Définitions

On ne définit jamais assez les mots que l’on utilise. Le pastoralisme paraît banal. Vraiment ? Le terme pastoralisme est sans doute d’apparition assez récente, Littré ne le mentionne pas dans son dictionnaire. On y trouve pastoral : qui appartient aux pasteurs ou aux bergers. Comme la plupart des termes formés avec le suffixe «isme», le pastoralisme porte en lui une vision du monde, un contenu idéologique. Lequel ? Celui d’un monde façonné par l’homme de la civilisation agro-pastorale.

Le terme biodiversité est né encore plus récemment. Ce n’est qu’au milieu des années 80 qu’il est créé à partir de l’expression anglophone biological diversity, et c’est à l’occasion d'un sommet planétaire de Rio de Janeiro en juin 1992, qu’il fera vraiment surface. L’article 2 de la Convention sur la diversité biologique définit la biodiversité comme : «la variabilité des organismes vivants de toute origine y compris, entre aut res, les écosystèmes terrestres, marins et autres écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie; cela comprend la diversité au sein des espèces et entre espèces ainsi que celle des écosystèmes.»

L’écologue, naturaliste et essayiste Jean-Claude Génot a cependant bien raison de se méfier d’un terme aujourd’hui très galvaudé : «voilà un terme savant, tout droit sorti des universités, agréé par les États lors d’une convention internationale et largement diffusé par les médias. C’est l’auberge espagnole, on y trouve tout ce qu’on y apporte, du virus à  l’ours, et de la plante la plus banale à la plus rare. Le fait que tous les aménageurs s’en soient emparés comme d’un saint sacrement me le rend de plus en plus suspect. C’est un écran de fumée, qui cache n’importe quoi, des douglass introduits pas les forestiers aux lâchers d’espèces stressées des chasseurs[Ecologiquement correct ou protection contre nature ?  Édisud, 1998. Le premier essai, tonique, de J.-C. Génot.]

L’essayiste Jaime Semprun, lui, a décelé derrière la création des néologismes de ce type l’extension du calcul rationnel à tous les aspects de la vie. «Grâce à ces nouveaux mots, là où il n’y avait qu’indistinction et vague sentimentalisme, on analyse des données, on spécifie des fonctions, on élabore des procédures. Et ce faisant on arrache les notions aux songeries du substantialisme, à la fantaisie des définitions qualitatives, au vieil animisme qui imprégnait tant de définitions traditionnelles. Pour apprécier les progrès ainsi accomplis, il faut faire l’effort de se souvenir qu’on n’a par exemple pas toujours connu ni mesuré la biodiversité, mais qu’autrefois un archéolocuteur devait se contenter de parler à ce sujet de l’"exubérante prodigalité de la nature", et autres clichés du même tonneau. [Défense et illustration de la novlangue française, Éditions de l’encyclopédie des nuisances,  2005, pp.28 et 29. Un excellent petit ouvrage qui s’inscrit dans le combat de George Orwell contre la substitution du langage.»]

C’est pourquoi, nous préférons toujours le terme de nature, déjà défini par ailleurs.

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