Alain Monnier : Ca va saigner

Alain Monnier était pour moi un illustre inconnu. Mais depuis qu'Alain Monnier a rédigé un texte grandiose dans Marianne2.fr, il va devenir une star.

Qui est Alain Monnier?

Alain MonnierAlain Monnier est titulaire d’un diplôme de Docteur-Ingénieur en Energie Solaire. Il a enseigné à l’Université de Rabat, avant de travailler dans diverses structures institutionnelles en faveur de la promotion des technologies innovantes.

Il publie son premier roman en 1994 : « Signé Parpot » dont le montage réalisé à partir de traces écrites est remarqué par la critique. Il poursuit une œuvre originale qui, au travers de formes et de thèmes très variés, propose une critique de notre modernité.

Depuis plusieurs années, Alain Monnier partage son temps entre Toulouse et les Corbières. Outre ces romans, il a participé à l'écriture de scénarios de documentaires, et rédigé plusieurs chroniques notamment dans Marianne2.fr

L'ours était moins gentil que Winnie. Tant pis pour Emilie

Dans sa dernière chronique "L'ours était moins gentil que Winnie. Tant pis pour Emilie... " «Alain Monnier fustige ces écologistes urbains qui militent pour l'implantation des ours près de chèvres, des vaches... et aussi des enfants.»

Réaction de le buvette

Et voilà un néospécialiste de l’ours de plus qui essaie de répendre la peur de l’ours dans la population française affolée. Evidement, il a directement été cité par les plumes anti-ours du Web comme Louis Dollo, et repris sur Pyrénées-piréneus, Kairn où Alain Monnier a pris place dans leurs listes de «spécialistes » à citer.

Son conte un peu «gore» prédit le jour un une femelle suitée dévorera une petite fille en promenade. «Les écolos sont décidément une espèce étonnante. Lorsqu'au lieu de s'occuper des problèmes de l'eau, des sols pollués, de la chimie qui nous fait profiter de ses avancées sans jamais les tester, et de tant d'autres sujets primordiaux… je les vois défendre, depuis leurs QG installés dans les grandes villes, l'introduction de l'ours, la sauvegarde du loup, le droit des espèces et emboîter le pas des marchands qui chassent l'argent – tout le monde ne peut pas être assez demeuré pour chasser la grive et le lapin ! – sous couvert d'écologie, je suis consterné

Après d’autres discours de «grands spécialistes», je croyais être vacciné contre ce genre d'écrits :

  • Charles-Amédée de Courson  «Une attaque de cormorans, c'est pire qu'un bombardement allemand en piqué. Il est intolérable que les gouvernements successifs protègent ces cormorans nazis...»
  • Laurent Fabius : «J’ai toujours été frappé par le fait qu’on avait, importé des ours qui étaient carnivores alors qu’il existe des espèces d’ours qui sont herbivores et donc je trouve que là on est dans une absurdité totale
  • Et Augustin Bonrepaux écrivant au premier ministre pour demander « l’ours peut-il être porteur de la grippe aviaire ? ».

Monsieur Alain Monnier, vous n’êtes pas le seul consterné. Votre jolie envolée a suscité de multiples réactions sur Marianne2 : plus de 210 à ce jour. Et ils ne vous ratent pas. Vous en prenez plein les gencives, et je trouve cela assez mérité. Extraits :

  • L'habituelle rengaine anthropolâtrique. Sans intérêt
  • Franchement, rarement lu article aussi stupide sur la chose "écologique"
  • Je comprends qu'il faut remplir pendant les vacances, c'est dur la vie de journaliste avec la chaleur derrière un bureau.
  • Il y a bien une chose que vous avez réussi à faire ce matin, c'est faire sourire un mec qui n'est pas en vacances
  • le tableau brossé ici est complètement délirant, Monsieur Monnier vous êtes dans l'anti-écolo fiction.
  • l'ours des Pyrénées (ou slovène) n'a rien à voir avec le comportement de l'ours blanc de l'arctique, ce n'est pas une bête féroce pour l'homme: après TF1 qui fait peur avec les banlieues pour faire gagner son chouchou, voilà qu'on essaye de nous faire peur avec l'ours ! sur ce forum ça ne marche pas on a encore un cerveau.
  • Quant au recours à une fiction où une enfant de 7 ans se ferait tuer, je vous laisse réfléchir vous même aux conséquences potentielles de votre raisonnement, s'il se répandait. Que vous ayez raison ou tort, votre texte ne mérite que le mépris.
  • Alors, on se sert du petit bourgeois parigot ou de la bourgeoise patronesse lyonnaise pour mieux diaboliser le travail quotidien des écolos qui se font casser la gueule eux, qui sont jugés eux pour nous protéger, des ogm, du nucléaire et d'un tas de saloperies . 
  • Il y a une éspèce de gauche sovieto-chevennementiste qui ne supporte pas les écolos. ça doit être pathologique chez les fans de JPC.

