L'attention particulière à porter aux deux "noyaux" ouest et centre pour le constat des "territoires de présence des ours", et la nécessité de travailler sur des "zones de quiétude" pour leur habitat

Les constats biogéographiques et historiques conduisent à considérer que les deux actuels "noyaux" de population ursine correspondent à deux sites privilégiés par cette espèce animale en l'état du massif pyrénéen : d'une part, à l'ouest, un ensemble Haut-Béarn – Aragon – Navarre, et d'autre part à l'est un ensemble Haut-Comminges – Couserans – Val d'Aran. Entre les deux, les Hautes-Pyrénées constituent davantage un lieu de transit et d'incursions qu'un lieu favorable à leur installation ; depuis un demi-siècle ils n'y ont été présents que de façon sporadique et nos entretiens ont d'ailleurs montré que même en ce département ils seraient tolérés si leur présence est occasionnelle et non régulière, s'ils n'y sont que de passage et n'y stationnent pas.

La cartographie représentant l'aire effective de répartition de l'ours brun a été réalisée et mise à jour depuis une vingtaine d'années pour ce qui concerne le noyau occidental en Béarn, et sa réactualisation quinquennale concerne désormais l'ensemble du massif. Le moment est venu, dans la ligne d'une thèse d'université aujourd'hui engagée, de passer du constat réalisé à partir de la présence régulière ou occasionnelle des ours dans des périodes de temps convenues, à un modèle cartographique des habitats favorables à l'ours sur l'ensemble des Pyrénées.

Cartographier sur des bases scientifiques en collaboration avec les partenaires espagnols et andorrans les zones où le milieu naturel est favorable à l'ours est un objectif, mais les observations déjà cartographiées conduisent à porter une attention prioritaire aux deux noyaux de population existants.

Tous les experts s'accordent sur la nécessité d'apprécier l'efficacité des habitats naturels à garantir la sécurité de l'ours. Ils parlent d'actions à conduire directement pour que le milieu soit, demeure ou devienne favorable aux ours, notamment quant aux ressources trophiques dont ils dépendent, et qui peuvent être améliorées, en regard des impacts des activités humaines qui, de leur côté, peuvent diminuer la valeur intrinsèque des biotopes. Ainsi, se fait jour la nécessité de limiter leur pénétration, en agissant notamment sur la foresterie, les modes de tourisme et la chasse. En effet, l'habitat forestier constitue un important couvert de protection et un habitat sûr avec de nombreuses sources de nourritures [Garder une densité suffisante de chênes et de hêtres dans les parcelles exploitées] , si sa taille est suffisante et si ses connexions avec les autres secteurs forestiers sont assurées.

Dans les Pyrénées-Atlantiques, ce travail sur l'identification des habitats indispensables avait été conduit dès les années 1992-93, et l'importance du massif du Sesques, entre Aspe et Ossau, était notamment apparue comme une "île" assez réduite concentrant des aires d'activité sûres pour l'ours, avec des sites vitaux qui, on ne peut s'en étonner, sont tous éloignés des axes de pénétration par les piétons. Cette analyse prédisposait ce Haut-Béarn à une réintroduction, d'autant que la production de lait et fromages en estive conduit à ce que de nombreux troupeaux soient gardés et rassemblés tous les soirs pour la traite.

Avec le spécialiste américain Christopher SERVHEEN, auteur de l'étude AScA 1996, il est raisonnable de penser qu' un préalable à toute réintroduction est l'existence de ces biotopes où sont réunies pour l'espèce les conditions de quiétude et de ressources alimentaires, et que les résultats de toute réintroduction dépendent également des options de gestion de l'habitat. Or, chaque fois qu'un chemin est ouvert, la logique contemporaine de loisirs d'hiver et d'été favorise une pénétration du massif quasiment continue au cours de l'année.

Après avoir limité le compartimentage de l'espace, les pistes fréquentées en dépit de toute réglementation et qui sont des pénétrantes (dont certaines deviennent routières), il convient de s'assurer par des dispositifs réglementaires et physiques que les zones de tanières font l'objet d'une protection intégrale, que les zones de nourrissage sont suffisantes en sources protéiques, notamment en automne pour des réserves avant l'hibernation, et qu'un espace de tranquillité est globalement assuré autour des femelles.

Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation  ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".

Commentaires de la Buvette

Quelle satisfaction de voir, j'ai envie de rajouter "qu'enfin", l'on se penche sur le territoire de l'ours, sur l'étude des habitats favorables. On l'avait peut-être déjà fait, mais en avait-on tenu compte ? Des ours dans de grands territoires favorables, et si en plus on veille à les maintenir favorables, voire à les améliorer, il y a progrès. Lâcher les ours au milieu d'une zone favorable et s'efforcer de faire ce qu'il faut pour qu'ils aient envie d'y rester me semble une bonne idée favorable à la cohabitation. "Il est raisonnable de penser qu' un préalable à toute réintroduction est l'existence de ces biotopes où sont réunies pour l'espèce les conditions de quiétude et de ressources alimentaires, et que les résultats de toute réintroduction dépendent également des options de gestion de l'habitat."

Je me souviens de grandes journées de ballades avec Jean et Patrick dans le massif de Sesques. On n'avait pas vu d'ours, très peu de trace d'ailleurs, faut dire qu'en Béarn il est temps si on veut qu'il ne soit pas trop tard, mais on était chez eux. Non pas Lassalle, pas Jean Lassalle, un autre Jean, un qui aime sa montagne et ses ours. On avait enchaîné avec Eldorando, la grande messe touristique de la Castafiore et les discours de Didier Hervé où l'on avait rencontré des personnes qui siègent à l'IPHB et d'autres au arc National. Très instructif. 

Qui a plus d'information sur cette thèse universitaire ?

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