Jean-Pierre Pommiès, berger en 2008

J'ai visité tradicioun.org, un site sur les traditions, le patrimoine,  l’identité… . On y parle de jupe piquée, de courses landaises, d’olives vertes, des sacs à travers l’histoire et du beau métier de berger.

Quand on parle du métier de berger avec les mots tradition, patrimoine et identité, je me méfie. Traditions comme Chasse Pêche Nature et Traditions ? Patrimoine comme Association de Sauvegarde du Patrimoine Ariège-Pyrénées ? Identité comme Association de Défense de l’identité Pyrénéenne ? Et j’ai raison de me méfier de cet article "bergers en 2008" : «Un jour d’été sur les estives, un berger raconte. Il parle de son métier, de sa vie, de sa montagne. Il nous apprend que son métier de berger a plus changé ces trente dernières années que dans les deux siècles précédents.

Voici donc l’histoire d’un groupe de touristes, réunis le temps d’une journée pour suivre un berger. Le programme est simple... "On va voir un troupeau de brebis, puis de vaches, et je vous parlerai de mon métier..." Et voilà.

Jean-Pierre Pommiès est gardien d’un métier millénaire. A ce titre, il était important pour nous de tenter de vous faire partager un peu de ce que nous avons découvert au cours de cette journée. Loin des clichés du passé, suivez nous dans cette promenade à flanc de montagne...

Jean-Pierre Pommiès, Berger dans les Pyrénées

Pour le «groupe de touriste», «Le berger a prévu un petit laïus...». Emus de découvrir que leur vision du métier de berger relevait des images d’Epinal, nos touristes sont toutes ouïe pour entendre la vérité sur le pastoralisme, les estives, la baccade, l’Estibète. «Jean-Pierre fait partie des 2500 bergers recensés dans les Pyrénées Atlantiques (...) ils étaient 2700 l’an dernier, combien en restera t-il l’an prochain ?» Sortons nos mouchoirs : 200 bergers de moins en un an dans les Pyrénées-Atlantiques. Qui va entretenir ce grand golf impeccablement tondu par des dents acérées ? Et la fièvre catarrhale qui ne va rien arranger.

«Les questions continuent de fuser, quelquefois décousues, donnant à cette matinée l’aspect d’une classe qui écoute, s’intéresse et découvre la face cachée de ce métier.» (…)

Les Pyrénées

Le professeur parle de lui, des Pyrénées «couvertes par des forêts immenses, une forêt qui montait jusqu’à 2000 mètres d’altitude» et des agriculteurs : «Leur besoin de terres les a contraints à défricher massivement cet espace en propageant des feux dits de conquête qui ont lentement sculpté le paysage visible aujourd’hui. De grandes prairies utilisées et maintenues par les bergers.» Mais le pastoralisme est en crise structurelle : «Peu à peu les hommes cessent d’utiliser et de travailler ces terres. Un écobuage soutenu maintenait la forêt à distance. La pression diminuant, cette dernière regagne le terrain perdu (...)»

Tout fout le camp, mon bon monsieur, même la forêt revient, sans attendre le départ des bergers. Les mauvaises herbes, les mauvais arbres, la mauvaise biodiversité reviennent salir la montagne entretenue par des générations d’ancêtres en bérets qui s’efforçaient de garder la montagne propre à grand coup de feux pastoraux non contrôlés et de coup de fusils . Vous allez voir, bientôt il y aura d’autres choses que des brebis dans les Pyrénées-Atlantiques. Quelle tristesse pour ces touristes bouches-bée, quel affreux drame se joue sur les estives dans l’indifférence générale. Les montagnes se végètent, s’entaillissent, se buissonnent, se verdurent, impossible de laisser paître la biodiversité à visage humain.

Biodiversite_visage_humain_480Vue de la biodiversité à visage humain, l'avenir des Pyrénées. Extrait d'une affiche de F'Murrr pour la fête de la transhumance à Die.

Les vautours

«Enfant, il se rappelle que voir un vautour était un évènement. Il faut dire que jusqu’aux années soixante, de sombres histoires alimentaient les veillées dans les Pyrénées.
"Les vautours ne sont pas que des charognards, ils sont capables d’enlever des enfants parfois..."
». Les histoires traditionnelles perdurent, il y a encore des gens, des scientifiques mêmes qui racontent qu’ «Au terme d'une incroyable course-poursuite dans les alpages, un vautour s'abat sur une vache vivante et lui dévore la langue et les yeux avant de convier ses congénères au festin.» 

