Chronique des mesures de protections de l'ours dans les Pyrénées (de 1915 à 2008)

Chronique des mesures de protections de l'ours dans les Pyrénées

Stephan_carbonnaux

par Stéphan Carbonnaux,
Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées"  commandé par FERUS.

 

Pourquoi accorder une aussi longue place à cet historique ? Mais comment comprendre notre présent si nous ignorons le passé ?

La plus grande histoire

La volonté de protection de l’ours est très moderne. Si on peut la dater aux cinquante dernières années, l’ancêtre de l’ours brun, lui, est présent sur Terre depuis 600 000 ans.

L’ours brun apparaît en Europe il y a environ 100 000 ans. Pendant au moins trente mille ans (de - 40 000 à - 11 000 ans avant nous), les hommes des cultures paléolithiques ont représenté l’ours sous diverses formes : une des plus vieilles sculptures connues au monde est celle d’un ours - elle a été découverte dans la grotte de Montespan (Pyrénées commingeoises) -, l’ours a été gravé sur le bois de renne, peint à l’ocre rouge au Pont-d’Arc, etc. Il n’est pas sans intérêt de savoir que les estimations démographiques à l’époque magdalénienne sont de quinze mille ou vingt mille habitants pour le sud-ouest de la France [In Le Magdalénien. Apogée de l’art quaternaire. Dominique Saachi, La maison des roches, 2003.] C’est-à-dire qu’une si faible population qui possédait les mêmes capacités cérébrales que nous a créé une industrie très ingénieuse [Le célèbre mathématicien et philosophe des sciences suisse Ferdinand Gonseth avait répondu à son ami l’artiste Robert Hainard qu’il n’existait aucune différence essentielle entre un homme paléolithique empruntant l’élasticité d’une branche pour réaliser une branche rectiligne et un physicien élaborant une horloge atomique.] des armes de chasse et pratiqué un art mystérieux qui surprend par son grand raffinement. Un culte de l’ours semble avoir existé dans les Pyrénées et sur tout le continent eurasiatique, même s’il est contesté dans nos contrées par la plupart des chercheurs. Notons qu’un culte de l’ours persiste aujourd’hui, de manière très affaiblie certes, en de très rares lieux de l’Eurasie, comme chez les Aïnous au Japon.

Puis ce fut la grande rupture néolithique (nous n’employons pas le terme de révolution couramment usité, car étymologiquement une révolution est un retour au point d’origine). Entre - 8 000 et - 5 000 ans, apparaissent dans nos pays européens, et dans les Pyrénées, les élevages des animaux domestiques, en particulier ceux des chèvres et moutons dont les souches proviennent d’Asie centrale. Une nouvelle vision, représentation du monde, émerge, de plus en plus anthropocentrée. Avec l’avènement de l’agriculture et de l’élevage, et donc l’accroissement démographique de l’espèce humaine, la situation se dégrade pour l’ours brun. Olivier de Marliave parle d’une véritable guerre au moment de l’apogée démographique dans les Pyrénées au XIXe siècle. Michel Pastoureau, grand connaisseur du symbolisme animal, parle de la chute du roi des animaux que l’Eglise a combattu avec succès mille ans durant [L’ours : histoire d’un roi déchu, au Seuil, 2007].

Le rapport de l’homme et de l’ours dans les Pyrénées a toujours été ambivalent. Ennemi héréditaire des bergers et des éleveurs, l’ours est aussi cet animal suffisamment considéré pour être appelé Lou Moussu (le Monsieur). «L’animal détesté – il est le rival craint entre tous, celui qui sème la mort dans les troupeaux – est aussi celui que l’on attend parce qu’il annonce le retour de la vie» écrit l’ethnologue Isaure Gratacos [Calendrier pyrénéen, Rites, coutumes et croyances calendaires dans la tradition orale en Co mminges et Couserans, Privat, 1995]. Pour l’historien Jean-Claude Bouchet, la principale raison de la disparition de l’ours est qu’il était nuisible vivant pour une société agropastorale, et utile mort en ce qu’il rapportait des ressources.

L’histoire très moderne de la protection de l’ours

Les premières demandes de protection de l’ours sont celles de chasseurs et de forestiers, tel le prince Albert de Monaco, venu chasser en Ariège dans les années 1915-1916, ou Monsieur Salvat, inspecteur des Eaux et Forêts, qui lors du premier congrès international de protection de la nature tenu à Paris en 1923, attribuait la régression de la population d’ours à «l’ouverture des routes, l’exploitation des bois, le débroussaillement et… la chasse», et demandait l’arrêt de la chasse et la création d’un parc national.

Même si cela regarde plutôt la Confédération helvétique, sachons que Boris III de Bulgarie s’engageait en 1938, auprès de Robert Hainard, à donner des ours pour repeupler les Alpes suisses, préfigurant la reconstitution de la grande faune européenne.

