Dominique Delpiroux : Sur les traces de l'ours Balou

par Dominique Delpiroux
La Dépêche du Midi

Les riverains s'inquiètent. Blessé par une balle de carabine près de Prades, Balou a été localisé hier par une équipe de l'Office national de la chasse au nord de Comus (Aude).

L'ours Balou qui a été touché dimanche matin par le tir d'un chasseur dans la forêt de Prades, au cours d'une battue au sanglier, a été localisé à deux ou trois kilomètres de là dans un massif forestier de la commune de Comus (Aude) près du col de Gargante, au sud du site du Pas de l'Ours…

(NDLB: "Le pas de l'ours", comme quoi, bien que slovène Balou, retrouve les habitudes des ours pyrénéens, même gênes, même territoire, mêmes habitudes.)

Hier, en fin de matinée, tout le secteur était bouclé par la gendarmerie de Belcaire, tandis qu'une équipe de l'Office national de la chasse et de la faune sauvage cherchait à se rapprocher de l'animal afin de l'endormir pour le soigner. Il semble que le fauve n'ait pas été grièvement atteint, bien que touché, probablement à la patte, par une carabine de fort calibre (7mm Remington magnum).

L'animal connaît bien le secteur et avait l'habitude d'aller dans la forêt de Prades avant de revenir vers Gargante où se situe son gîte, d'après un éleveur des environs, Thierry Marthouret. Hier après -midi l'équipe de suivi de l'animal s'est entourée de toutes sortes de précautions pour approcher l'animal et l'endormir ; on craignait que la bête ne bascule dans un ravin proche après avoir reçu le coup de seringue hypodermique.

(NDLB : Pour l'équipe de suivi, la tâche est difficile. S'il venait à charger un membre de l'équipe, elle aurait peu de temps pour déterminer s'il s'agit d'une charge d'intimidation ou de défense. La destruction de l'animal pourrait être envisagée, mais ce n'est bien sur pas le but de l'opération. Il faut s'approcher, l'observer, et éventuellement décider de l'endormir quand l'ours sera calme. S'il peut être soigné sur place, c'est l'idéal. Ce sera plus difficile s'il doit être évacué, puis passer par un centre de revalidation. Qu'adviendra t-il alors de ce mâle qui avait été réintroduit pour lutter contre la consanguinité de la population d'ours pyrénéenne ? Pourra t-il être relâché dans la nature ou terminera t-il sa vie en captivité ? Bien des incertitudes plannent encore sur la suite de cette opération.)

Hier matin les habitants de Comus, raconte Joseph Pelofi, ont été avertis que l'ours était blessé ; il était donc préférable d'éviter de sortir dans les environs : « J'ai reçu un coup de téléphone d'un conseiller municipal ce matin, mais on aurait pu nous le dire hier soir. Cela aurait évité que des randonneurs partent ce matin (les gorges de la Frau sont classées et attirent du monde) ou encore des exploitants agricoles qui travaillent par là. J'ai téléphoné au cabinet du préfet pour exprimer mon mécontentement. C'est vraiment tout pour l'ours et rien pour les humains ! » Le village était très calme aujourd'hui mais la route du col de Gargante était bien gardée.

«Le chasseur, un garçon posé, pas un excité»

Thierry Bergeaud, le tireur, qui est aussi président de la société de chasse de Prades a rejoint son travail à Toulouse hier matin. Le maire de Prades, Yves Rivière, le décrit comme un «garçon posé, pas un excité». D'après lui Thierry Bergeaud a cru honnêtement tirer sur un sanglier, c'était dans une zone difficile, encaissée. «Cet accident lui a causé un choc, ce matin il était en plein désarroi. Une enquête a été diligentée par le procureur, j'ai assisté hier à la reconstitution. Celle-ci a montré d'où il avait tiré. Le chasseur était seul à son poste, il a entendu du bruit et vu la bête qui allait traverser un sentier, c'est à ce moment qu'il a tiré

(NDLB: Thierry Bergeaud a cru tirer sur un sanglier. Malheureusement, il a eu le mauvais réflexe de tirer sans identifier la cible, "à l'instinct" a t-il déclaré aux enquèteurs. Ce type de comportement a déjà fait des victimes humaines comme ce jeune homme qui a perdu son père dans des conditions analogues : "Le chasseur, qui voulait absolument tirer un sanglier pendant ses vacances, a tiré au jugé." C'est évidement contraire aux règles élémentaires de prudence. Encore heureux que ce n'était qu'un ours.)

