Foix: Les éleveurs ariégeois dans le désarroi

Plus de quatre cents manifestants et une quarantaine de tracteurs sur les pavés de la cité comtale jeudi matin pour soutenir l’agriculture ariégeoise dans la tourmente.

La cause de cette crise agricole majeure se résume en trois lettres «FCO» qui pourraient bien sonner le glas des espoirs de centaines d’éleveurs ariégeois tous persuadés, après une vaccination contre le sérotype 8, sortir indemne de l’épidémie de la fièvre catarrhale ovine.

C’était sans compter sur le sérotype1 pourtant présent dans le Sud-Ouest (Landes, Pyrénées Atlantiques…) qui dissémine depuis le mois d’août la région Midi-Pyrénées (1500 cas comptabilisés dont 700  dans le département de l’Ariège).

Aujourd’hui tous se mobilisent, élus, responsables des coopératives agricoles, éleveurs, syndicats et associations agricoles pour faire entendre un message unitaire et en appeler à la solidarité nationale «car cette crise pourrait conduire à la disparition de nombreuses exploitations si de rapides et importantes mesures de soutien n’étaient pas mises en œuvre rapidement»

La brusque propagation du virus génère au-delà des conséquences sanitaires et financières pour les élevages directement touchés par la maladie (baisse de production, frais vétérinaires, mortalité, avortements, stérilité…) une grave crise économique liée à l’interdiction de circulation des animaux.

FCO : La manifestation des éleveurs à Foix a mal tourné Comme l’a rappelé Hervé Péloffi, président de la FDSEA: «cette crise économique est amplifiée par la nature même des systèmes d’exploitation de montagne où la production est orienté majoritairement vers des animaux maigres (bovins et ovins) destinés a la vente à des ateliers d’engraissement.

Pour les bovins, les broutards âgés de 7/8 mois à leur descente d’estive sont exportés vers l’Italie et pour les ovins, l’exportation de nombreux agneaux légers au début de l’automne a lieu vers l’Espagne… C’est un spécificité de l’agriculture de montagne qui doit rentrer en considération pour repenser les procédures et le niveau des indemnisations»

Les reports des ventes occasionnés par la vaccination contre le sérotype 8 avaient acculé financièrement les éleveurs qui subissent à présent une interdiction sanitaire pour le sérotype 1.

Cette nouvelle situation engendre d’importants problèmes annexes. Peu ou pas de bâtiments disponibles, des stocks de fourrage limités au cheptel de souche et souvent de piètre qualité du fait de la forte pluviométrie des mois de juin et juillet, une repousse longue (3 à 6 mois) des broutards réalisée souvent dans de mauvaises conditions.

Le président de la chambre d’agriculture, François Toulis a exhorté les éleveurs à: «sevrer correctement les animaux, soignez-les car une repousse longue réalisée souvent dans de mauvaises conditions sur des animaux de moindre qualité, conduirait à vouloir commercialiser cet hiver des animaux pour lesquels il n’existerait pas de marché. Ne gardez pas vos problèmes de trésorerie, faites-nous en part, ensemble on peut agir sur les banquiers, la MSA, les coopératives agricoles et trouver des solutions

De plus les éleveurs ont pour la plupart réalisé d’importants investissements (foncier, matériel, bétail) et sont amenés à rembourser des crédits substantiels qui grèvent déjà leur trésorerie…

Sans réelle marge de manoeuvre, cette épidémie tombe comme un couperet.
«Nous sommes surendettés explique un éleveur du Pays d’Olmes touché par la FCO, les banques nous appellent plusieurs fois par semaine pour nous signaler les problèmes que nous connaissons déjà. Elles nous proposent un peu d’oxygène contre l’hypothèque de la maison d’habitation ou celle du matériel … mais nous ne sommes pas dupes, nous sommes voués à disparaître à court terme, à grossir le nombre des Rmistes du département !»

C’est dans ce climat de désarroi que les manifestants se sont rendus devant la préfecture de l’Ariège.

Une délégation a été reçue par le préfet, Jean-François Valette, le directeur départemental de l’équipement et de l’agriculture, Jean-François Desbouis et le directeur départemental des services sanitaires et vétérinaires, Pierre Jabert.

