Chasse et ours : aujourd'hui

La volonté des associations de voir créer des réserves n’est pas un désir d’empêcher toute forme de chasse [Rappelons que Ferus et la Fédération SEPANSO, notamment, comptent des chasseurs aux postes de reponsabilité.], mais celui de préserver la tranquillité des secteurs vitaux sans laquelle une population d’ours n’a guère d’avenir.

Alors que nous attendions une réaction forte après la mort de la dernière ourse des Pyrénées, ce fut l’exact contraire qui se produisit. Depuis 2005, la pratique de la chasse ne fait plus l’objet de limitation spécifique en zone de présence régulière d’ours, en vertu de la "Charte massif" négociée par l’Etat avec les six fédérations de chasseurs des Pyrénées, dont deux seulement l’ont ratifiée (Pyrénées-Atlantiques, Haute-Garonne). Ainsi, en 2005, dans les Pyrénées-Atlantiques, au moment de la signature de cette charte par les chasseurs, les réserves dites tournantes sont remplacées, dans certains secteurs répertoriés comme fréquentés par l’ours en automne, par une simple déclaration d’aller y chasser en battue, à envoyer à l’ONCFS 72 heures avant la battue ! Le Réseau ours brun et l’ONCFS sont dans l’impossibilité en moyens humains d’aller vérifier dans chacun de ces secteurs, et dans un délai aussi bref, qu’un ours est présent ou non. Jean-Jacques Camarra confie que repérer les ourses suitées nécessite des moyens que son réseau ne possède pas. Il est seul avec quelques vacataires, ce qui est très insuffisant. Aujourd’hui, la question ne se pose toutefois plus dans les Pyrénées-Atlantiques depuis la disparition de la dernière femelle. Toutefois, la SEPANSO-Béarn, excédée par la mollesse du préfet et les dispositions pour empêcher de nouveaux "accidents" entre chasseurs et ours, a déposé depuis trois ans des recours en annulation devant le T.A. de Pau, contre les dispositions réglementant la chasse en battue dans les territoires ursins des Pyrénées-Atlantiques, dispositions contenues dans les arrêtés préfectoraux d’ouverture de la chasse. C’est la seule association à mener un tel contentieux dans les Pyrénées. (Lire : Chasse et ours : le contentieux initié par la SEPANSO-Béarn).

Voici ce que Jean Lauzet, naturaliste, très bon connaisseur de l'ours des Pyrénées, et représentant de la SEPANSO-Béarn, écrivait après une réunion à la sous-préfecture d'Oloron concernant la prise en compte de l'ours lors de la saison de chasse, 2006-2007, dans les Pyrénées-Atlantiques :

«Depuis l'an passé, en effet, le préfet a tenté de mettre en place des mesures pour éviter de nouveaux "accidents". En cours de saison de chasse 2005-2006 (en novembre) il avait ainsi été décidé que les chasseurs téléphonent à l'ONCFS 72 heures avant la tenue d'une battue dans certaines zones. La SEPANSO-Béarn avait estimé à l'époque que cela était complètement insuffisant puisque rien n'interdisait les chasseurs de chasser même si un ours était repéré dans les zones en question, que la superficie concernée était ridicule et que de véritables mesures cynégétiques auraient été de supprimer la chasse en battue au profit de la chasse à l'affût. Nous avions donc dénoncé au TA l'arrêté préfectoral. Ce printemps, un bilan a été tiré de l'expérience et l'on s'est aperçu que les chasseurs avaient fait en réalité ce qu'ils avaient voulu. Trois réunions ont eu lieu ensuite pour adapter les mesures à la nouvelle saison de chasse 2006-2007. Il a seulement été décidé d'appliquer ce dispositif à partir du 1er septembre. C'est à dire que certains secteurs sont concernés du 1er sept au 30 octobre, d'autre du 1er octobre au 1er novembre....pour coller au plus prêt (belle foutaise!!) à l'activité (supposée!!!) de l'ours. Hé bien, hier soir, les représentants des chasseurs sont venus expliquer que les valléens refusaient de voir ainsi évoluer la "règlementation" (je rappelle qu'il n'y a rien de contraignant) !! Je pourrais parler des heures de tout ce qui s'est dit d'ubuesque et d'écoeurant lors de cette réunion. (…) Ou dois-je me réjouir que plus de 70% des Pyrénéens sont favorables à l'ours en attendant le prochain tir malencontreux ? »

Le "Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009", ou "Plan Ours", qui s’appuie sur la "Charte massif" est lui bien décevant. L’Etat rappelle en effet son engagement à «ne pas imposer de mesures réglementaires concernant la chasse en présence d’ours dans le massif des Pyrénées. (…) La mise en place de mesures réglementaires n’est pas exclue, si elle fait l’objet d’un consensus.» En conséquence, pour les Pyrénées occidentales, la déréglementation a été avalisée sans lâcher d’ours en 2006 : c’est un «champ de ruines» que nous décrivent presque tous les connaisseurs et défenseurs de l’ours rencontrés, qu’ils fassent partie de l’Administration ou des associations.