Voilà nos touristes prévenus, c’est dangereux la montagne. Ils pourront raconter dans leurs logis citadins les histoires de vautours kidnappeurs d’enfants que leur a racontés ce courageux berger «accompagnateur en montagne», en principe grand connaisseur de la faune et de la flore. La biodiversité quand elle est sauvage est terrifiante. Il faut défendre leur biodiversité à visage humain, les brebis et les herbes bien tondues. Pourtant «Le matin même on était tombé sur le cadavre d’une jument, foudroyée le 17 juin 2006. Pas besoin de la descendre en Kangoo blanche. C’est toujours cela de gagné, il n’en restait que les os, après une curée monumentale de ces grands oiseaux.» La foudre ferait donc des dégâts en montagne ? C’est drôle, ils n’en ont rien dit dans la Dépêche… On n’y parle que de l’ours…

Et les ours ?

«Le sujet devait apparaître. Le berger n’a pas outre mesure envie d’en parler. Pourquoi agiter la polémique ?Il accepte cependant (...)».Je vous passel'amour de Jean-Pierre Pommiès pour les ours pyrénéens mais pas les slovènes ; la cohabitation à l'ancienne (chasseurs et montreurs d'ours) ;  l'inconscient des citadins envahit par le Teddy Bear de Roosevelt ; les dernières battues administratives en vallée de l'Ouzoum : «Probablement afin d’exorciser les démons et rassurer la population, le tueur avait droit à une prime et la dépouille était montrée de village en village, ce qui donnait lieu à de grandes fêtes.» (NDLB : Lire le mythe de l’ours de Gérard Caussimont qui explique bien ce phénomène social fédérateur des bergers) ; les pyrénéens qui «ont été les derniers à tolérer une vie à proximité du plantigrade».

Les touristes sont conquis. L’ours s’est déchaîné, comme leur guide d’un jour sur les réintroductions : «Un gamin a accepté le poste d’aide gardien ainsi proposé. Il s’est retrouvé sous une tente sur un flanc de montagne à attendre l’ours. Cela n’a pas duré longtemps, le second soir l’ours est venu. Le troupeau a senti l’ours, défoncé la clôture, le patou s’est réfugié sous la tente, et le gamin a été terrorisé...» Un cadet, comme dans le temps ou les pâtres exploitaient leurs enfants.

Tradicioun.org continue «Depuis cette sortie, j’ai fait un tour sur le net, à la recherche d’infos sur ces réintroductions» (NDLB : sur les sites renseignés par Jean-Pierre Pommiès j’imagine…)«Les ours importés viennent de Slovénie. Dans ce pays, il n’y a pas de pastoralisme. (…) Ces populations sont séparées en deux groupes. La population humaine du nord du pays étant moins encline à supporter la présence des plantigrades, on peut lire çà et là que les autorités ont du "prendre cela en compte". Il n’y a guère que deux façons d’éloigner les ours des zones où ils ne sont pas souhaités : les enfermer dans une réserve, ou les fixer en leur donnant de la nourriture, au risque de les voir se laisser aller.  Que feront ces animaux qui ont perdu l’habitude de chasser

Tous les spécialistes ursins disent que même nourri, l’ours ne change en rien son habitude alimentaire, ne devient pas plus carnassier parce qu’il a mangé un cheval mort ou une biche sur un site de nourrissage au lieu d’un gibier blessé, crevé au fond de la forêt.

«L’ours pratique des attaques de "glissement", changeant de cibles si la résistance est présente. (NDLB : Comme tous les prédateurs) Dans ces conditions, il faudrait, à la première attaque, protéger tous les troupeaux afin que le prédateur ne se déchaine pas sur le suivant, moins protégé». Opportuniste l’ours. Ce n’en est pas une bête vicieuse pour autant, comme Pommiès le laisse sous-entendre.

«Jean-Pierre est en colère. En colère parce qu’on n’a pas le droit de faire n’importe quoi avec les animaux, fussent ils sauvages. Franska méritait de finir ses jours dans sa réserve, nourrie par les autorités slovènes. Balou ne méritait pas ce traitement.»Puisqu’il est encore nécessaire de le rappeler, les ours slovènes qui sont arrivés en France, ont été retirés d’un plan de chasse. Autrement dit, en Slovénie, ils auraient été flingués officiellement par des chasseurs l'année de leur capture. 