1946, Jean-Émile Bénech, par ailleurs auteur d’ouvrages cynégétiques, écrit dans Fauves de France, chez Stock, collection les livres de nature : «Peut-être - il est bien tard ! - quelques mesures draconiennes… Mais non ! Il n’est jamais trop tard. Seulement, il faudrait les prendre tout de suite. N’ont-elles pas sauvé les derniers survivants des républiques de castors ? N’assistons-nous pas aujourd’hui au miracle de leur survivance sur le Rhône. Qui défendra la vie des derniers ours pyrénéens ?» Bénech oppose le loup «bandit de nos forêts» à l’ours ermite, épris de solitude, causant si peu de dégâts, adroit, très circonspect, «le plus avisé sans doute après le singe et qui se joue des embûches avec une rare facilité.»

1954, le docteur Marcel Couturier, grande figure de la chasse française, membre correspondant du Muséum national d’histoire naturelle parmi quantité d’autres titres, fait paraître à compte d’auteur une volumineuse monographie : L’Ours brun. Au cours de sa vie, M. Couturier a publié d’autres travaux du même type sur le chamois ou les coqs de bruyère. Il est bon de savoir que M. Couturier a chassé l’ours dans les Pyrénées et qu’il a tué son premier ours à Urdos grâce à André et Jean-Bernard Apiou, fils de Bernard Apiou, tous chasseurs d’ours.

Couturier évalue alors la population d’ours des Pyrénées françaises à 70 têtes. «Ce nombre varie d’ailleurs beaucoup pendant la belle saison, en raison du va-et-vient des animaux entre la France et l’Espagne, et vice versa.» Pour les Pyrénées espagnoles, justement, il estime que la population d’ours y serait inférieure à celle du versant nord. À titre de comparaison, il estime que la Slovénie abritait alors 75 ours et la Croatie voisine (les populations sont reliées), 200 individus. Il estime également la population de Slovaquie à 200 ours alors que l’effectif était d’une vingtaine d’individus en 1932.

Quant aux réserves, il écrit : «Ainsi n’existe-t-il en France qu’une seule réserve d’ours, celle du Pic du Midi d’Ossau. Il est donc de la plus haute utilité d’en créer de nouvelles dont l’objet sera de protéger cette espèce.» Et il évoque avec précision les secteurs en question pour conclure : «La question des réserves à ours en France est aussi importante que celle de la réglementation de la chasse au fauve. L’une ne vaut rien sans l’autre. Rien ne s’oppose vraiment à ce qu’elles soient harmonieusement conjuguées et alliées pour la meilleure protection de l’espèce. [Chapitre «Nouvelles réserves à créer», pages 722-723 de L’Ours brun.]»

Il n’en est pas moins vrai que Marcel Couturier achève son ouvrage par ces lignes :

«Je termine par un pronostic pessimiste pour l’avenir de l’espèce. Un jour viendra où l’Homme en comptera à une unité près les derniers individus et où l’on dorlotera dans une cage ses derniers représentants pour les montrer au public.

Sans vouloir jouer au prophète, je pense que, outre celles du Canada, les populations européennes d’ours bruns, comme celles des Pyrénées, des Abruzzes, de Scandinavie, des Balkans, des Carpates, suivront le sort de celles des Alpes et disparaîtront à plus ou moins brève échéance. Celles de la Russie d’Europe et de l’Alaska résisteront plus longtemps. Et c’est en Sibérie, en Chine ou en d’autres contées asiatiques qu’il faudra chercher les derniers survivants de l’espèce brune, mais aucun d’entre eux ne sera le témoin de la prochaine glaciation

On pourra discuter bien sûr de sa vision d’une espèce en fin de course, mais cette conclusion sonne alors comme une alerte sérieuse pour l’ours des Pyrénées.

1957, on ferme la chasse à l’ours pour quelques mois, et en 1962, l’ours n’est plus regardé comme un gibier par la loi. Reste la possibilité d’organiser des battues administratives en cas de dégâts. Mais en 1960, l’aire de répartition de l’ours s’est amenuisée à l’ouest et à l’est, et surtout la population a éclaté en deux noyaux, occidental et central.

Curieusement, alors qu’on ne parle évidemment pas de renforcer la population d’ours, voici ce que rapporte Jacques Burnier, ami de Robert Hainard, d’une conversation dans un bistrot de Lescun, alors qu’ils cherchaient les gypaètes à Lescun en mai 1959 : «Ils veulent conserver l’ours pour l’ornement de nos montagnes ! Elles seraient aussi belles sans ours. Ils veulent encore amener des ours pour qu’ils s’y reproduisent. Ça va nous attirer des milliers de touristes de Lyon et de Paris ! [S. Carbonnaux, Le Cercle rouge. Voyages naturalistes de Robert Hainard dans les Pyrénées, Hesse, 2002.]»

1966, est créée la réserve de chasse de Los Valles (28 765 hectares) qui englobe en Aragon une bonne part du territoire de l’ours.

1967, le Parc national des Pyrénées occidentales voit le jour par décret du 23 mars, avec la protection de l’ours comme un de ces objectifs affichés. Son histoire remonte au début du siècle avec l’idée d’A. Martel du Club Alpin Français de créer un parc national en vallée d’Ossau. Le classement du site du Néouvielle et la création de la réserve de chasse du Pic du Midi d’Ossau, puis celle du Vignemale, raniment la volonté de faire aboutir l’idée. Las, en raison d’un découpage politique et non biologique des limites du Parc, ce dernier ne sera pas en mesure de préserver les habitats de l’ours. Le parc s’étend sur 60 kilomètres de long et une largeur de 1,5 à 12 kilomètres. C’est donc une mince bande de hauts reliefs (la zone centrale est comprise entre 1073 et 3298 mètres) qui ne comprend pas de grands massifs forestiers, dont les plus riches sont justement situées à de plus basses altitudes.