Je m’arrête là, il y en a plusieurs pages. Vous êtes vous un tant soit peu informé avant de rédigé ce papier? Je ne sais comment le qualifier? Non? Lisez  alors «Analyses des rencontres homme-ours. En cas de rencontre, quel comportement adopter» du Dossier de Concertation - Les Pyrénées avec l'Ours
L'ours brun, un danger? dont voici un extrait :

Rencontre homme – ours

Sur soixante cas de rencontre homme – ours recensés dans les Pyrénées de 1996 à 2000, le comportement de l’animal a été noté. L’ours évite généralement l’homme (il est très rare de voir un ours). Il est donc à souligner que les pourcentages suivants ne comptabilisent pas les cas où l’ours a évité l’homme, sans que ce dernier ne le voit. Sur les 60 observations, il a été constaté que, dans 78 % des cas, l’ours s’enfuit ou s’éloigne de l’homme. Dans 19% des cas, il manifeste un comportement indifférent sans être agressif. Dans 3% des cas (2 cas), l’animal a chargé. Les deux charges correspondent à une femelle accompagnée d’oursons. En 1997, Mellba charge un chasseur qui la tue, et en 1998 Ziva charge 2 agents de l’équipe technique ours (charge d’intimidation pour les dissuader de s’approcher).

Les cas de mort d'homme dus à l'ours brun sont très rares en Europe. En Scandinavie, le dernier cas connu remonte à 1905. Quelques cas rares ont été répertoriés en Europe Centrale et en Russie dans les années 1980. En 2004, en Roumanie, un ours brun, qui était porteur de la rage, a tué une personne. En Amérique du Nord, des accidents ont pu être relevés mais les contextes écologiques et humains sont très différents, et plusieurs millions de touristes peuvent passer dans les parcs nationaux américains sans qu’il n’y ait d’accident grave. Dans les Pyrénées, des récits anciens et souvent mythiques relatent l’agressivité d’ours blessés par des chasseurs ou des bergers (De Marliave, 2000). Cependant, on n’y connaît aucun cas documenté de mort d'homme à cause de l'ours depuis la deuxième moitié du XIXième siècle. Rappelons également que, en France, sangliers et cerfs engendrent des accidents mortels chez l’homme tous les ans. (Source : Interactions homme-ours )

Hasard du calendrier, dans la Dépêche du Midi du 28 juillet.

"Un enfant de trois ans blessé par une vache - Quérigut. Alors qu'une famille de randonneurs, séjournant à Formiguères campait à l'étang de Quérigut, hier après-midi, la maman a été chargée par une vache.  Elle a été blessée d'un coup de corne au thorax, une blessure sans trop gravité suivant le médecin qui l'a auscultée. En revanche, son enfant de trois ans, qu'elle tenait dans les bras au moment du choc est tombé à terre et a été piétiné par l'animal, recevant plusieurs coups de sabots. Très sérieusement blessé il a du être conduit à l'hôpital des enfants à Toulouse par l'hélicoptère de la gendarmerie." Allez-vous écrire un texte qui fustige l’élevage de bovins ?

Vous rappelez vous le drame d’Estérencuby ? En février 2000, 8 randonneurs étaient pris dans les flammes d’un écobuage à Estérencuby, au pays Basque. Les feux pastoraux avaient été allumés par des agriculteurs. Ils firent 6 morts. Allez-vous écrire un texte qui fustige les pratiques pastorales ?

Entre 1997 et 2006, la chasse a fait 287 morts en France (Source : statistiques du Sénat). Allez-vous écrire un texte qui fustige la chasse et ses traditions?

Les ours eux non plus n'ont pas eu de chance. Les éléments rassemblés dans une thèse très récente (Histoire de la chasse à la grande faune dans les Pyrénées française du XVIe au XXe siècle) vont nous aider à nous faire une idée. La trace dans les archives de mille neuf cent cinq ours tués en trois siècles a été retrouvée, et l'auteur admet qu'il y en eut au moins trois mille. A certains moments, les Pyrénées contenaient mille ours. Cela fait rêver, d'autant que les cultures montaient très haut en altitude, et que la montagne grouillait d'animaux domestiques et était aussi très peuplée.

  • le régime alimentaire de l’ours est composé essentiellement de plantes (myrtilles, faines, glands, etc.), d’insectes, de petits rongeurs… pour moins de 15% de viande,
  • aucun être humain n’a été tué par un ours dans les Pyrénées depuis plus de 150 ans,
  • au cours des dix dernières années, des ours ont été aperçus à seulement soixante reprises (par des chasseurs, des éleveurs ou des randonneurs), en se carapatant ou en ignorant la présence humaine dans 97% pour cent des cas… et sans blesser personne dans 100% des cas.
  • Il y a eu Trois ours tués par des chasseurs dans les Pyrénées depuis 1994 (Claude, Melba, et Cannelle.) L'ours Papillon, la fierté des pyrénéen, l'autochtone, est lui mort de vieillesse, mais copieusement plombé (plusieurs coups de feu différents).

Monsieur Alain Monnier, qui est le plus dangereux, l'homme ou l'ours ?

Alain Monnier n'est malheureusement pas le seul à raconter un peu n'importe quoi. Lisez aussi le billet d'humeur de Syvie Cardona sur le site d'AVES "Médias et environnement, un été trop calme." Deux articles incendiaires sur les vautours dans Le Monde. Pour ceux qui désirent un avis éclairé, lisez le travail de Jean Pierre Choisy sur la polémique vautours: "Attaques de vautours : faits et analyse".

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