagne est la seule variable susceptible d’expliquer la forte augmentation du nombre de plaintes et victimes. En effet, si la chaîne des Pyrénées est une barrière du point de vue humain, elle constitue pour les Vautours et autres espèces rupestre une même entité, en majeure partie en Espagne. La diminution de 9,2% par rapport à 2006 du nombre de couples de Vautours fauves nichant dans les Pyrénées françaises (M. Razin, LPO Mission Rapace in litt.) a déjà démontré que cette population ne peut pas être séparée fonctionnellement de l’ensemble ibérique.

c) Près de huit fois plus de plaintes de dommage à bovins qu’à ovins.

nombre de plaintes / cheptel rapport / nb de plaintes/cheptel
Ovins :           130 /           > 450 000 /             0,0289 %
Bovins:           180 /                80 000 /             0,2250 %

TABLEAU III. - Dans la zone de référence étudiée dans les Pyrénées, en dépit plus de cinq fois inférieurs, les plaintes de dommage à bovins sont de 38% supérieurs au nombre de celles concernant les ovins : la fraction des cheptels concernées est 7,79 fois supérieure (rapport des % de la colonne la plus à droite).

3. Fréquence relative : risque et impact économique global

Rapportons les effectifs du tableau précédent à ceux du bétail dans la zone de présence du Vautour fauve dans les Pyrénées françaises, soit environ un million cent mille de têtes (400000 bovins, 700000 ovins, M. Razin, , com. or. pers.)

1993-2005 : 0,0005 % = 0,005 ‰
2006        : 0,0018 % = 0,018 ‰
2007         : 0,0056%  = 0,056 ‰

TABLEAU IV. - Fraction maximale des cheptels perdus par an du fait du Vautour fauve, cause unique ou facteur aggravant dans les Pyrénées françaises.

Ces fréquences relatives sont le meilleur estimateur, à la fois, de :

  • risque annuel de perdre une tête de bétail dans l’aire de présence de l’espèce dans les Pyrénées françaises du fait du Vautour fauve, y compris les cas où il n’a été qu’un facteur aggravant et non pas cause unique.
  • impact économique relatif de ces pertes à l’échelle de l’ensemble de la zone.
    L’un et l’autre sont globalement totalement insignifiants : moins d’un dix-sept millième. La mortalité courante, incompressible, jamais inférieure à 1% par an, atteignant souvent 3%, voire plus, ne s’en trouve donc augmentée que de moins de 0,2 à 0,6%.

Rappel
Il ne s’agit nullement de valeurs prouvées des fréquences relatives mais de leur limite maximale possible dans la pire hypothèse, la réalité étant probablement un peu inférieure quoique analogue.

V. A propos de la situation en Espagne

1. Interprétation très vraisemblable

L’augmentation récente sur le versant français des Pyrénées des plaintes et aussi des dommages réels au bétail du fait du Vautour fauve est certainement en rapport avec les récentes fermetures de charniers dans certaines provinces d’Espagne, dont certains étaient à moins d’une heure de vol.

Mais (C. Tessier,Vautours-en-Baronnies, comm. or. pers.) il parait probable que ce ne soit qu’un pic transitoire car ou bien l’organisation bureautico-financière de la famine cessera dans les provinces d’Espagne concernées, ou bien les effectifs de vautours s’y effondreront, que ce soit par échec de reproduction, mortalité massive ou émigration.

2. Idées fausses démenties par les faits

« Tout le mal nous viendrait d’Espagne ! »
On entend, et même parfois on lit, que les disettes dans certaines provinces d’Espagne auraient non pas seulement augmenté la fréquence des plaintes pour dommages par Vautour fauve mais seraient leur unique cause. Or, c’est chronologiquement impossible car alors que c’est à partir de 2005 que, en Espagne, des disettes ont été bureaucratiquement organisées, les premières plaintes enregistrées dans les Pyrénées françaises l’ont été douze ans plus tôt.