Il a une zone centrale de 45 707 hectares (15 parties de communes concernées) et 206 352 hectares de zone périphérique, ce qui fait de lui le parc national français au plus fort ratio zone périphérique/zone centrale : 5 hectares de zone périphérique sans protection particulière contre 1 hectare avec une protection qui n’a cependant rien d’intégral. Si la chasse est interdite en zone centrale, l’exploitation forestière y est permise ainsi que le pastoralisme, activités qui peuvent être très perturbatrices pour les écosystèmes. Ce parc est frontalier de celui d’Ordesa (15 608 hectares) créé en 1918 et agrandi en 1982. Ce dernier fut surtout créé pour protéger le dernier noyau de bouquetins des Pyrénées, dont la dernière femelle s’est éteinte en 1996.

Le Parc ne sait que faire pour protéger l’ours. Avec l’idée de détourner l’ours des brebis, son directeur Pierre Chimits a fait introduire des marmottes dans les vallées d’Aspe et d’Ossau, pensant qu’elles intéresseraient l’ours, fait planter des arbres fruitiers qui doivent donner dix ans plus tard ou fait encore creuser des mares à grenouilles. Le ton d’une lettre envoyée à Robert Hainard dénote l’embarras de la direction du Parc : « (…) Je viens vous demander si vous ne verriez pas d’autres sources de nourriture naturelle sous la forme par exemple de semis ou plantation dans les clairières ce certains tubercules susceptibles d’intéresser l’ours. Bref, je serais très heureux de recevoir vos suggestions en la matière que j’essaierais de mettre le plus rapidement possible en pratique. (…) [Lettre du 31 décembre 1969 (archives Fondation Hainard)]»

Et l’illusion d’une conservation de l’ours par le Parc demeure pour de longues années. Pourtant, en 1965, lors d’une séance du CNPN consacrée à ce projet, M. Giban de l’INRA constatait que «si l’on veut parvenir à une véritable protection de l’ours, il faut voir grand, cet animal ayant besoin de vastes espaces pour vivre et se développer.» Elle demeure même à la lecture de l’atlas des Parcs nationaux (MATE)

1967, le Parc national des Pyrénées occidentales voit le jour par décret du 23 mars, avec la protection de l’ours comme un de ces objectifs affichés. Son histoire remonte au début du siècle avec l’idée d’A. Martel du Club Alpin Français de créer un parc national en vallée d’Ossau. Le classement du site du Néouvielle et la création de la réserve de chasse du Pic du Midi d’Ossau, puis celle du Vignemale, raniment la volonté de faire aboutir l’idée. Las, en raison d’un découpage politique et non biologique des limites du Parc, ce dernier ne sera pas en mesure de préserver les habitats de l’ours. Le parc s’étend sur 60 kilomètres de long et une largeur de 1,5 à 12 kilomètres. C’est donc une mince bande de hauts reliefs (la zone centrale est comprise entre 1073 et 3298 mètres) qui ne comprend pas de grands massifs forestiers, dont les plus riches sont justement situées à de plus basses altitudes.

27 juillet 1971. Création par décret du ministère de la Protection de la Nature et de l’Environnement. Un portefeuille explosif, dixit le professeur de droit Michel Prieur, qui voit se succéder 7 ministres et 4 secrétaires d’Etat jusqu’en 1978.

1971. François Merlet, un des grands précurseurs français de la chasse photographique, fait paraître à Pau aux éditions Marrimpouey jeune, Seigneur des Pyrénées, l’ours. Ce livre contient plusieurs photographies en couleurs de l’ours des Pyrénées et un vibrant «SOS pour nos derniers ours». Il subsisterait 35 ours dans les Pyrénées.

1972. Interdiction totale de la chasse à l’ours, y compris en battue administrative (Journal officiel, 15 février 1973). En Espagne, l’ours brun est déclaré espèce protégée par décret du 15 octobre 1973.

1973. Jean Dorst, une des sommités de la protection de la nature en France, s’appuie sur Marcel Couturier pour s’opposer à la réintroduction de l’ours dans le Vercors, malgré un rapport favorable de Robert Hainard commandé par le Muséum national d’histoire naturelle. Dorst craint une cohabitation difficile avec les bergers (il se demande même si l’ours ne pourrait pas en croquer un - sic !), voire avec les touristes, et constate que les Suisses ont abandonné l’idée de réintroduire l’ours chez eux. «La tentation est grande de venir faire sur notre territoire des expériences qui risquent de compromettre l’image de marque de la protection de la nature» écrit- il à un de ses collaborateurs. Dorst refuse aussi la réintroduction des grands rapaces mais accepte celle du lynx, expérience qui donne de bons résultats en Suisse. Grande déception et colère de Hainard : «Toute ma vie, j’aurai traîné la lâcheté des officiels ! Il déconseille la réintroduction de l’ours, par contre il admettrait le lynx. Parbleu ! parce que d’autres l’ont déjà fait contre vents et marées ! [Lettre à D. Ariagno du 21 décembre 1973 (archives Fondation Hainard)]»

