Rapport des experts internationaux sur le comportement de l’ours « Francka »

Rapport sur la consultation des experts internationanux concernant le comportement de l'ours Francka et le protocole d'ours à problèmes utilisé en France

Le comportement de l’ours « Francka »

L'ourse FranckaL'ourse Francka, photo prise le jour de son lâcher.

Contexte : Suite au courrier du 23 août 2007 de la Secrétaire d’Etat chargée de l’Ecologie, l’Office Nationale de la Chasse et de la Faune sauvage a organisé une mission d’évaluation auprès d’experts européens pour évaluer le comportement de l’ours « Francka » réintroduite en 2006 et examiner le protocole « d’ours à problème » utilisé en France.

Un document détaillant l’ensemble des aspects comportementaux de la femelle Francka et le protocole « d’ours à problème » ont été distribués aux experts accompagnés des questions suivantes :

  1. Concernant les principaux aspects du comportement (utilisation de l’habitat, comportement spatial, comportement alimentaire, hibernation, comportement social) de l’ours Francka présentés dans le document joint, considérez vous qu’ils sont comparables à ceux que vous connaissez dans les populations d’ours que vous suivez? Quel(s) aspect(s) vous semble(nt) atypique(s) ou en marge de l’étendue des variations comportementales que vous observez (ou connus sur l’ours) ?
  2. Concernant le comportement de prédation envers les troupeaux domestiques de l’ours Francka présenté dans le document joint, avez vous observé des situations comparables dans le cadre des programmes de renforcement auxquels vous êtes associés ou dans les populations d’ours que vous suivez ? Si oui, dans quel contexte (conditions d’élevage, types d’habitats, etc.) la prédation se réalise-t-elle ? Quelles solutions ont été mises en place pour réduire la prédation due à de tels individus ?
  3. Quelles remarques ou suggestions concernant le protocole français de gestion d’ours à problème feriez-vous ?

Liste des experts contactés

  • M. Jonozovic, Institut Forestier de Slovénie, Responsable du département Faune Sauvage, Ljubljana, Slovénie.
  • P. Genovesi, Institut national pour la faune Sauvage, Bologne, Italie. Vice-président pour l’Europe de l’International Bear Association.
  • G. Palomero, consultant pour le Ministère espagnol de l’Environnement, Fondation Oso Pardo, Santander, Espagne
  • J. Rauer, Institut de Recherche d’Ecologie, Université de médecine vétérinaire à Vienne, Autriche.
  • J. Swenson, Departement d’Ecology et de Gestion des Ressources Naturelles, Université de Norvège, Responsable du projet scandinave ours.

Bilan des réponses

Les réponses littérales des experts sont annexées à ce document. Parmi les experts contactés seul M. Jonozovic n’a fourni aucune réponse.

Expertise du comportement de l’ours Francka

P. Genovesi : l’ensemble des données comportementales présentées sur l’ours Francka est conforme à ce que l’on observe dans la province du Trentin, en Italie. Il souligne également qu’à partir des ours réintroduits dans le Trentin, il n’y a pas de corrélation entre les déplacements des ours et le nombre de dommages. Donc l’ours Francka n’a pas de raison d’être classé comme « un ours à problème ».

Il estime qu’une enquête périodique sur les opinions de la population est un outil indispensable pour mieux évaluer l’acceptation sociale des ours.

G. Palomero : Les éléments dont il dispose au regard de son expérience sur la population d’ours dans les Monts Cantabrique ne lui permettent pas de répondre sur le comportement de l’ours Francka. Il met en relation l’amplitude des déplacements du seul ours mâle suivi par télémétrie en Espagne avec le peu de femelles reproductrices disponibles pendant la période de suivi sur le noyau oriental de la population des Monts Cantabriques.

J. Rauer : Il conclut que l’ours Francka n’a pas eu un comportement atypique. On a observé, dans une moindre mesure en Autriche où la densité d’ovins est plus faible que dans les Hautes-Pyrénées, le même phénomène de forte prédation sur des troupeaux d’ovins en estive. Il émet l’hypothèse que l’augmentation de victime par attaque observé sur Francka pourrait être reliée à l’amplitude des déplacements.

Francka n’est pas un ours à problème, mais un ours qui pose des problèmes. C’est avant tout le contexte local de l’élevage ovin qui est à l’origine de ce type de comportement. Toute mesure de conditionnement aversif dans ce contexte est illusoire. Seule les méthodes d’élevage doivent être adaptées si l’objectif est de maintenir l’ours dans cette partie des Pyrénées.

J. Swenson : Le comportement spatial de Francka après le lâcher est comparable à ce que l’on observe dans d’autres pays d’Europe. Seuls les déplacements en 2007 peuvent paraître « inhabituels ». Il est possible que cet aspect du comportement soit lié à la recherche de partenaires sexuels, phénomène observé dans les populations à faible densité en Scandinavie (Dahle & Swenson 2003. J. Anim. Ecol.,72 : 660667). Son comportement de prédation n’est pas anormal compte tenu que les troupeaux ne sont par gardés, phénomène souvent observé quand on compare la prédation d’individus entre la Suède, où les troupeaux sont gardés et la Norvège, où ils ne sont pas gardés.

Conclusion : Le comportement de Francka ne dénote aucune anomalie par rapport aux autres cas de figure d’ours nouvellement lâchés dont certains se déplacent beaucoup et peuvent selon les cas occasionner plus de dégâts que les autres, notamment sur des troupeaux non protégés.

Expertise du protocole d’ours à problème

P. Genovesi : Les principes généraux du protocole sont proches de ceux adoptés en Italie. Il considère aussi qu’il faut effectuer une analyse au cas par cas. Il est crucial de détailler clairement les rôles et les responsabilités de chacun dans ce type de document pour améliorer le processus de prise de décision, et pour réduire autant que possible la part de subjectivité dans la décision.

Il présente 2 tableaux qui présentent d’une part les comportements par degré de dangerosité croissante et d’autre part les mesures à prendre en fonction de différentes situations.

J. Swenson : Il considère que le protocole est excellent et similaire aux protocoles appliqués en Norvège et Suède. Conclusion : le protocole élaboré en France est similaire à celui préconisé en Italie, Norvège et Suède et aucune modification n’est suggérée.

P.Y. Quenette
M. Catusse
F. Decaluwe
ONCFS – CNERA PAD, Equipe technique ours.

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Le rapport sur le comportement de Franska a été publié dans le cadre de l'Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009

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