Chasse et ours : l’affaire Marquèze

Il est difficile de ne pas relier ce jugement à quelques enseignements des audiences de l’affaire Marquèze (12 au 14 mars dernier). Au cours de celles-ci, il a été établi que la procédure qui avait été mise en place par l’IPHB, une procédure non réglementaire elle aussi, a failli.

C’est Gérard Caussimont et d’autres membres du FIEP qui avaient repéré des indices frais de la présence de l’ourse Cannelle et de son ourson au-dessus d’Urdos. G. Caussimont en avait immédiatement averti J.J. Camarra (ONCFS) qui lui- même avait averti Didier Hervé, directeur de l’IPHB, lui-même appelant par téléphone le secrétaire de la Fédération de chasse puis le président de l’ACCA d’Urdos.

Le témoignage de M. Didier Hervé a démontré toute la fragilité d’un tel système. M. Hervé, informé donc par téléphone de la présence d’indices très frais de l’ourse Cannelle et de son ourson dans un secteur bien précis au-dessus d’Urdos, a en effet rapporté qu’il n’avait pas bien compris la localisation précise de ces indices. Ainsi, il n’avait pas, a-t-il déclaré, demandé aux chasseurs d’Urdos de surseoir à la battue prévue.

Lors de ses réquisitions, le Procureur de la République a d’ailleurs insisté sur le fait que les autres responsables dans cette affaire n’étaient pas dans le box des accusés. Il n’était pas bien difficile de sentir qu’il visait alors l’État, puisque ce dernier avait abandonné toute protection réglementaire de l’ours. L’ourse et son ourson étaient en effet présents depuis deux mois dans le même secteur sans que le ministre ni le préfet ne prennent aucune mesure sérieuse ! En pareil cas, dans la Cordillère Cantabrique, l’administration suspend la chasse sur tout le massif concerné, depuis le cours d’eau jusqu’aux crêtes (témoignages de Alfonso Hartasanchez et de J.J. Camarra). Ce fut après la mort de Cannelle que le préfet des P.A. prit un arrêté interdisant la chasse sur la commune d’Urdos et une grande partie de celle d’Etsaut…

Depuis le prononcé de ces jugements du Tribunal administratif et du Tribunal correctionnel de Pau, nous constatons que la position des chasseurs est par trop égoïste et refuse de prendre en compte l’évidence que l’ours a des besoins particuliers de tranquillité. Que les chasseurs de montagne se rassurent, il n’a jamais été question pour les associations d’abolir la chasse ni sa fonction sociale importante dans les vallées. La plupart des personnes rencontrées sont très favorables à des réserves ou, sans employer ce mot "tabou", à une protection spatiale réglementaire.

Certains seraient favorables à des contrats, mais avec de véritables sanctions à la clé (Vincent Vignon ou Jean-Pierre Raffin qui préfère la solution réglementaire). Jean-Jacques Camarra voit un système mixte : utiliser l’acquis de 30 ans d’observations de terrain (quelles sont les probabilités de trouver une ourse suitée ?) et gérer l’information au jour le jour. Mais cela nécessite des moyens inexistants aujourd’hui !

Michel Clouet estime que le minimum est d’assurer la tranquillité des ours en zones de tanières et des ourses suitées et jeunes en zones d’alimentation. Un garde du Parc (Ossau) verrait bien à défaut d’une réserve fixe, des réserves tournantes sur une période de 5 ans, sur des grands secteurs comme le Bitet ou Gélan en Ossau.

Il est urgent que les responsables cynégétiques reconnaissent que l’excès de battues dérange l’ours et qu’un partage du territoire est une nécessité absolue. Les chasseurs ont ce sentiment qu’ils cèdent toujours du terrain. Aux associations et à l’Etat de créer une relation de confiance qui chasse, sans mauvais jeu de mot, se sentiment de leur esprit.

Stéphan Carbonnaux

(lien à compléter) [Lire aussi nos commentaires dans la partie consacrée aux derniers ours des Pyrénées.]

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Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées"  commandé par FERUS à Stéphan Carbonnaux.

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