«Les effectifs de vautours en Espagne serait artificiels, très anormalement élevés»
Les quelques vingt-mille couples ibériques de Vautour fauve, environ quatre-vingt mille individus au total, sont souvent présentés comme une aberration démographique, totalement artificielle. C’est probablement vrai localement. Mais c’est globalement totalement faux : les ordred de grandeur des effectifs actuels de Vautours sont les mêmes que ce qu’ils seraient si, notre encombrante espèce étant totalement absente des Pyrénées à Gibraltar, y prospéraient en densités ipso facto naturelles, non seulement Isard, Bouquetin, Sanglier, Cerf, Chevreuil (et Daim?) mais aussi Bison, Aurochs, Tarpan et grands Carnivores. Une analyse ad hoc, déjà bien avancée, sera prochainement présentée.

3. Le conservatisme est la chose du monde la mieux partagée

Cette paraphrase de Descartes évoque une caractéristique d’Homo sapiens, qu’il serait exagérément pessimiste de croire absolue, mais dont il serait très irréaliste d’ignorer la très large dominance statistiquement, même chez ceux professant une idéologie inverse, à savoir : une mentalité conservatrice, au plus mauvais sens du terme, c’est à dire non pas la volonté de conserver ce qui de la valeur, la biodiversité par exemple, mais une incapacité radicale et timorée à concevoir que les choses aient pu être ou/et puissent devenir autres que ce qu’ils ont toujours connu. Une “frilosité” pitoyable qui mériterait quelque indulgence si elle ne constituait un gravissime handicap pour la politique en faveur de la biodiversité. C’est pourquoi, au contraire, on ne saurait avoir la moindre indulgence pour cette carence intellectuelle majeure, qui devrait être incompatible avec certaines fonctions, mais qu’on y rencontre néanmoins trop souvent.

Le renouveau, en cours, de notre grande faune, rupture historique sans précédent, est vécu par d’aucuns comme une anomalie (!), pour cette seule raison qu’ils ont grandi dans un contexte de grande faune ruinée par des siècles d’extermination soutenue. Si l’état de quasi-anéantissement de notre grande faune lors des trois décennies suivant la seconde guerre mondiale était son état normal, alors les grands mammifères n’auraient joué qu’un rôle insignifiant ou nul dans la nourriture carnée de nos ancêtres paléolithiques, laquelle aurait été fondée exclusivement sur poissons, oiseaux, lièvres, marmottes, escargots, écrevisse, etc.

En réalité, les densités naturelles de grands herbivores dans nos contrées seraient du même ordre de grandeur qu’ont peu observé dans les savanes africaines…dans les territoires protégés des ravages au fusil. Dans de telles conditions, les effectifs ibériques de Vautour fauve sont, globalement, d’un ordre de grandeur tout à fait naturel, les effectifs plus au nord et à l’est en Europe étant encore très…sous-développés, même en France, devenu pourtant le second pays du continent pour les vautours.

VI. Interprétation scientifique ou fantaisiste ?

1. Vautours et prise de nourriture

a) Incompréhension radicale du comportement alimentaire des vautours

«Si les vautours étaient vraiment des charognards, ils ne devraient consommer que des animaux morts » est une idée fort répandue (au moins implicitement), qui suppose implicitement mais nécessairement :

  • ou bien que les vautours se forment des concepts, dont celui de mort. Hypothèse qui serait extraordinairement hardie (si elle était formulée explicitement et consciemment) mais dont on ne voit pas sur quoi elle pourrait s’appuyer !
  • ou bien que « l’essence » (!) d’un charognard exclut qu’il consomme jamais un animal vivant. « Platonicisme populaire inconscient » ?

Dans les deux cas on est très loin de la biologie et même de toute approche scientifique.

b) Erreur d’interprétation plus excusable

Il peut arriver que du bétail non accoutumé à la présence de vautours s’effarouche de leur présence en nombre, en vol, à proximité du sol. Pour des raisons diverses, par exemple aérologique, les vautours peuvent répéter leurs passages à proximité. Sur terrains escarpés, certains témoins, non spécialistes des Rapaces et le plus souvent nullement naturalistes, ont cru y voir une tentative de provoquer une chute mortelle. Les spécialistes des Rapaces, notamment ceux qui observé de tels faits, conviennent qu’une telle erreur d’interprétation se comprend de la part d’un profane. Mais ils ne connaissent aucun cas de données circonstanciées confirmant un tant soit peu cette hypothèse.

Croyance analogue plus traditionnelle mais aussi infondée
Il n’est pas exceptionnel que des déplacements de bouquetins, une fuite de chamois, fasse pleuvoir des pierrailles, parfois quelque bloc, sur un humain en contre-bas. J’en sais quelque chose.

