"L'instinct tueur de l'ours brun"

L'ASPAP, Association pour la Sauvegarde du Patrimoine d'Ariège-Pyrénées dénonce l'anthropomorphisme des défenseurs du plantigrade : donner des noms aux ours c'est participer à une  "peoplelisation" du dossier ours. Mais quand cela l'arrange, l'ASPAP est à première à jouer sur l'aspect affectif plutôt que sur l'aspect scientifique.

L'instinct tueur de l'ours brun"Attaque infanticide d'un ours mâle sur trois oursons. Des images rares d'un évènement qui l'est moins, étonnamment bien moins médiatisé que les naissances ou les lâchers d'ours. La force impressionnante, la détermination et l'instinct tueur de l'ours brun ne seraient-ils pas bons pour l'image édulcorée et idéalisée du plantigrade ?

21/10/2008 Espagne. Asturies. El Comercio Digital publie une vidéo inédite de l'attaque infanticide d'un ours adulte male face à une femelle défendant sa portée de trois oursons. Des images exceptionnelles dont la violence déchaîne les passions de nos voisins ibériques, et dont l'épilogue se jouera ... dans l'estomac du mâle infanticide".

Le but de l'ASPAP n'est bien évidement pas de faire "pleurer dans les chaumières" sur le sort des oursons mais de répendre la peur, de faire passer l'ours pour un tueur d'enfant sans pitié. Sous entendu : après les leurs, ce sera le tour des vôtres. Si ce n'est pas de l'anthropomorphisme !

Pour l'ASPAP, ce serait "Un évènement bien moins médiatisé". Les associations chercheraient à cacher le côté sauvage de l'ours, la dangerosité du "fauve". Dans "Ours : L’émancipation des jeunes oursons", Frédéric Decaluwe de l'ETO raconte "Il est fréquent que les jeunes femelles aient des domaines vitaux qui chevauchent celui de leur mère alors que les mâles subadultes auront tendance à se disperser sur des distances beaucoup plus importantes, ce qui favorise également le brassage génétique. Cela leur permet aussi de ne pas entrer en compétition avec le mâle dominant, plus âgé, et déjà présent sur le secteur." D'autre part, l'AVES écrit "Rares sont les jeunes qui arrivent à l'âge adulte car la mortalité juvénile est très élevée, malgré la vigilance des mères. Il y a une forte mortalité chez les oursons qui sont victimes de malnutrition et de certains mâles adultes. Un mâle ne tue les oursons que s'il a décidé de séduire leur mère, et comme elle refuse l'accouplement tant qu'elle est suitée, l'ours se débarrasse des oursons-gêneurs, afin de persuader la femelle de lui accorder ses faveurs..."

Un ours en liberté : des vies en danger

Le vocabulaire utilisé par l'ASPAP a pour but de réveiller la peur ancestrale du "prédateur" : La protection de l'ours devient "l'ensauvagement des Pyrénées", Les associations de défense du plantigrade deviennent "la secte du sauvage". "Un ours en liberté : des vies en danger" dans leurs "Pyrénées vivantes".

Opposée à ce monde sauvage, la montagne ou la campagne civilisée : «Le paysage, c'est les prairies, les vallons, la couleur des saisons, les oiseaux qu'on entend, les vaches sous les arbres. C'est aussi notre lieu de travail. Tous les jours on vit, avec, on l'entretient» déclare Martine Jardin, éleveuse de vaches allaitantes en Sarthe dans "Le lien entre éleveurs et paysage décrypté". Les Pyrénées vivantes se réduisent à une image digne du royaume des témoins de Jéhovah.

L'ours, l'élément sauvage du patrimoine des Pyrénées devient dangereux comme la peste, exclu du patrimoine comme des dépliants touristiques puisqu'il doit disparaître de la nature.

