Expédition Francka : 2 artistes belges rendent hommage à l'ourse et à la cohabitation à travers une exposition

FRANCKA, l'ourse n'est pas tout à fait morte. Pendant que les associations de "sauvegarde du patrimoine pyrénéen" boycotte la concertation et refusent de participer au "Groupe National Ours", Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken, des jeunes artistes flamands rendent hommage au patrimoine que représente l’ourse Francka et à la cohabitation dans une exposition "Expédition Francka".

L’exposition Expédition Francka vient de se terminer au Centre-culturel de Stroombeek-Bever à Grimbergen (à quelques kilomètres du centre de Bruxelles). Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken ont entrepris cet hiver un voyage sur les routes des Pyrénées, pour y relever et photographier les inscriptions en faveur ou en défaveur de l’Ours. Ils sont revenus avec une quantité de photographies et de reproductions de tags qu’ils ont utilisés pour créer une œuvre qui est retournée… en Slovénie, dans la région d’origine de l'ours Francka. La boucle est ainsi bouclée.

Un article sur la mort de l’Ourse Francka en avril 2006, une des quatre ourses importées de Slovénie dans les Pyrénées a servi de point de départ d’une réflexion commune entre Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken sur des concepts tels que la migration, l’écologie opposé à l’économie ou au tourisme.

Expédition Francka Filip Van Dingenen et Annelies VaneyckenIls ont décidé ensemble d'entreprendre une expédition dans la région où l’ours brun Francka a été relâchée, pour découvrir les inscriptions et les tags qui expriment le mécontentement et la haine à l'égard des ours bruns qui ont mangés des moutons et des myrtilles au lieu d'assurer la la continuation de l’espèce – ce qui était l’objectif initial de leur délocalisation de Slovénie en France.

Les inscriptions anti Francka sur les routes telles que «Morts aux ours» ont révélés les différences et le choc culturel qui sépare les éleveurs ultrapastoraux et les militants de la cause de la sauvegarde du plantigrade ou les écologistes. Les artistes ont fait des modèles des "tags" sur une route en épingles à cheveux et les ont déplacés, ré-exportés sur une route... de Slovénie, dans la région d’origine de Francka et des quatres autres ours "importés".

Expédition Francka Filip Van Dingenen et Annelies VaneyckenFilip Van Dingenen et Annelies Vaneycken  parlent à cet égard d’une "reconstitution" ; un concept plus contemporain que l’on retrouve dans des émissions de télévision populaires. Prendre des faits qui se sont déroulés dans un lieu et les reproduire dans un autre, lié au premier par l'histoire.

Le contraste du déplacement d'un tag pyrénéen «agressif» dans la « généreuse » région d’origine de l’ourse Francka peut aussi être considéré comme une prise de position politique qui se réfère au fait divers Francka, mais aussi comme une œuvre d’art journalistique.

Ce projet de Filip Van Dingenen et Annelies Vaneycken peut être interprété comme une fable, un «exemple animal» de la problématique de l’émigration, dans nos états laïques, de réfugiés d'autres religions, avec les aspects de nationalité, d'identité, de différences et de peur générée par tout ce qui est différent : «l'autre», l’étranger.

L’œuvre d’art se compose entre autres, de deux grands panneaux muraux qui montrent d'une part, un beau paysage idyllique des Pyrénées, comme une carte postale qui feraient rêver à la terre promise. Une image où seul, discret, mais bien présent, le tag anti ours est comme une piqure, un appel au respect de la pureté de la race; et de l'autre la reproducion du tag sur une route qui s'enfonce dans une colline slovène.

En plus de ces deux belles affiches murales, une brochure reprend le journal du projet unique en son genre de ces deux artistes  co-lauréats d'un prix provincial (Prijs beeldende kunst en vormgeving 2007). Le journal a été distribué gratuitement au public. De cette façon, les deux artistes bousculent le cliché qui consiste à penser que l’art visuel n’est accessible qu’à une élite. Les visiteurs peuvent ainsi s’approprier les images des Pyrénées et de Slovénie pour se faire leurs idées de la générosité de l’homme.

Un ours Francka se cache peut-être en chacun de nous.

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