«L'ours avait été repéré à 8 heures, la battue démarrait à 9 heures, entre les deux, l'équipe de suivi n'a donné aucune information, on a laissé faire. S'il y avait eu une information il n'y aurait eu danger ni pour l'ours ni pour le chasseur. La commune fait 3 000 hectares dont la moitié en domanial, la battue aurait pu se déplacer aisément si on avait été informé.»

(Un lecteur de la buvette, visiblement bien informé confirme (mais l'information est à vérifier) "que les chasseurs de cette battue ne savait pas que l'ours avait été localisé le matin même là où ils ont fait la battue." Mais par contre, il ajoute "qu'ils étaient prévenus de la présence de Balou dans la zone, qu'une réunion avec l'ETO a eu lieu à Belesta, en Ariège, le 13 août 2008 pour leur rappeler de bien identifier le sanglier avant de tirer pour être sur de ne pas le confondre avec un ours." Thierry Bergeaud, le tireur de Balou était parait-il présent à cette réunion. Il ajoute "que la réunion n'a visiblement pas été assez pédagogique. Peut-être faudrait il un permis de chasser spécial pour zone à ours avec mise en situation. On a maintenant malheureusement assez de cas d'accident de chasse sur ours.")

Chaque année il se tue en moyenne une cinquantaine de sangliers sur le territoire de l'ACCA (société de chasse communale agréée) qui compte une trentaine de chasseurs. Dimanche, ils étaient quinze à la battue dont Jean Bonnet, le trésorier de la société de chasse : «C'était une battue tout à fait classique, mais nous n'avions pas été informés de la présence de l'ours, sinon il est certain qu'on aurait pu éviter de chasser dans cette partie du territoire. L'équipe de suivi était là depuis deux mois, elle aurait pu transmettre. L'endroit est boisé, très escarpé, pas facile d'accès. Il a pu confondre avec un sanglier. Notre président est très axé sur la sécurité et les chasseurs de l'ACCA suivent les règles. On ne s'attendait vraiment pas à ça

Quel sort pour les ours pyrénéens ?

Franska écrasée, Cannelle, Claude et Melba tués d'un coup de fusil, Palouma fracassée au bas d'une falaise… La rubrique nécrologique a tendance à s'allonger fâcheusement chez les ours des Pyrénées. Même si Bambou et Pollen ont déboulé l'an passé dans le carnet rose. Cette hécatombe ne risque-t-elle pas de sceller le sort de ces plantigrades dans les Pyrénées ? Pour être sûr de la survie de l'espèce, il faudrait bien sûr des réintroductions. Mais les anti-ours sont sur le qui-vive, et toute nouvelle patte slovène sur le territoire pyrénéen risque de prendre des allures de déclaration de guerre…

Du reste, le gouvernement se hâte… de ne rien faire. Nathalie Kosciusko-Morizet est venue au mois de juin installer le Groupe Pyrénéen Ours. Mais ce comité censé réunir toutes les parties est boudé par les anti-ours : voilà qui compromet sa mission de pacification. Or il est certain que faute de réintroduction, l'ours pyrénéen rejoindra bientôt le dodo et le mammouth sur la liste des espèces disparues…

"Mais il faut voir les choses du côté positif, assure Alain Reynes du Pays de l'Ours-Adet. Il y avait 5 ours en 1995, ils sont une vingtaine aujourd'hui. Il faut continuer d'avancer, réintroduire un ou deux spécimens par an, jusqu'à avoir une population viable… A ce moment-là, les accidents de chasse ou de circulation feront partie des choses de la vie, comme en Espagne ou en Italie, sans que cela soit préoccupant

En attendant, les ours survivants doivent se sentir de plus en plus seuls.

Comment soigner Balou ?

Comment soigner cet animal blessé ? Sacré casse-tête: «Il sera tout d'abord difficile de l'approcher, estime AlainReynes, du Pays de l'Ours-Adet. Il est toujours délicat d'approcher un animal blessé. Ensuite, si l'on décide de l'anesthésier, il faut évaluer la nature du terrain, voir s'il ne risque pas de chuter ou de se faire mal pendant les quelques minutes où il sera groggy, avant d'être endormi

Une fois l'animal assoupi, il faudra ensuite constater les blessures, évaluer si elles peuvent être soignées sur place, ou si elles nécessitent un transport, une opération, une convalescence...

«Si l'animal passe un moment en captivité, il sera ensuite délicat de le relâcher dans la nature» prévient Alain Reynes. Bref, il faudra soigner Balou en évitant... le pavé de l'ours.

Dominique Delpiroux

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