Le contexte

Il ne saurait y avoir évaluation sans confrontation des faits à des objectifs, a fortiori lorsque ceux-ci ont été formalisés dans des plans. Si ces objectifs devaient être perdus de vue, le contexte se chargerait de les signifier aux autorités publiques qui les ont formulés, et constante est la demande qu'ils soient explicités, clarifiés, pour pouvoir être rejoints et que des résultats soient appréciés.

Les engagements internationaux de la France ne sont pas dissociables de son propre engagement à respecter les espèces protégées de son territoire et à leur permettre de vivre.

Une obligation de résultat la lie donc pour assurer le maintien d'une population viable d'ours au niveau du massif pyrénéen au patrimoine duquel elle appartient, dans des conditions de vie aussi naturelles que possible.

L'utilisation commune d'un même espace depuis des siècles a fait de l'ours une sorte de commensal de l'homme, signe de la qualité globale d'un milieu naturel pyrénéen, mais le témoin d'un âge d'or passé, qu'on ne saurait retrouver, pourrait bien devenir le prédateur à détruire si, par un renversement culturel, son "retour" paraissait imposé par des urbains et par le centralisme de la capitale.

Sera-t-il alors fédérateur d'un projet de développement durable conciliant la conservation de la biodiversité avec un développement tenant compte des contraintes socio-économiques locales, ou sera-t-il seulement fédérateur contre lui ? Des alliances se sont constituées et le front de l'opposition s'est structuré et organisé sur l'ensemble du massif pyrénéen.

Certes, il est habituel que le devant de la scène soit préférentiellement occupé par l'expression de relations conflictuelles – "on ne perçoit l'ours qu'à travers ses dégâts" [Les phrases mises à la fois en italiques et entre guillemets citent des propos qui nous ont été tenus] , "les prédations créent des tensions entre hommes", "le retour de l'ours est la fin des moutons" – mais, ici comme ailleurs, un équilibre est à trouver entre une population locale qui veut pouvoir vivre dans les vallées et les faire vivre pour que leurs enfants aient aussi la possibilité d'y grandir et l'envie d'y rester, et une population installée récemment ou de passage qui veut profiter de paysages entretenus, d'espèces végétales et animales préservées, et d'une sorte de paix liée à la prévention active de tous les risques.

Comme l'a bien analysé Christopher SERVHEEN dans le rapport AScA 1996 [Les références bibliographiques de tous les documents cités sont placées à la fin de ce rapport], un programme de gestion Ours doit prendre en compte à la fois les facteurs biologiques (biologie de l'espèce, habitat, démographie, génétique, fragmentation de l'habitat, utilisation humaine de l'habitat), sociaux (impact des activités humaines, support du public, relations culturelles, menaces perçues par les locaux), organisationnels (connaissances, aides financières, coopération) et politiques (relations élus-Etat, relations transfrontières, engagement politique): "un manque dans un seul de ces registres peut remettre en cause l'ensemble d'une stratégie".

Source : "Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009" et "Évaluation  ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013".

Commentaires

 Je suis heureux de lire :

  • qu'il n'y pas que les engagements internationaux de la France qui rentrent en ligne de compte,
  • que son propre engagement à respecter l'espèce protégée ursus arctos donne à la France une obligation de résultat
  • pour le maintien d'une population viable d'ours dans les Pyrénées
  • dans des conditions de vie "aussi naturelle que possible".
  • que l'ours fait aussi partie du patrimoine
  • qu'il est le signe de la qualité du milieu.

Derrière le "aussi naturelle que possible" se cache les concessions territoriales que devront accorder les défenseurs de l'ours. Une éventuelle réintroduction ne pourra plus se faire s'il elle est imposée. La démarche volontariste de l'État reconnaît les obligations à respecter pour sortir de cet engrenage furieux : "un manque dans un seul de ces registres peut remettre en cause l'ensemble d'une stratégie". Sans concessions de part et d'autre, point de salut. 


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