1973. Création d’une section béarnaise de la Société d’études, de protection et d’aménagement de la nature dans le Sud-Ouest (SEPANSO), pour s’opposer principalement à de grands projets d’aménagement en montagne, comme celui du vallon du Soussouéou, où il est question de construire 7 000 lits pour relier la station d’Artouste, à la limite de la zone centrale du Parc, à celle de Gourette. L’ours fréquente encore ce territoire. Jean-François Terrasse y a même observé trois individus en plein jour au début des années soixante sur le sentier. Un grand combat associatif, notamment grâce au film «Montagne à vendre», permet de bloquer le projet.

1975. Joël Tanguy Le Gac, figure incontournable de la protection de la nature dans les Pyrénées occidentales (décédé en 2006), Claude Dendaletche et quelques autres créent le Fonds d’intervention éco-pastoral (FIEP) sur le modèle du Fonds d’intervention pour les rapaces. C’est la première association de protection de l’ours qui entend assurer la coexistence du pastoralisme et de l’ours, et montrer aux bergers qu’ils peuvent avoir intérêt à ce que l’ours fréquente leurs estives. La démarche est présentée comme une révolution. Elle est en partie justifiée par l’inaction presque totale du Parc national en matière de protection de l’ours. Il subsiste alors 25 ours dans les Pyrénées.

1976. La Société nationale de protection de la nature et l’Office national de la chasse passent une convention qui aboutit au premier rapport biologique sur l’ours des Pyrénées (Jean-Jacques Camarra/Claude Dendaletche, 1978).

Les associations demandent le classement du site du Soussouéou au titre de la loi de protection des paysages de 1930.

10 juillet 1976. Grande loi de protection de la nature.

1976. À Pau, lors d’un colloque international sur la grande faune des Pyrénées, le professeur allemand de l’université de Heidelberg, Peter Röben estime que les Français se trompent à encourager le pastoralisme. «Le pacage ne devrait pas être encouragé. Il faudrait même favoriser l'abandon des fermes et exploitations agricoles dans toute la zone fréquentée par l'ours. [...] Rabâcher que le pâturage est absolument nécessaire au maintien du milieu et du paysage montagnard est une erreur et une contrevérité fondamentale. [...] En conclusion, permettez-moi une remarque quelque peu amère : il serait bon que le Parc National ne s'occupe pas exclusivement de développer le tourisme et d'assurer le bien-être des bergers, mais - il me semble que c'est même sa vocation prioritaire - qu’il s'occupe également de la protection des espèces animales et végétales et de leur milieu de vie. [Voir «Contribution à la protection de l’ours brun dans les Pyrénées», in La grande faune pyrénéenne et des montagnes d’Europe, Laboratoire du milieu montagnard/F.I.E.P., mai 1979. Voir aussi du même auteur «Status of the brown bear in the Pyrenees », 1978.]» C’est aussi la position de Robert Hainard notamment exprimée lors d’un colloque analogue au mois de novembre 1981, qui entraîna une discussion vive avec Claude Dendalectche et Louis Espinassous, ce dernier alors agent du Parc.

Voici d’ailleurs ce que pouvait écrire R. Hainard à Michel Terrasse deux ans auparavant, au sujet des fiers montagnards qui refusent la réserve d’Indiens mais poussent au grand programme immobilier du Soussouéou en vallée d’Ossau : «Ces sont des sous-développés et ils le restent en se précipitant (comme le Tiers-Monde) sur ce "Progrès", ce "développement" auquel nous ne croyons plus.» Ou encore, alors que la tentation pastorale est forte chez les naturalistes : «Vas-tu abandonner la photo pour élever des moutons, seule communion vraie avec la nature ?»

1978. Publication du rapport L’ours brun des Pyrénées, sous la direction et la responsabilité de Claude Dendaletche, sous convention de l’ONC et de la SNPN. Il est rédigé par Claude Dendaletche et Jean-Jacques Camarra. L’étude de terrain est menée par ce dernier dans les Pyrénées occidentales. Jean-Yves Merle, lui, étudie la partie orientale de la chaîne. C’est le premier rapport scientifique sur l’ours des Pyrénées et sa protection. L’échec des mesures prises par le Parc national est total d’autant que les ours vivent en dehors de la zone centrale.

1979. Le FIEP verse les premières indemnités de dérangement aux bergers. L’argent provient du Fonds mondial pour la nature (WWF) puis viendra de l’État. Voici une anecdote racontée par celui qui signa les premiers chèques. Son grand-père, berger basque, à qui il explique leur démarche répond : «Ils vont se moquer mais ils te prendront l’argent.»