Or, encore au XXI° siècle, d’aucuns croient, dur comme fer, pour l’avoir toujours entendu dire, que c’est là un bombardement délibéré !

c) Eco-Ethologie : réactions écologiquement très adaptées, par des centaines de milliers d’années d’évolution, aux stimuli reçus d’ongulés naturels ou peu altérés.

Des charognards qui ont faim commencent à consommer un ongulé si celui-ci présente des caractéristiques constituant pour eux des stimuli éthologiques, dans le cadre du programme génétique de consommateurs de charognes issu de leur évolution, éventuellement modulé par leur expérience individuelle antérieure…pour le dire de manière très simplifiée.

Ces stimuli sont olfactifs chez des Mammifères opportunistes, volontiers charognards d’occasion (Sanglier, nombreux Carnivores, certains Rongeurs) de même que chez diverses espèces d’Insectes nécrophages, arrivant successivement, avec une précision remarquable à divers stades de décomposition (Au point que la police scientifique emploie des entomologistes de niveau doctorat pour une évaluation fine de l’heure d’un décès suspect.)

Mais les Vautours d’Europe, d’Asie et d’Afrique, eux, réagissent à des stimuli purement visuels (Au contraire, des sept « vautours » américains les trois Urubus Carthartes sp. font partie des rares oiseaux utilisant l’odorat pour se nourrir, ce qui leur permet de trouver des charognes même sous couvert forestier dense.) : posture des cadavres ou agonisants, immobilité totale ou soubresauts d’agonie la différence avec des animaux vivants en bonne santé, même au repos, est perçue avec acuité. Si les stimuli normalement étroitement corrélés à des animaux disposant de tous leurs moyens ne déclenchent pas de comportement de consommation, c’est qu’alors leur inefficacité dans le cadre de la spécialisation évolutive des vautours en ferait une perte d’énergie (Et pourrait même être dangereuse avec de grand animaux.)

La même raison fait que des espèces extraordinairement grégaires, tel que, parmi les quatre d’Europe, le Vautour fauve, ne réagissent pas au trop petites charognes : des dizaines de vautours fauves sur un cadavre de petit rongeur ou de passereau en obtiendraient moins d’énergie que ce que nécessiterait leur envol à tous.

Il faut bien comprendre que ce comportement n’est pas le résultat d’un raisonnement du vautour mais que le succès ou l’insuccès moyen de la réaction induite ou non induite par tel ou tel stimulus fait que les uns ont transmis leurs gènes, dont nous observons la traduction, et d’autres non.

C’est justement cela la sélection naturelle.

Bien entendu, ce comportement, surtout chez des Rapaces, n’est pas rigidement stéréotypé, le programme génétique inclus une certaine souplesse comportementale en fonction des circonstances, pour le dire encore de manière extrêmement simplifié. Il est possible que la tendance innée puisse être renforcée par de précoce expériences négatives, mais je n’ai pas de données dans ce sens, ni personnelles ni d’autres observateurs.

Les vautours attendant patiemment la fin des mouvements des animaux agonisant, parfois pendant de très nombreuses heures. C’est une réalité statistique mais non pas absolue, comme bien souvent en éco-éthologie et même plus généralement biologie de l’évolution.

Il arrive donc, parfois, que des vautours commencent la curée avant l’achèvement de l’agonie.

Ce n’est pas un acte de prédation, dont ils sont incapable, faute d’armes : leurs pattes ne sont pas des serres ( lire plus haut). En commençant le dépeçage avec leur bec, de forme adapté à cette fonction d’outil (idem), ils hâtent la fin d’une agonie, accélérant quelque peu une mort inéluctable, qu’ils seraient incapables de provoquer chez un ongulé en bonne condition physique et dans une situation non handicapante, ce qui constitue la prédation proprement dite (Ceci n’est nullement contradictoire avec la fonction d’élimination des plus faibles des prédateurs. Celle-ci également est statistique, non pas absolue : les prédateurs tuent généralement une majorité de proie saines mais les animaux malades, blessés, diminués, etc., s’ils restent minoritaires parmi leurs proies y ont néanmoins une fréquence relative beaucoup plus élevée que dans l’ensemble des populations des mêmes espèces).

