L'espace de l'ours : l’aire de distribution de l’ours dans les Pyrénées

D’après les travaux de l’ONCFS, il est probable qu’au cours de la première moitié du XXe siècle, l’habitat de l’ours brun a fortement diminué suite à une déforestation importante. Rappelons que l’optimum démographique en montagne en France a été atteint à la fin du XIXe siècle.

En 2003, l’aire de distribution est momentanément de 8 300 km2, une superficie jamais atteinte depuis 50 ans. Entre 2004 et 2006, l’aire fréquentée par le noyau occidental avoisine 1 440 km2 en versant nord. Il faut y ajouter le versant sud, navarro-aragonais estimé à 500 km2.

Pour mémoire, l’aire de répartition sur le versant français était estimée en 1970 à 120 000 hectares, soit 1 200 km2. Les témoignages d’observation et les dégâts aux troupeaux étaient relativement fréquents entre le pic d’Orri en haute Soule et la crête du Moun Né à l’est en vallée d’Estaing. Entre 1979 et 1988, l’aire de répartition sur le versant français était réduite à 80 000 hectares (800 km2) [J.-J. Camarra, op.cit.]

Si l’aire de répartition du noyau occidental est plus importante en 2004-2006 qu’en 1970, alors que la population est plus faible, c’est en raison de l’arrivée d’ours originaires de Slovénie.

L’aire de distribution du noyau centro-oriental atteint 3 600 km2 en versant nord.

Au total : 5 000 à 5 500 km2, soit 500 000 hectares, sont habités par l’ours brun sur le versant nord des Pyrénées [J.-J. Camarra, D. Coreau, P. Touchet, « Le statut de l’ours brun dans les Pyrénées françaises. Historique, évolution, perspectives », Faune sauvage, revue de l’ONCFS, n°277, septembre 2007.]

D’après l’Équipe technique ours (E.T.O.), «l’habitat disponible pour l’ours dans les Pyrénées couvre une surface estimée à 10 460 km2. En intégrant l’ensemble de la zone montagne des Pyrénées (versant français) et une part du piémont où la couverture forestière est importante (au moins 40%), il apparaît que 10 460 km2 serait potentiellement disponible pour permettre l’installation de l’ours dans les Pyrénées. La surface nécessaire à la survie à long terme de l’espèce, à partir de laquelle l’espèce est en état de conservation favorable est estimée à 10 500 km2. »

«Il n’existe pas de données claires dans la littérature scientifique. L’ours est une espèce à grand domaine (plusieurs centaines de km2, variable selon les individus) et à faible densité d’individus. Il a besoin de vastes forêts réparties sur plusieurs milliers de kilomètres carrés. La population d’ours brun la plus proche d’un point de vue écologique, est la population située en Espagne dans les Monts Cantabriques. Répartie actuellement en deux noyaux, cette population (note : de 120 à 150 ours) occupe une aire totale d’environ 5 500 km2. Cette surface d’habitat peut constituer un ordre de grandeur pour le maintien de l’espèce. [Eléments provenant de la « Pré-fiche » Natura 2000 - document non validé - Espèce 1354 : Ursus arctos, Ours brun, rédaction par l’E.T.O. 1999.] »

On n’a pas d’idée précise du territoire habité par l’ours ou potentiel pour l’ours sur le versant sud des Pyrénées, dixit Frédéric Decaluwe de l’E.T.O.

Ces éléments scientifiques démontrent ce que nous vérifions depuis le renforcement de 1996. À savoir que l’ours, mammifère très "plastique", a su réoccuper les anciens territoires des ours de lignée pyrénéenne, allant même jusqu’à reprendre les mêmes sentiers, démontrant toute l’intelligence proverbiale de la bête.

Les incursions connues de l’ours hors de la haute montagne, loin d’être anormales, sont au contraire le signe de la vitalité de l’espèce. Si elles s’accompagnent du hourvari des éléments ultrapastoraux, c’est en raison de l’attitude provocatrice de ces derniers soutenus par des chefs de file politiques ou du syndicalisme agricole. L’emballement médiatique fait le reste. Faut-il se moquer quand en 1993 (pas en 1893 !), la presse locale des Pyrénées-Atlantiques se faisait l’écho d’une bête, la fameuse "bête de Nay", qui fut tour à tour une lionne, un lynx, une genette, un chien, qui se perdait dans les champs de maïs, effrayant une partie de la population ? Les ressorts de la peur n’ont finalement pas évolué depuis des millénaires. Faut-il condamner certains individus pour propagation de fausse nouvelle lorsqu’en 2008 on essaie d’apeurer la population de l’agglomération toulousaine parce qu’un
ours descendrait de la montagne pour se rendre au Capitole ?

Bien avant les incursions médiatisées à outrance des ours "Balou" et "Sarousse", un ours issu du premier renforcement de 1996-1997 était venu en piémont pyrénéen sans tohu-bohu imbécile. C’était au printemps 2000, donc, que les traces d’un ours avaient été repérées au sud-est de Saint-Gaudens, en rive droite de la Garonne. L’animal avait d’ailleurs poussé jusqu’au fleuve (altitude, environ 300 m) et avait attaqué une ruche. Personne ne l’a vu ! Notons que l’ours avait dû utiliser le couvert forestier presque continu, même s’il est parfois étroit, entre la montagne et le piémont. Ce comportement est tout à fait normal, s’est reproduit et se reproduira à l’avenir.

Les incursions des ours issus du renforcement de 2006 en piémont (rive droite de la vallée de la Lèze, région du Volvestre en Haute-Garonne) sont de la même nature. En automne, c’était le cas en 2006, elles correspondent à des recherches de nourriture abondante en piémont. Au printemps, comme en avril 2008 dans la région de Foix, elles signent la facilité pour l’ours de trouver sa nourriture à basse altitude lorsque la végétation n’a pas encore démarré ou tarde à le faire en montagne. Dans une France qui a oublié que l’ours n’était pas un strict animal de montagne, il est facile pour les ultrapastoraux de crier au danger et d’effrayer les Toulousains comme il le font («L'ours slovène Balou retourne t'il à Toulouse, comme il l'a déjà tenté ? » ainsi commence un communiqué de presse de l’ASPAP du 10 avril 2008). Rappelons que personne n’a vu ces ours qui n’ont manifestement pas commis de dégâts invraisemblables.

Il est donc d’une nécessité absolue que l’État tienne désormais un autre discours vraiment appuyé sur la biologie de l’ours. Dans un reportage diffusé sur France 3 en avril 2008, Madame Véronique Castro, directrice de cabinet du préfet de l’Ariège, déclarait que tout le monde peut être un peu surpris, que la localisation d’un animal sauvage n’est pas facile (puisque c’est un forestier qui a découvert des traces et a prévenu l’ETO), cherchait à rassurer la population qui peut s’alarmer et espère que la localisation se fera le plus rapidement possible. Un tel discours par trop frileux n’est pas propre à rassurer les populations. La meilleure réponse à ces comportements normaux est de renseigner la population sur les mœurs réelles, et non supposées, de l’ours.

Stéphan Carbonnaux

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénéescommandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

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