1980. La commission permanente du Parc national poussée par son directeur Bernard Glass, émet une résolution importante. Considérant que la situation de l’ours des Pyrénées est critique et que le parc représente pour l’opinion nationale l’institution chargée de le protéger, elle estime que :

  • «une action efficace de protection de l’ours passe essentiellement par le maintien de son biotope dans un état de grande tranquillité,
  • une telle action suppose : l’acceptation par les populations et les élus locaux, la concertation entre les responsables locaux et nationaux des diverses administrations, la désignation d’une instance responsable se consacrant prioritairement à la mise en place sur le terrain des mesures décidées,
  • «une prise en charge nationale du problème de l’ours est indispensable pour que les moyens financiers, juridiques et techniques soient assurés pour l’action du programme d’action en faveur de l’ours.» Elle demande enfin que :
  • «Le programme national de protection de l’ours soit défini d’urgence par les services centraux concernés et assortis de moyens pour une mise en oeuvre concrète sur le terrain.
  • Le Parc national soit chargé du pilotage, sous l’autorité des préfets concernés, de ce programme pour le noyau occidental en application d’un mandat explicite définissant la mission et les moyens.»

1981. Janvier, Jean-Pierre Farthouat (ingénieur du génie rural des eaux et des forêts, conseiller cynégétique régional de l’ONC) remet un rapport de synthèse sur la protection de l’ours des Pyrénées occidentales. Ce dernier préconise de nombreuses mesures, des adaptations des lois et règlements. Il en sortira bien peu de chose.

Le Conseil de l’Europe, à l’occasion du premier renouvellement du diplôme attribué au Parc national, attire l’attention des autorités françaises sur divers sujets de préoccupations dont :

  • la nécessité pour les autorités locales propriétaires des terres de mieux prendre en compte la finalité biologique du parc,
  • l’urgence de prendre des mesures strictes de protection pour la sauvegarde de l’ours en zone périphérique.

1981. Le projet du Parc national de l’Ariège est finalement abandonné [Notons qu’aujourd’hui les élus de l’Ariège appuient la création d’un parc naturel régional à vocation économique et touristique, couvrant l’ouest du département. Le syndicat de préfiguration du parc est présidé par André Rouch, maire d’Alzen, président de la communauté des communes du Séronais, conseiller général et président de la Fédération pastorale. Le projet est également soutenu par un certain Michel Sébastien qui soutenait à l’époque le projet de parc national. Le CEA. ne soutient pas ce projet. Les lignes n’ont pas bougé depuis 30 ans…]. Dans le courant des années soixante-dix, un projet de « Parc national des Pyrénées ariégeoises », appuyé par Jean Servat, directeur de l’ONCFS, originaire de Massat, suscite chez les populations locales d’importants clivages et des conflits passionnés. Ce projet est rejeté par les associations naturalistes, dont la SPNMP et le Comité écologique ariégeois (CEA) qui venait de se créer en 1979. Ce rejet est motivé par le découpage non biologique des limites du projet, qui excluait la plupart des forêts et des secteurs très riches tels que le plateau de Beille. Alain Barrau, actuel président du CEA qui avait étudié le dossier et les cartes, confie que les principaux sites d’hivernage du grand tétras et d’importantes places de chant n’avaient pas été inclus dans le périmètre du projet. La réglementation laxiste démontrait par avance que ce projet avait une nature non pas protectrice mais économique et touristique, comme le Parc national des Pyrénées occidentales qui a maintenu l’illusion de la protection de l’ours brun.

Les associations naturalistes et écologistes avaient alors proposé un chapelet de réserves naturelles (un «parc à noyaux») qui couvrait des territoires biologiquement riches, tels les massifs de l’Aston ou de la Frau, sur une idée de Michel Clouet entre autres. Ces réserves ne verront jamais le jour. Par contre, sur les territoires exclus du périmètre du projet de parc national, furent réalisés, comme par hasard, de nombreux aménagements prévus par les communes : stations de ski, barrages (tel celui de Laparan), etc. que le CEA a dû combattre (dixit Alain Barrau et Thierry de Noblens, ancien président de l’association).

1982. Deux ours sont tués à Laruns. Treize ou quatorze ours sont ainsi tués entre 1976 et 1995. Il ne subsisterait plus que 4 ours dans les Pyrénées centrales.

1982. Jean Lassalle remporte le canton d’Accous, représenté jusqu’alors au Conseil général des Pyrénées-Atlantiques par Robert Balangué, maire de Bedous.

1982. Interpellé à Foix, le Président de la République, François Mitterrand, déclare : «Je suis de votre avis. Il faut sauver les ours et protéger l’espèce. On doit pouvoir le faire sans léser les agriculteurs…» (La Dépêche du Midi, 30 septembre 1982).

1983. Création du groupe Ours qui compte parmi ses membres le FIEP, le WWF, la Société française d’étude et de protection des mammifères (SFEPM), la Société nationale de protection de la nature (SNPN), la Société de protection de la nature Midi-Pyrénées (SPNMP), la SEPANSO, etc.