Attente de la fin de l’agonie ou anticipation?: cela dépend de divers facteurs, qui ne sont probablement pas encore tous identifiés. Parmi lesquels on peut citer l’intensité de la faim des vautours, le degré d’affaiblissement de l’animal agonisant, sa taille.

d) Stimuli et réactions : Inadaptation à des situations artificielles et récentes

Les oiseaux, les mammifères et d’autres sont capables d’une certaine souplesse comportementale, parfois réellement surprenante. Mais il ne faut quand même pas en attendre une analyse, ni un diagnostic, tel que peuvent le faire un éleveur, un technicien, un vétérinaire, un naturaliste, un scientifique, etc.

Pour un vautour :

  • les stimuli reçus d’un mouton ou d’une chèvre en bonne santé mais réduit à une quasi-immobilité par des liens, un épais roncier ou tout autre cause, ne sont guère discernables de ceux qu’il reçoit des quelques mouvements d’une bête à l’agonie ;
  • les stimuli reçus des veaux ou agneaux nouveau-nés immobiles épuisés par une mise bas difficile ne diffèrent pas de ceux de mort-nés. Ensuite, une fois la curée commencée, ce ne sont pas quelques soubresauts de la victime qui changeront quelque chose, a supposer que, dans la mêlée d’une curée, ils soient perçus différemment des tractions exercées par les congénères concurrents.

Les insectes nécrophages ne sont pas sujets à de telles confusions car, eux, réagissent à des stimuli olfactifs.

2. les vautours ne sont pas prédateurs, notamment d’ongulés.

a) Mise bas

Chez les Ongulés sauvages
Les complications lors de la mise bas sont rarissimes car, le cas échéant, elles entraineraient la mort, aucune assistance humaine ne venant permettre la survie d’animaux présentant une déficience, ni temporaire, ni permanente, ni acquise, ni génétique. Ceci élimine ipso facto toute mutation entrainant des mises bas à problème.

Chez les races domestiques rustiques, les seules pendant des milliers d’années
Les mises-bas à problèmes, sans être aussi exceptionnelles, restent rares, pour les mêmes raisons.

Chez les races de bétail extrêmement sélectionnées, notamment pour la viande de boucherie
L’augmentation du rendement se paie d’un effondrement de la rusticité, tout particulièrement au niveau de la mise bas. (cf. supra)

b) Hors mise bas

Les Ongulés sauvages sont indifférents à la présence des Vautours
Ils ne craignent rien d’Aigles ou Grand corbeau sauf s’ils sont très jeunes et à distance de leur mère, ou bien gravement handicapés (blessure, etc.), ou encore en situation exceptionnellement exposé.

Les Ongulés domestiques sont indifférents à la présence des Vautours
Dans maintes régions d’Afrique, d’Asie et d’Europe, depuis des milliers d’années, les vautours vivent en quasi-commensaux de l’élevage. A ma connaissance, mais il serait intéressant d’interroger des ethnologues les étudiant, il ne semble exister chez aucun peuple pasteur de tradition orale mentionnant une prédation de bétail par vautours.

c) Prédation : abus de language ou incompétence en Biologie ?

La totale innocuité des vautours pour le bétail, hors pathologie gravement handicapante (mise bas très difficile ou autre cause), suppose qu’il soit libre de ses mouvements. Ce n’est pas le cas d’un animal plus ou moins immobilisé, accidentellement, emberlificoté par une clôture par exemple, ou encore pris dans un roncier du fait d’une toison laineuse, mutation handicapante sélectionnée par l’Homme chez le Mouton, voire lié volontairement pour une “expérience” douteuse.
J’ai moi-même fait une observation équivalente à une toute autre échelle : un rouge-gorge Erithacus rubecula immobilisé dans un filet (capture pour baguage) qu’avait commencé à manger une mante religieuse Manta religiosa et qui en était mort.

Dans de tels cas, parler de «prédation», serait faire preuve d’une grande inculture en éco-éthologie, à moins que ce soit une tentative délibérée de fraude scientifique?
Autant vaudrait arguer de mon observation ci-dessus pour prétendre que la Mante religieuse soit un prédateur du Rouge-gorge !

