Un nouveau protocole à définir pour de meilleures indemnisations

Si l'on s'en tient au protocole existant, les indemnisations se passent assez correctement : l'expert se rend très vite sur le terrain, lorsque la présence d'un ours est attestée dans les jours concernés – et particulièrement d'un ours équipé d'un collier de suivi – les dossiers d'expertise sont convenablement remplis, les réunions des commissions ad hoc sont mieux structurées pour apprécier les cas litigieux au bénéfice du doute, et l'indemnisation est très rapide.

Cependant ce portrait de situation est tout à fait partiel, voire partial. En effet, il arrive que les agents locaux de l'expertise des dégâts soient désemparés, et donc très incertains voire soupçonneux – "le berger doit sans cesse se justifier comme s'il était responsable de la prédation !" – que certains ne soient pas aussi bien formés que leurs collègues chevronnés, qu'ils n'approfondissent pas suffisamment la recherche des brebis indiquées comme disparues par l'éleveur ou le berger, qu'ils n'aient pas entre eux les mêmes règles d'identification de la cause ursine des dégâts constatés…

Et puis, le dispositif actuel prend-il vraiment en compte :

  • le temps passé par l'éleveur à rechercher ses bêtes ou leur dépouille, dans des secteurs souvent très accidentés,
  • les disparues non retrouvées ou méconnaissables parce que les vautours ont dans l'heure fait leur travail,
  • le traumatisme pour le reste du troupeau, sachant que la peur peut conduire des bêtes à des comportements déréglés "elles déraillent" – fuite des chevaux effrayés, fracture de bêtes faisant des chutes dans la panique, refus des animaux affolés de revenir sur les lieux de l'attaque, refus des brebis de s'alimenter, lactation réduite, voire retards de saillie ou d'agnelage et pertes par avortements ?

Tous ces dommages collatéraux, certains diront indirects, associés à une surcharge de travail et un préjudice moral, supposent à nos yeux d'établir un dispositif différent pour les petits et pour les gros dégâts, et sans doute de se rapprocher des coefficients adoptés dans les Alpes pour les prédations conséquentes de loups.

Les distorsions entre les deux dispositifs adoptés dans les deux massifs pour les deux prédateurs que sont l'ours et le loup sont d'autant moins compréhensibles et acceptables que le département des Pyrénées-Orientales traite désormais simultanément des deux cas.

Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation  ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".

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