1983. Une ourse est retrouvée morte en bas d’une falaise sur la commune d’Etsaut, officiellement victime d’une chute. On peut la voir aujourd’hui au musée de la maison du Parc à Etsaut. Elle ne fera curieusement jamais l’objet d’une autopsie et son squelette finira presque dix ans plus tard entre les mains d’un vétérinaire. Ce dernier m’a affirmé : «Je peux te certifier qu’elle ne présentait aucune fracture. Tu pourras le vérifier au musée

1984. Le "Plan Ours" est lancé par le ministère de l’Environnement, rédigé par Gilbert Simon, pour sauver l’espèce. On parle d’un minimum d’une quarantaine d’ours et on se donne 5 ans pour réussir, alors que moins de 20 ours peuplent encore les Pyrénées. Le principe du "Plan Ours" repose sur une cartographie établie d’après les observations des scientifiques. Le territoire a été zoné en fonction de la sensibilité des secteurs (les zones rouges sont les zones d’hibernation, de reproduction et d’élevage des jeunes) et les projets susceptibles de modifier le biotope de l’espèce seront ainsi examinés avec plus ou moins d’attention. L’indemnisation des dégâts d’ours sur les troupeaux est augmentée. Pour la chasse, on imagine des échanges de réserves, des compensations comme le tir d’isards dans des secteurs protégés, où l’espèce est abondante, ou des réintroductions d’espèces gibier.

Pour ce qui est de l’exploitation forestière, alors que 17 000 hectares de forêt exploitable sont en zone rouge, le plan propose des rachats de coupe pour en différer l’exploitation, des moyens alternatifs comme l’hélicoptère ou le câble et enfin une réglementation de l’accès aux pistes. Dernier point, le plan prévoit de développer une activité touristique intelligente autour de l’ours.

Pour son fonctionnement, un groupe administratif central est basé à Toulouse et trois groupes locaux sont créés à Oloron-Sainte-Marie, à Saint-Gaudens et Saint-Girons/Foix. Deux millions de francs sont affectés pour son fonctionnement en 1984.

1984. Un nouveau projet de liaison entre les stations d’Artouste et de Gourette voit le jour. Nouveau combat associatif, avec le Club alpin français. M. Laurent Fabius y met fin.

1985. Le préfet des Pyrénées-Atlantiques autorise le maire de Laruns à construire des centaines de lits au bord du lac de Fabrèges, sous la station d’Artouste. Le 9 octobre 1989, le Conseil d’Etat annule la décision préfectorale pour violation de la loi montagne, sur requête de la SEPANSO et de France Nature Environnement : las, les immeubles sont construits. Une règle non écrite veut que des bâtiments publics, même illégaux, ne peuvent être détruits. [Cette règle lamentable a heureusement subi depuis des accrocs.]

1986. Second renouvellement du diplôme du Parc national par le Conseil de l’Europe. Il informe que le renouvellement est assorti de conditions dont l’inobservation peut entraîner le retrait du diplôme. C’est-à-dire, ne pas accepter en zone centrale des aménagements lourds ou activités contraires à la sauvegarde de la vie sauvage.

1987. Réunion le 20 février à la Direction de la protection de la nature (DPN). Le directeur, François Letourneux, indique sa position : «il est actuellement hors de question de parler de réintroduction ou de renforcement de population d’ours dans les Pyrénées.» De leur côté, P. Havet, chef du service technique de l’ONC. et Georges Érome, du Groupe Ours, envisagent cette question.

Août 1987. Mission d’expertise de l’Américain Christopher Servheen dans les Pyrénées. Il estime qu’il faut définir un territoire de 60 000 à 100 000 hectares géré en fonction des besoins des ours (notamment en réglementant la circulation sur les routes et pistes, en proscrivant les battues aux chiens courants) et appuie l’idée de renforcer la population.

En septembre, Jean-Pierre Raffin et M. Colas-Belcour, membre de la DPN rencontrent des scientifiques russes en Caucase (A.N. Koudatkine) et au nord-ouest de Moscou (V. S. Pajetnov). Ces derniers estiment que l’avenir de l‘espèce est très problématique dans les Pyrénées «si, à côté de la protection des territoires, n’est pas engagée une stratégie de restauration des effectifs (nourrissage direct ou indirect, renfort de population.» De nouveaux échanges franco-soviétiques sont alors prévus. Jean-Pierre Raffin note même dans son rapport : «Nous avons été frappés par le nombre, la jeunesse et le dynamisme des chercheurs présents en permanence dans les territoires protégés, surtout lorsque l’on compare avec l’indigence qui prévaut dans les structures équivalentes en France. Cet investissement scientifique permet une excellente connaissance de l’évolution de la flore et de la faune des zones protégées et d’en tirer des conséquences pour la gestion d’autres parties du territoire.»

14 et 15 novembre 1987. Colloque de Seix en Ariège. Le renforcement de la population d’ours est évoqué pour la première fois, à l’initiative de Michel Clouet. Ce renforcement n’est pas accepté par tous le naturalistes, notamment ceux de la SEPANSO qui pensent qu’il faut tout faire pour sauver la souche pyrénéenne unique avec ses habitats. Les mêmes s’opposent aussi au nourrissage, disant que la survie de l’ours est avant tout un problème de tranquillité.

1988. Le "Plan Ours" patine. Brice Lalonde et Henri Nallet, ministre de l’Agriculture décident le 22 septembre d’actions nationales et locales pour la restauration de l’ours des Pyrénées. Outre une nouvelle cartographie de l’habitat de l’ours qui sera actualisée pour 1989, il est question de cohérence entre les actions des services de l’État (actions réglementaires, interventions financières) qui oeuvrent malheureusement chacun de leur côté. On évoque également la recherche de moyens pour limiter la pénétration routière, des mesures de protection de biotopes à venir, un nourrissage à court et long terme des ours. Au mois de janvier, Jean-Pierre Tane a rédigé une «Contribution au Plan Ours 1988-2000», qui s’achève par l’idée de créer des centres de réacclimatation en milieu naturel qui permettrait l’essaimage des ours. On imagine un site au Pays Basque et en Ariège.