Qu’il s’agisse de Vautour et bétail ou de Mante et Rouge-gorge, on ne peut pas totalement exclure d’être, un jour, confronté à cette « interprétation », débile au sens propre du terme (= faible) car :

  • ce ne serait pas le premier exemple de mensonge délibéré, au service d’intérêts particuliers aux dépends de l’intérêt général ;
  • selon le mot d’un « humoriste » la prise de conscience de la bêtise humaine étant une des meilleurs approches intuitive de la notion d’infini.

d) Dommages aux bovins / Dommages aux ovins : un rapport incompatible avec la prédation.

Toutes autres choses étant égales par ailleurs plus un Ongulé est grand, moins il est vulnérables face à d’authentiques prédateur. Or, dans l’ouest des Pyrénées, tout au contraire, les plaintes pour dommage sont, en pourcentage des cheptels près de huit fois plus fréquentes concernant les bovins que concernant les ovins ( cf. supra tableau III ). C’est que la zone concernée est celle de présence maximum de la relativement récente race bovine Blonde d’Aquitaine, particulièrement sujette aux mises bas difficiles et nécessitant une présence humaine (11%), du fait de la fréquence du gène culard (30%). Ceci démontre que la perte de rusticité, les caractéristiques propres aux races les plus artificialisées, jouent un rôle majeur dans la fréquence des dommages au bétail par vautour fauve.

3. Evolution biologique : sens réel et usage abusif

(Une totale impropriété terminologique est nécessairement également conceptuelle, car ni langue ni langage ne se réduisent pas la communication mais structurent la pensée. Sans leur maîtrise, au moins et surtout écrite, il n’y a pas de pensée scientifique.)

En biologie «Evolution» a, un sens précis impliquant une modification de la génétique des populations concernées. Mais il ne saurait désigner toute sorte de changement chez des animaux ou des végétaux, de quelque nature qu’il soit.

Et pourtant, avec l’audace que peut donner parfois l’inconscience de son incompétence, d’aucuns ont prétendu «interpréter» les rares dommages au bétail par vautours comme « évolution » en réponse à des changements des conditions trophiques. Une inculture en biologie de l’évolution aussi crasse, l’indigence intellectuelle de cette «interprétation», serait tellement consternante que, à tout prendre, on serait presque rassuré pour les personnes concernées d’apprendre qu’il s’agisse de malhonnêteté intellectuelle tablant avec cynisme sur l’ignorance en la matière de partenaires lui faisant naïvement confiance.

MIEUX VAUT EN RIRE QU’EN PLEURER ?
voire, voire, voire, car les conséquences peuvent être dramatiques pour les vautours : quand les auteurs de ces élucubrations, ont le pouvoir de peser sur des décisions conditionnant leur survie. Ceci du fait d’un statut (politique, administratif, technique, médiatique, associatif ou autre), à défaut d’avoir une compétence en matière biologie de ces oiseaux remarquables, dont la contribution à la biodiversité est sans commune mesure avec le nombre modeste de leurs espèces.

VII. Conclusions

Dans les Pyrénées, l’expertise des plaintes de dommage à bétail du fait du Vautour fauve Gyps fulvus, a permis d’écarter l’espèce comme cause de perte de l’animal ou même comme facteur aggravant du risque dans 70% des cas.

Les dommages au bétail par vautours fauves ne traduisent nullement évolution de l’espèce du passage de l’Etat de charognard à celui de prédateur mais une artificialisation croissante de l’élevage dans certaines régions, avant tout la faiblesse rusticité des races les plus intensivement sélectionnées, notamment lors de la mise bas.

De ce fait des animaux domestiques peuvent se trouver dans des situations telles que les stimuli reçus d’eux par les vautours ne diffèrent pas significativement de ceux reçus le cas d’Ongulés morts ou agonisant, alors même qu’il n’en est rien. D’où réactions de consommations, cause des dommages réels.

Localement la brutale et quasi-totale suppression de ressources en Espagne auparavant surabondant, aggravant le phénomène, est une composante de cette artificialisation.

La fréquence relative aux effectifs des cheptels reste en 2007 moins de moins d’un animal sur dix-sept mille dans la zone de fréquence maximale des plaintes : globalement le risque, la contribution à la mortalité normale incompressible (de plusieurs pour cent) et l’impact économique sont totalement insignifiants.

Mais le problème n’est nullement mineur pour des raisons :

  • objectives : que le cas soit rarissime n’amoindrit nullement le dommage pour celui qui le subit;
  • subjectives : le spectacle peut être fort impressionnant pour quiconque n’est pas un spécialiste des vautours, sa résonnance particulièrement forte pour le propriétaire qui connait son animal.