En Pyrénées centrales, d’après l’ETO (Frédéric Decaluwe, ingénieur adjoint), les chasseurs jouent le jeu. Si un ours et plus encore une ourse suitée est repérée, l’information est transmise par téléphone aux présidents des sociétés de chasse, qui prennent la responsabilité de chasser ou pas. Chaque fois, les chasseurs auraient déplacé les battues, en tout cas depuis 2006. Cependant, ce système est artificiel en ce qu’il concerne les ours localisés électroniquement. Dans la durée, on parie sur l’éducation. À la question de savoir si l’impact des chasses répétées en battue est connu sur le succès de reproduction des ourses et/ou sur la survie des oursons, Frédéric Decaluwe répond par la négative, alors que c’est bien évidemment une question centrale.

De son côté, l’association Nature Comminges, par la voix de son président Guillaume Castaing, n’est pas satisfaite de ce système qui n’offre aucune garantie pérenne ni ne prévoit de sanction. D’autre part, elle a collecté des cas de tirs officieux sur les ours "Pyros", "Boutxy" et "Hvala". En effet, on voit mal, en l’absence d’un changement radical dans les manières de chasser, comment se passer d’espaces de tranquillité, qui ont également l’avantage d’abriter les ours dérangés pour d’autres raisons que cynégétiques, comme le démontrent deux cas bien renseignés :

  • Au mois de juin 1997, l’ourse "Mellba" est dérangée par des travaux forestiers en forêt privée à proximité de sa tanière. Elle se déplace alors de 30 kilomètres (à vol d’oiseau) avec ses trois oursons de six mois, et ce du 1er au 6 juin, pour rejoindre… la réserve naturelle partielle de Pallars-Aran (94 931 hectares) en Catalogne espagnole.
  • À la demande du directeur de la protection de la nature de Catalogne, l’équipe de suivi, aidée par Djuro Huber, a piégé un ourson de 14 mois en essayant de piéger sa mère, "Živa", pour le seul motif de lui changer son collier émetteur. Le piégeage fut réalisé dans de très mauvaises conditions pour la sécurité de l’ourson. Une importante chute de neige a failli lui être fatale, l’animal est resté seul sans sa mère, qui est revenue malgré tout. S’en est suivi un long déplacement et une fuite de plus de 35 kilomètres depuis le Val d’Aran (alors zone refuge) jusqu’à la réserve de chasse du Mont Valier (9 124 ha hectares) en Ariège (Source : Artus et Nature Comminges).

Le rôle de la réserve de chasse et de faune sauvage du Mont Valier, sur les communes de Bethmale, Bonac-Irazein, Bordes/Lez et Seix, est désormais connu. D’autres pourraient jouer un tel rôle à l’avenir, comme celle d’Orlu (Ariège, 4 247 ha), celle de l’Isard (Ariège, Antras, 158 ha), qui est fréquentée de temps à autre par l’ours, comme Hvala en 2007, idem pour celle du Laurenti (Artigues, Le Pla, Mijanès, 1 698 ha) ou celle de l’Esteille (Mérens-les-Vals, 1 373 ha). Deux autres de faible superficie sont aussi à signaler, celle de Monteillé (Sentein, 212 ha) et Côte Rouge (Galey, 66 ha). Toutes font l’objet d’arrêtés de 2006 valables 6 ans.

En Haute-Garonne, on relève deux réserves en forêt domaniale [Voir l’arrêté préfectoral de la Haute-Garonne du 11 juin 2003 portant approbation de réserves de chasse en forêt domaniale.]. Elle se situent dans le secteur de présence de l’ourse "Sarousse". Celle de Jouéou (Bagnères-de-Luchon, 617 ha) et celle de la forêt domaniale de Burat-Palarquère (Marignac, 173 ha). Ces deux réserves de chasse et de faune sauvage sont arrivées à échéance fin mars 2008, et nous n’avons pas confirmation de leur reconduction.

Dans les Hautes-Pyrénées, on relève trois réserves en forêt domaniale pour une superficie totale de 384,97 ha. Celle de La Mongie (Bagnères-de-Bigorre, 112,57 ha), celle de la Neste du Louron (Adervielle, 24,32 ha) et celle de Péguère (Cauterets, 278,08 ha). Elles expireront le 31 mars 2010. Jusqu’à présent, l’ours fréquente peu ce département. Notons que dans ces réserves, toute l’année, les sangliers peuvent faire l’objet de battues administratives. Ajoutons qu’eu égard à l’importance des territoires de chasse, ces réserves sont encore peu nombreuses.

Stéphan Carbonnaux

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Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées"  commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

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