1988. Année de l’ours. Grande exposition "D’Ours en ours" au Muséum national d’histoire naturelle. Le Président de la République, François Mitterrand, et le Premier Ministre, Michel Rocard, affirment la volonté de l’État de protéger l’ours et son milieu. Le 6 octobre, discours de François Mitterrand : «En 1982, j’avais lancé un appel pour la sauvegarde de l’ours ; eh bien ! Je recommence ! (…) À quoi servirait- il de protéger les ours si dans un même moment on détruit leur habitat ? » Il reste 13 ours dans les Pyrénées.

1988. Le 9 décembre, le Tribunal administratif de Pau annule l’autorisation de construire une station de ski de fond (bâtiment, parking, etc.) en lieu et place d’une station plus modeste déjà installée. Encore une fois, la décision de justice intervient trop tard. Le promoteur du nouveau projet est Jean Lassalle. Il est intéressant de noter qu’avant la construction de la station, les élus aspois avaient proposé un échange au Parc national entre les terrains du Somport et de Peyranère, situés en contrebas, et ceux de Narbèze (ces derniers propriétés de la commune de Cette-Eygun et biotope important pour l’ours). Le Parc national refuse la proposition.

1989. Naissance de l’association Artus, en faveur de la sauvegarde de l’ours en France, qui réunit assez vite plus de 13 000 membres. Elle est soutenue vigoureusement par l’entreprise de vente par correspondance «La Maison de Valérie», dont le président directeur général, Jean-Pierre Hourdin, s’implique personnellement dans ce combat.

Dix ours survivent dans les Pyrénées dont un dans les Pyrénées centrales.

Jean Lassalle, conseiller général du canton d’Accous depuis 1982, devient président du Parc national des Pyrénées. Ses vice-présidents sont André Fabre, maire de Laruns, et René Rose, maire de Borce. Création du Comité intervalléen pour la sauvegarde de l’ours et de la faune sauvage dans leur environnement (Haut-Béarn), une association présidée par le maire de Laruns, qui regroupe des élus et d’autres personnes opposés aux réserves, qui s’oppose très vite aux associations. L’Association des amis des ours, créée en vallée d’Aure par Marianne Bernard, sert les intérêts de ce Comité et gère un cul-de-basse-fosse où sont enfermés deux ours.

Par note du 29 mars, transmise aux autres responsables du Parc, aux préfets concernés, au FIEP et au Groupe Ours, le directeur du Parc, Michel Cales milite pour un rôle accru du Parc national vis-à-vis de la protection de l’ours, la nécessité de protéger un vaste territoire pour l’ours, à laquelle répondrait une extension importante de son territoire. Il souligne que l’évolution sensible des comportements dans les vallées d’Aspe et d’Ossau, la pression d’une opinion publique favorable et motivée, l’absence d’échéance électorale locale avant plusieurs années créent un bon climat de travail.

Coup de gueule du Groupe Ours : «Qu’ils crèvent !», devant l’échec du "Plan ours" en raison de blocages administratifs et politiques. Une étude sur le renforcement de la population est commandée par le ministère de l’Environnement.

Campagne nationale des associations de protection de la nature et du Groupe Ours en faveur de territoires protégés.

Le 2 avril, édition d’un document intitulé «Des territoires protégés pour l’ours des Pyrénées» par le FIEP/Groupe Ours Pyrénées, la Société de Protection de la Nature de Midi-Pyrénées et l’ensemble du Groupe Ours, diffusé aux autorités compétentes, les préfets des Pyrénées-Atlantiques, de la Haute-Garonne et de l’Ariège, le secrétaire d’État à l’Environnement et au Premier Ministre. En exergue : «Aucun pays n’a réussi la restauration de l’ours brun sans un territoire protégé, sans une structure territoriale pérenne

Les associations font le constat qu’il n’existe rien en France hormis la zone centrale du Parc, bien étroite et si peu forestière. En Espagne, on compte alors une réserve nationale de chasse, Los Valles en Aragon, et la réserve naturelle de Larra. Pour les Pyrénées occidentales, c’est une grande réserve naturelle couvrant la zone à ours qui a les faveurs des associations. Cette réserve doit s’adosser aux deux réserves espagnoles.

Pour les Pyrénées centrales, si on évoque la création de telles réserves en Ariège occidentale autour du pic de la Calebasse et en Haute Ariège dans le massif de l’Aston, on pousse aussi à la «mise en concordance des réserves de chasse et réserves forestières avec les biotopes potentiels afin qu’entre les principaux noyaux de protection existe un réseau d’espace de tranquillité permettant la circulation des animaux et leur repli éventuel.»

