Le produit ours

L'ours, un produit touristique : une Bear jam dans le parc du yellowstoneL'ours : un produit touristique : Une "Bear jam" dans le parc du Yellowstone.

C’est incontestablement dans le parc du Yellowstone que l’ours constitue un véritable produit touristique : «on vient voir les ours», et les bisons, et les loups, à côté d’autres richesses naturelles et paysagères. Il y a même dans ce parc des «bear jam» [Embouteillage liés à la présence d’ours], quand des plantigrades se montrent et que les voitures stationnent à la file le long des routes pour les observer et les prendre en photo. Ce phénomène existe aussi en France, par exemple dans les réserves animalières de Thoiry ou Sigean, dont certains parcours se font en voiture.

Le Yellowstone –parc où l’on acquitte un droit d’entrée comme dans tous les parcs nationaux américains- reçoit 1,5 à 2 millions de visiteurs [Les 7 parcs nationaux français (hors Réunion et Guyane) en reçoivent 6 millions par an – source IFEN] par an. Les recettes de l’entrée sont abondées de celles de l’hébergement, de la restauration, des commerces, de la location de matériel, etc. et d’un important marchandisage [En anglais, «merchandising»] (publicité, promotion, produits divers –ours en peluche, photos, objets représentant des ours, etc.), comme dans tous les sites touristiques de la planète.

On trouve aujourd’hui dans les Pyrénées des parcs animaliers où l’on peut voir des ours : les Angles dans les Pyrénées orientales, Borce dans les Pyrénées-Atlantiques, et un espace dédié : la Maison de l’ours à Saint Lary-Soulan dans les Hautes-Pyrénées. Ces initiatives participent pleinement au développement de ces stations, mais ont une aire d’influence essentiellement locale.

D’autres projets de parc ont été étudiés par le passé : un parc animalier sur la faune pyrénéenne au Mourtis en 1997 et, dans le même secteur, une «Montagne aux ours» à Boutx en 1998 à l’initiative du propriétaire de Thoiry. Les deux études préliminaires correspondantes ont servi de base en 2000 à une étude plus approfondie pour l’implantation d’un « parc de vision animalier d’ours », toujours dans ce secteur de la Haute-Garonne –qui correspond à un territoire de présence identifié supra- et sous l’égide d’un syndicat mixte du parc de vision du Haut Comminges, créé à cette occasion. Aucun de ces projets n’a vu le jour.

La question qui se pose aujourd’hui n’est pas de savoir s’il est pertinent de relancer l’idée d’un «parc à ours» -la mission pense que c’est une piste naturellement intéressante-, mais si cette relance peut être faite indépendamment du devenir des populations d’ours actuelles.

  • oui, car on pourrait, si on le décidait, mettre quelques ours dans un grande réserve animalière. Encore faudrait-il définir le lieu, ou les lieux, trouver des investisseurs et faire de sérieuses études de clientèles. Et il vaudrait mieux que ces investisseurs soient privés, car un parc animalier coûte cher en investissement et en fonctionnement pour une collectivité publique –dont ce n’est d’ailleurs pas vraiment le métier- : on sait les difficultés de rentabilité des parcs d’attraction en France, compte tenu de la concurrence entre destinations et de la volatilité des clientèles touristiques. Le problème des parcs n’est pas de permettre d’y aller une fois, c’est de donner envie d’y revenir.
  • non, sans doute, car pourrait-on faire une réserve animalière en lieu et place d’ours en liberté, même surveillée, comme il est proposé dans ce rapport ? En dehors des difficultés évoquées dans la note "l’hypothèse du cantonnement" quant à l’hypothèse d’un cantonnement, se poserait, compte tenu de la médiatisation de l’animal, une question d’acceptabilité sociétale d’un tel parc, qui risquerait d’hypothéquer son succès : l’«ours en cage» est-il le prix à payer pour sa survie dans les Pyrénées ? ne témoigne-t-il pas de l’impuissance collective à le garder «en liberté » ? Et dans ce cas, ce «produit» reste-t-il vraiment attractif ? Dans un contexte socio-économique difficile et de raréfaction du pouvoir d’achat, nul doute que les investisseurs potentiels se poseraient ce type de questions.

En réalité, parc à ours et territoires de présence –surveillée- sont complémentaires : le parc permet aux gens de «voir» des ours qu’ils ne verront sans doute jamais «en vrai» dans la nature, mais qu’ils savent être là, ce qui est totalement différent en termes d’attractivité touristique et de réception psychologique.

Indépendamment d’une exploitation touristique «lourde» liée à l’existence d’un parc à ours qui n’existe pas aujourd’hui, il faut signaler la création il y a quelques années d’un «réseau des professionnels du Pays de l’Ours» (accompagnateurs en montagne, aubergistes, éleveurs, apiculteurs, producteurs et artisans), proposant, autour d’une charte [Initiée et animée par l’association Pays de l'Ours – Adet] de qualité, des produits et des services, respectueux de l’environnement et s’engageant pour la présence de l’ours. Cette initiative n’est pas sans rappeler celle de l’association «Cévennes Ecotourisme», développée avec succès dans le parc national des Cévennes.

Broutard du Pays de l'OursDans ce même secteur et en même temps, des éleveurs, accompagnés par la même association, ont engagé la production et la vente directe du «broutard du Pays de l’ours » [Agneau âgé de 6 à 12 mois, élevé au lait de sa mère, puis à l’herbe. Il transhume en estive avec le troupeau sur les pâturages de montagne et est ensuite vendu directement de l’éleveur au consommateur, à la descente d’estive et jusqu’au mois de décembre] avec un cahier des charges spécifique et se sont regroupés au sein d’une association Estives du Pays de l’Ours.

Pe_descaous Enfin, le fromage « Pé Descaous » [«Va-nu-pieds », surnom de l'ours en béarnais] a été créé en 1994 par le Fonds d’intervention écopastoral avec l’association «les bergers du Haut-Béarn» et le soutien du WWF-France. Il s’agit d’un fromage fermier élaboré en estives, avec une commercialisation utilisant l’image de l’ours (empreinte d’une patte d’ours sur la croûte), symbole de la qualité du terroir. Une trentaine de bergers-fromagers participent à ce programme et une vingtaine de tonnes de fromage est produite en moyenne chaque année, en majorité du fromage de brebis.

Toutes ces initiatives sont intéressantes, mais ponctuelles et limitées en termes économiques, et ne ressortent pas d’une stratégie d’ensemble sur le massif. Le «bilan produit» est donc faible, mais le produit existe-t-il vraiment ?

Source : Ours des Pyrénées : territoires de présence et gestion des populations

Commentaires de la buvette

J'achète à des bergers qui cohabitent avec l'oursLe produit est entendu ici dans son aspect commercial. Or s'il y a commerce, il y a client. Le client possède un pouvoir, c'est sa liberté d'acheter ou de ne pas acheter. Le client achète le produit qu'il désire, qui lui donne confiance, qui lui semble intéressant et d'un bon rapport qualité-prix.

Dans le cadre des Pyrénées, certains produits ont en plus une image sympathique ou antipathique en fonction des situations et de son point de vue. Pour ma part, je préfère acheter, comme l'indique la bannière sur ce blog, à des bergers qui cohabitent avec l'ours.

Lire la suite : 6.2 L’image de l’ours

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