Tous se sont mis autour de la table pour évoquer les problèmes que rencontraient les agriculteurs ariégeois et François Toulis a remis au préfet une lettre dans laquelle il demandait la mise en place de mesures d’urgences:

  1. «la revalorisation des indemnités de mortalité à un niveau décent qui permette aux éleveurs touchés par la maladie de reconstituer leur cheptel. Le Conseil Régional pourrait venir abonder cette ligne et participer à une augmentation du Fonds Avance Cheptel régional qui permet de financer l’achat d’animaux à taux bonifiés.
  2. la prise en charge de la totalité du coût des vaccinations, sérotypes 1 et 8, à l’instar des décisions prises par les départements voisins.
  3. le déblocage d’une aide exceptionnelle à la repousse qui nous permette de soigner les broutards pendant la durée de leur immobilisation sur nos exploitations ; Le Nord de la France avait l’an passé, dans des systèmes d’élevage très différents, obtenu une aide de 60 euros par broutard, nous demandons, compte-tenu des caractéristiques  de nos élevages, que ce montant soit porté à 120 euros.
  4. le déblocage d’une aide exceptionnelle à l’engraissement pour les agneaux qui ne pourraient pas être commercialisés. Compte-tenu de l’état général de la filière ovine, cette aide doit couvrir l’intégralité des dépenses d’engraissement et doit être de 30 euros par agneau.
  5. la mise en place d’un financement relais (600 euros par broutard et 60 par agneau) à taux bonifié pour financer le pied et la repousse de nos animaux, les banques doivent se mobiliser sur ce volet en proposant des prêts à prix coûtant qui doivent être ensuite bonifiés.
  6. la compensation des pertes de revenu subies par les éleveurs laitiers touchés par la maladie (bovins, caprins, ovins)
  7. la prise en charge de la totalité du coût des virologies qui devront être pratiquées pour faire partir rapidement nos animaux lorsqu’ils seront vaccinés. Le Conseil Général prend déjà en charge 50% du coût, nous demandons une prise en charge complète.
  8. la suppression de la taxe foncière pour tous nos éleveurs
  9. le report des cotisations MSA sans pénalités
  10. l’anticipation du versement des aides PAC (ICHN, PMTVA, DPU, PHAE…)
  11. le report d’annuités en fin de tableau pour les éleveurs endettés»

Et le président de la chambre d’agriculture de terminer sa lettre par une remarque faisant référence à l’ours: «l’ensemble de ces aides reste inférieur au coût annuel du programme de réintroduction de l’ours, nos éleveurs ne comprendraient pas que l’ensemble de ces revendications, légitimes, ne reçoivent par une suite favorable» (NDLB: 1,8 millions d'euros)

Après une heure de réunion, malgré les agitations à l’extérieur de la préfecture, la délégation a donné ses impressions et restitué les propos tenus par les représentants de l’Etat.

«D’après le préfet, le gouvernement est fortement mobilisé par cette crise majeure et conscient du désespoir des éleveurs. Le ministre de l’agriculture insiste sur la rigueur dans la prévention. On ne s’attendait pas à des miracles, commente François Toulis car nous sommes conscients que les décisions seront prises au niveau national et européen…»

Laurence Cabrol
Ariègenews

Réaction de la buvette

L'ours n'a strictement rien à voir avec la crise ovine et le fièvre catarrhale ovine, mais comparer le coût de leurs demandes avec celui d'une année du programme de sauvegarde de l'ours n'est pas innocent. Peut-être est ce que cette crise va leur apprendre à gérer la filière ovine avec plus de talent : Avec l'Iitalie comme seul client pour leurs broutards, ils ont mis tous leurs oeufs dans le même pannier et ce client est perdu jusque décembre, d'où leurs difficultés financières actuelles. En continuant à nourrir les bêtes bloquées sur les exploitations, Ils sont donc obligés de  devenir aussi des "engraisseurs".

Voilà qui ne va pas diminuer la dépendance et le déficit chronique de la filière ovine de montagne qui coûte, rappelons le 36,56 € par français et par an, à savoir 1219 fois plus que l'ours qu'ils critiquent tant, qui ne représente lui que 0,030 € par français et par an dont 0,015 € (la moitié), retourne au pastoralisme ! Ce que bien sûr, ils omettent de préciser...

Philippe Lacube, président de l'ASPAP, présent à cette manifestation à déclaré (dans la vidéo d'Ariègenews : «La fierté, c’est de se retrouver aujourd’hui tous syndicats confondus. L’ASPAP s’était donné cette mission de dire : « le sujet est suffisamment grave, urgent et destructeur pour arriver à fédérer tout le monde. » A mon avis, il aurait été dommageable pour la profession de partir en division et donc la fierté aujourd’hui, c’est que quelque part, grâce à l’ASPAP, on a réussi à fédérer tous les syndicalistes ariégeois

Philippe Lacube, qui présentait à Arbas "le nouveau visage du pastoralisme", aimerait bien ramener toute l'Ariège sous son drapeau. L'influence de l'ASPAP est, il faut le reconnaître, importante et mauvaise puisque la manifestation de FOIX à mal tourné, avec des violences qui ne resteront sans doute pas sans conséquences.

L'ASPAP comporte dans ses statuts une clause "déchargeant l'association de ses responsabilités pour des actes délictueux commis par ses membres." En est-il de même pour les statuts de la FDSEA ? Peut-être que Philippe Lacube n'a pas eu le temps d'expliquer aux syndicalistes présents, les finesses statutaires de l'ASPAP.

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