Jean-Pierre Pommiès avait prévenu : «vous lirez ce que l’on dit de moi sur internet".»  En effet rajoute Tradicioun.org : «Impressionnant de lire à quel point la mauvaise foi associée à la stupidité peut donner des résultats étonnants. Mais en fait, au delà de cette agression personnelle, tout le sujet sent le soufre. Entre pro et anti, l’ours fait écrire, et raconter n’importe quoi, ou plus exactement, d’omettre à bon escient les sujets qui pourraient soulever des questions.»Faut-dire qu’en tapant Pommiès dans Google on arrive à la buvette. Je prends donc le compliment pour moi. 

Tradicioun.org ne sait pas tout, ou plutôt refuse de voir. Yvan Puntous, en réponse à cet article, a envoyé la vidéo de Jean-Pierre Pommiès, notre «berger en colère» lors des Automnales du Pays de l’Ours.

Les menaces

Arbas, le 24 septembre 2004, les 100 à 150 militants des associations ultrapastorales sont descendues de deux bus aux «Automnales du Pays de l’Ours». Ils sont d’abord restés assis deux heures sous les tentes du bar de la place d’Arbas en chantant des chansons à boire, histoire de chauffer les troupes. Le maire d’Arbas les a accueillis et leur a permis de s’exprimer au micro, au milieu de la fête de l’ours.

Dans la vidéo, on voit Jean-Pierre Pommiès en meneur de ses troupes habillées en noir «Des ours en liberté, des vies en danger». Ils sont armés de leurs battons et viennent mettre le bordel au milieu des stands de la fête. Malgré le brouhaha général, on entend distinctement Jean-Pierre Pommiès menacer un de ses interlocuteurs qui défend les plantigrades : «Ce qui a, c’est que les sentiers chez nous, ils sont étroits. Pour se croiser…, laid hé, faudra faire attention (…) quand on se croise (…) il y en a qui se poussent. Je pourrai vous pousser si on est amenés à se croiser (…)» C’est une menace demande l’autre ? «Je vous ai dit ce que j’avais à vous dire (…)».

Massat, le lendemain, la fête de l’ours se déplace en Ariège, une provocation pour les paisibles éleveurs. On prend les mêmes et on recommence. Les éleveurs se transforment en bucherons pour, de nuit, couper tous les accès à la commune. Des arbres tombent en travers des routes, emportant avec eux les fils électriques qui alimentent Massat, plongé dans le noir. Une malade est sous assistance respiratoire. Tant pis pour lui, le maire de Massat doit assumer sa «provocation».

Patrick Pappola, présent comme Yvan Puntous et moi ce jour là raconte ...

«Jean Pierre POMMIES a été l'un des principaux meneurs du sabotage des Automnales du Pays de l'ours 2005 par les anti-ours.  J'étais présent à Arbas et à Massat en septembre 2005, où j'ai été le témoin des agissement de Jean-Pierre Pommiès, venu à la tête d'un groupe d'un cinquantaine d'éleveurs opposants à la présence de l'ours, tous vêtus de noir. C'était un des meneurs. Il n'a pas cessé de ridiculiser les travaux ou le matériel exposé aux différents stands. Il organisait des tournées avec ses troupes. Ils se déplaçaient en bande, bruyamment, manifestant leur haine de l’ours et des futures réintroductions confirmées la veille par Nelly Olin : 5 ours seraient relâchés dans les communes de l’ADET

A Massat, Rémy Marion devait commenter la projection d’un film sur l’ours dans le monde et animer un débat. Parlant tout haut dans le fond de la salle, ils criaient, tapaient avec des battons sur les meubles et le sol. Tout a été annulé. Les enfants aux premiers rangs étaient très impressionnés et ne comprenaient pas qui et pourquoi on perturbait leur fête. Ils avaient peur.

Jean-Pierre Pommiès était à la tête de ces perturbateurs très excité. Ils hurlaient dès qu'un propos favorable à l'ours était prononcé, et ont notamment empêché les éleveurs de l’Association Cohabitation Pastorale d'exposer au public leurs méthodes et leurs techniques pour cohabiter avec l'ours.

Il n’y a pas eu de violence physique certes, mais des gestes brutaux, des menaces des plus désagréables, des insultes racistes envers le maire d’Arbas : «Arcangeli, Arcangeli...c'est pas d'ici, ça!». Un des militant portait une pancarte : «on supporte déjà les immigrés en France, non aux ours immigrés !»

Cela annonçait déjà le saccage du village d’Arbas le 1er avril 2006. Les «petites mains» du saccage d’Arbas seront condamnés en novembre 2007, les vrais responsables politiques et associatifs eux s’en sortiront.