Il s’agit non pas d’un problème global d’économie régionale ni même locale mais d’un problème individuel humain, et de relations humaines.

Faute d’une prise en compte adéquate à ce niveau et d’une communication pertinente à ce propos, on laisserait le champ libre à une facile exploitation médiatique au service d’intérêt particulier pouvant porter le plus grand préjudice à la politique de conservation et restauration des populations de vautours, composante majeure de la biodiversité, bien au-delà du nombre d’espèces, relativement modeste.

Jean-Pierre Choisy
Chargé de mission au Parc Naturel du Vercors

Source :  Blog nature du PN du Vercors (s'inscrire)  

Cette première partie (complétée et corrigée) présente les faits et leur interprétation rationnelle critique à la lumière des connaissances disponibles. D’éventuels compléments d’informations, ne serait-ce qu’une précision des données chiffrées, seront les bienvenus et intégrés aux lignes qui suivent.

  • La vidéo de Lourdes Infos : Les vautours attaquent dans les Pyrénées. Le journalisme en question...
  • Un vautour amateur de lacets de godasses ! Le propriétaire des lacets est couché par terre, immobile, mais il ne faut pas pousser le vautour trop loin ;-)
  • Plus bas, le dernier exemple du genre : une sortie de Didier Hervé de l'IPHB : "Nouvelles attaque,t d'animaux de ferme par des vautours dans les Pyrénées-atlantiques.

Nouvelles attaques d'animaux de ferme par des vautours dans les Pyrénées-Atlantiques

BAYONNE (AFP) — Les attaques d'animaux de ferme par des vautours restent à un niveau "préoccupant" en 2008 dans les Pyrénées-Atlantiques, notamment au Pays basque, avec 33 cas déjà signalés depuis le début de l'année, a-t-on appris mercredi auprès de l'Institution patrimoniale du Haut-Béarn (IPHB).

"Les cas signalés par les fermiers concernent à 80% le Pays basque, dans la région qui va de Saint-Jean-de-Luz à Bidache", a indiqué mercredi Didier Hervé, directeur l'IPHB, soulignant que l'on retrouve les "chiffres records de 2007 malgré des conditions de météo qui ont été défavorables à la sortie de ces rapaces".

Le nombre des témoignages de "dommages sur bétail mettant en cause des vautours", sur les cinq premiers mois de l'année, est passé de 12 en 2006 à 34 en 2007 puis à 33 pour l'année en cours, selon les statistiques de l'Institution patrimoniale qui ne donne pas de précision sur les cas observés.

Les vautours, une espèce nécrophage protégée depuis des décennies, ne s'alimentent en principe que de cadavres d'animaux repérés dans la montagne, a rappelé M. Hervé. Ces oiseaux seraient en manque d'alimentation notamment du fait de changement des modes d'élimination des déchets animaux dans les abattoirs.

De nombreux cas d'attaques d'animaux de ferme en vie, signalés en 2007 dans la région, et qui concernaient aussi bien des vaches que des poulains ou des porcs, avaient été accompagnés de polémiques sur la crédibilité des témoignages de fermiers.

"Il y a des témoignages dont la crédibilité ne fait pas de doute", a estimé M. Hervé évoquant une "situation préoccupante", ajoutant que "de nombreux fermiers renoncent à apporter des témoignages car ils ne sont pas suivis d'effets". Un "observatoire" a été mis en place par son institution en 2002 pour suivre le phénomène.

Selon l'IPBH, la population des vautours est évaluée à environ 500 couples dans les Pyrénées-Atlantiques, un chiffre qui serait en forte augmentation. Il y en aurait plus de 5.000 couples dans les provinces espagnoles voisines de Navarre et d'Aragon.

Note de la Buvette

Didier Hervé, Directeur de l'IPHB prêche pour sa chapelle qui gère l'observatoire des dégâts de vautours en question. Rajouter un prédateur supplémentaire à l'Ours ne peut que rendre la cause du pastoralisme plus sympathique. Ah les pauvres éleveurs : après l’ours, les loups, voilà les vautours maintenant. Répandre de semblables  rumeurs permet de manipuler l'opinion publique. L’IPHB est financé par l’Etat, en partie…

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