Dans leur communication les éleveurs et les agriculteurs deviennent les "bons bergers", les brebis formant la "biodiversité à visage humain". Le sauvage, lui est inhumain, bestial, dangereux, nuisible, il doit disparaitre. Et ils agissent en conséquence. Après avoir participé aux battues contre Franska, Hvala et ces oursons sont la nouvelle cible. Dérangée par des chiens lors d'une battue alors qu'elle était au repos sous un rocher, elle devient l'agresseur du chasseur...

"L’instinct tueur de l'ours brun ne seraient-ils pas bons pour l'image édulcorée et idéalisée du plantigrade ?" Le fait que les ours mâles tuent des oursons n'a jamais été caché. La mortalité des oursons est élevée la première année. Les mères connaissent ce danger et protègent leurs petits en conséquence. Rien de nouveau, mais pour l'ASPAP, cette vidéo violente est le moyen de médiatiser le danger de l'ours, de rendre leur message haineux plus "people".

Pourtant, dans les Pyrénées, ce phénomène est rare. La compétition entre mâles est faible. Vu la faiblesse de la population, les rencontres mâles / femelles sont plutôt rares. Les deux oursons de la Sierra del Cadi ont survécu aux "terribles mâles", tous comme les oursonnes de Hvala et l'ourson né en 2005  dans le massif de l'Aneto.

L'infanticide sexuellement sélectionné (SSI), que l'ASPAP appelle "l'instinct tueur de l'ours brun" est un phénomène connu de tout ceux qui s’intéressent à l'ours. "C'est pour cela qu'aux annonces de naissances d'oursons de l'année, les amis de l'ours en général insistent souvent sur le fait que rien n'est joué avant que ces oursons atteignent 1 ou 2 ans. Ce comportement, assez typique de l'ours, a une réalité biologique : les mâles veulent assurer un maximum de LEUR descendance. Ainsi, ils n'hésitent pas à tuer des oursons qui ne sont pas les leurs pour s'accoupler avec l'ourse et ainsi avoir "leurs" descendants." déclare Mathieu Krammer, étudiant en Biologie.

"L’intérêt majeur de cet article est le film qui l’accompagne et montre l’un de ces infanticides.  Il vaut mieux le visionner en première page, le format est plus grand, l’image de meilleure qualité que  celle qui accompagne l’article." déclare Bruno Besche-Commenge. Plus saignant en quelque sorte. «Elle s’est produite en juin 2000, dans le Parc Naturel de Fuentes del Narcea, où il fut possible de vérifier "l’obsession et la minutie" que mettait l’ours mâle à rechercher et tuer un à un les trois petits de la portée, et cela malgré les réactions violentes et désespérées de la femelle pour l’en empêcher » déclare le journaliste de "El Comercio Digital".

L'ours n'a pas le monopole de ce type de comportement. Les lions dévorent les lionceaux dont ils ne sont pas le père. Dans nos jardins, les chats le font également. Par ailleurs, cette pratique d'extermination de la descendance ou de l'apparentement a été (et est peut être toujours) une pratique humaine. Chez nombre de civilisations, et pas forcément les plus réputées barbares, cela était pratiqué couramment. Lors des querelles de grandes familles, royales ou pas, lorsqu'on tuait le membre visé, il était fréquent aussi d'exterminer toute la famille pour éviter les représailles. C'était le cas dans l'Egypte des pharaons comme en France à l'époque mérovingienne. Les Arabes en faisaient de même, comme en témoigne le massacre au moyen-âge de la dynastie des Omeyyades par celle des Abbassides pour la domination du Califat de Bagdad. Sans parler des nombreux mythes : le massacre des innocents par le roi Hérode, le dieu grec Cronos qui dévorait ses enfants de peur qu'un d'eux ne le détrône (ce qui arriva avec Zeus), le sacrifice d'Iphigénie, la fille du roi Agamemnon (qui commandait les grecs pendant la guerre de Troie) pour satisfaire les Dieux et disposer ainsi d'un "vent favorable".  De nombreuses civilisations sont truffées de ce type de légendes révélatrices des mentalités. L'homme comme l'ours est un prédateur.

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