Suite au saccage d’Arbas, Jean-Pierre Pommiès a déclaré "Nous sommes tous solidaires de ce qui c'est passé à Arbas, un ours en bois a été brulé. Nous allons tous le payer. Les Pyrénées atlantiques participeront à la facture. Pour qu'Arbas reste à tout jamais le pays des ours en bois." L’amende affligée aux casseurs d’Arbas a été payée collectivement grâce à une collecte de fond réalisée par l’ASPAP.

Les enfants d'Arbas ont pleuré pendant l'autodafé de leur ours, celui sur lequel ils avaient l'habitude de faire du toboggan depuis des années, depuis toujours pour eux. L'artisan qui l'avait réalisé habitait Arbas et est décédé depuis, c'était aussi un témoignage de son cadeau au village, sa mémoire.

Le 9 juin 2006, on remet cela avec les mêmes. A l’issue de la manifestation organisée par des éleveurs anti-ours devant la sous préfecture d’Oloron, une trentaine d’entre eux, dont Jean-Pierre Pommiès, s’arrêtent au domicile de Gérard Caussimont, responsable du FIEP Groupe ours Pyrénées, et tentent d’introduire la carcasse d’une brebis dans la maison. Sa femme et l’un de ses enfants doivent se défendre seuls. Les éleveurs ont laissé la brebis dans le jardin et ont proférés des menaces de mort à l’encontre de Gérard Caussimont annonçant qu’ils reviendraient chaque fois que l’ours tuerait une brebis.

Gérard Caussimont, militant de la première heure de la cause de l'ours et grand défenseur du pastoralisme pyrénéen (il est à l'origine des mesures de soutien aux bergers des zones à ours et a été le pionnier de la quasi totalité des mesures de protection et d'aide au pastoralisme) portera plainte.

L'association des bergers des vallées d'ASPE, d'OSSAU et de BARÉTOUS s'insurge et condamne avec la plus grande fermeté les agissements de certains dont les actions ternissent l’image des bergers. Les gesticulations médiatisées qui finissent par des menaces physiques et morales sur des personnes sont inacceptables.  Un an plus tard, Gérard Caussimont recevra les insignes de chevalier dans l’ordre national du mérite. Une provocation de plus ? Non, une justice.

Yvan Puntous : «Le webmaster du site m'a expédié un message en me disant que les liens vers les exploits de Jean-Pierre Pommiès que je postais « n'étaient pas les bienvenus sur son site. » Il a repris les propos d’un « guide de pays » bien connu à mon égard en me traitant « d'activiste porte parole autoproclamé d'une minorité bruyante ayant apparemment un seul sujet de préoccupation dans sa vie : l'ours (sic).» Son commentaire a été supprimé bien sûr ! Accompagnateur en montagne, guide de pays, spécialiste des traditions s’assemblent pour luter contre le plantigrade. Le mythe de l’ours est bien vivant. Helmut Newton disait : "Seuls les gens sans talent n'ont pas d'obsessions."

A moi, même refus : «Je déteste les amalgames. Communiquer avec une adresse e-mail @ loup-ours-berger m'insupporte tant ceci représente un front qui n'a aucun sens.» Nous y voilà. L’idée même de la cohabitation insupporte Tradicioun.org comme Jean-Pierre Pommiès, président de la Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne. Inutile donc d’espérer un dialogue. Inutile de dire que mon message n’a lui non plus pas été publié.

Voilà, pour ces «touristes», de quoi compléter le portrait du berger Jean Pierre Pommiès, de quoi leur ouvrir les yeux. Vive la tradition de violence, l’anarchie, l’identité pyrénéenne qu’ils croient représenter entièrement, le patrimoine réduit à l’élevage ovin. La cohabitation est-elle à ce point insupportable ?

La Fédération Transpyrénéenne des éleveurs de montagne est aussi à la base de l'organisation de multiples traques à l'ourse Franska (29/07/06, 05/08/06, . Elles consistaient à la chasser vers la vallée, vers la route... où elle a fini sa vie, écrasée par une voiture.

Tradicioun.org ne désire montrer de cet accompagnateur en montagne que le côté Mr Hyde. Il ne désire pas communiquer sur les exploits de Jean-Pierre Pommiès. D’autres sont près à le faire pour lui. Les témoins racontent son côté Dr Jekyll. Jean-Pierre Pommiès se conduit comme un extrémiste violent. Tradicioun.org ne bronche pas devant ces comportements insupportables. Jean-Pierre Pommiès accueille des classes d'écoliers (170€/jour), refuse les indemnisations versées par le FIEP et «regrette de ne pas avoir fait connaissance avec Rolland Castells». Ah, quel plaisir de rencontrer les pro-ours sur un sentier vertigineux. Vive les traditions et l'identité pyrénéenne.

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