Existent alors :

  • La réserve domaniale du Mont Valier (Ariège) sur environ 9 000 hectares (1937), et une réserve de chasse domaniale sur 8 815 hectares (arrêté ministériel du 27/11/1975). Seule la chasse accompagnée à l’isard est permise.
  • La réserve de chasse domaniale de Luchon (Haute-Garonne) sur 1 038 hectares (arrêté du 27/08/1985) et réserve biologique domaniale dirigée sur 333 hectares (arrêté ministériel du 30/08/1988).
  • Le projet de réserve de chasse domaniale plus une réserve biologique sur le massif de Burat (communes de Cierp-Gaud et de Marignac).

Les associations proposent que chaque création de territoire protégé doive alors faire l’objet d’un «projet simultané de protection et de restauration éventuelle de l’ours dans son milieu et de valorisation économique intégrée de cette "montagne aux ours".»

Notons que la proposition des associations de créer des réserves naturelles était la plus appropriée au regard des textes. Pour la création de telles réserves, sont prises en considération «la préservation d’espèces animales ou végétales et d’habitats en voie de disparition sur tout ou partie du territoire national ou présentant des qualités remarquables ; la reconstitution de populations animales ou végétales ou de leurs habitats

30 mai - 2 juin 1989. Visite de chercheurs soviétiques (Koudatkine et Pajetnov) en Béarn et en Comminges. Rencontre avec des élus à Borce, le conseiller général de Saint-Béat et le maire de Melles. Une plus grande coopération est imaginée, en vain malheureusement. L’écroulement de l’URSS passe par là et peut-être aussi le manque de suivi de la part des Français.

Octobre 1989. Envoi par les associations FIEP et SPNM-P. d’un recours gracieux au Premier Ministre, Michel Rocard, et d’un autre au secrétaire d’État chargé de l’Environnement, Brice Lalonde, qui ne répondent pas à la demande de création de réserves naturelles aux fins de protéger les habitats de l’ours dans les départements des Pyrénées-Atlantiques, de la Haute-Garonne et de l’Ariège.

6 octobre 1989. Publication dans le journal Le Monde d’une page achetée par l’association Artus, intitulée «6 octobre 1988 - 6 octobre 1989. Sinistre anniversaire», qui fait grand bruit au sein des services de l’État. En effet, Artus et le Groupe Ours rappellent l’indifférence de l’État en matière de protection de l’ours, malgré le fameux discours du Président de la République prononcé un an auparavant.

Décembre 1989. Annonce de la création de réserves biologiques domaniales par M. François Letourneux, directeur de la Direction de la Nature et des paysages (DNP) au ministère de l’Environnement. Ces réserves de faible superficie ne sont en rien suffisantes pour protéger les biotopes de l’ours.

Jean-Jacques Annaud vient présenter son film L’Ours en avant première à Pau devant un parterre d’élus, de personnalités associatives et administratives. Le directeur de la DPN remet même ce soir là un chèque de 400 000 francs au maire de Laruns en dédommagement pour une suspension de coupe forestière dans un lieu très sensible pour l’ours. Las, l’évènement ne prend pas [La Cause de l’ours, pages 112-113]

Avril 1990. Dépôt de deux recours devant les Tribunaux administratifs de Pau et de Toulouse contre la décision implicite de rejet du Premier Ministre et du ministre de l’Environnement de créer des réserves naturelles dans les départements des Pyrénées-Atlantiques (hautes vallées d’Aspe et d’Ossau), de la Haute-Garonne (Luchonnais) et de l’Ariège (Forêt domaniale de St-Lary et massif de l’Aston).

C’est le cabinet Huglo-Lepage qui est chargé de cette affaire. La requête déposée à Pau demande que le Conseil d’Etat annule la décision implicite de rejet en question, et, curieusement, la requête déposée à Toulouse fait cette même demande au Tribunal administratif qui n’est pas compétent pour ce faire. Ainsi, sinle TA de Pau a transmis rapidement au CE la requête, il faudra deux ans et demi pour que le TA de Toulouse, le 15 octobre 1992, rende sa décision et transmette la requête au CE, appliquant une règle banale de procédure. Deux ans et demi ont été perdus pour rien…

11 avril. Un groupe de travail, composé d’élus, de la fédération des chasseurs, du FIEP et de l’administration centrale, est mis en place par le ministère afin d’étudier un projet de décret créant dans les Pyrénées-Atlantiques une réserve naturelle et une zone de protection de l’ours sur 60 000 hectares.

Mai. Annonce par la DNP, confirmée par le ministre le 16 août, de la prise d’un arrêté de biotope comme alternative à la création d’une réserve naturelle en Aspe-Ossau.

13 juin. Pleine page dans Le Monde. "Supplique d’Artus à M. Michel Rocard" pour lui rappeler de prendre les mesures nécessaires de protection.

Après d’âpres et longues négociations, le 5 septembre 1990, le secrétaire d’État chargé de l’Environnement, Brice Lalonde, prend un arrêté créant des réserves pour protéger l’ours en période de chasse. Cet arrêté fixant des mesures prises pour prévenir la destruction et favoriser le repeuplement des ours des Pyrénées, prévoit des interdictions de chasse et de circulation de véhicules à moteur.

Le 9 septembre, le tocsin sonne dans les vallées béarnaises. Une manifestation réunit mille personnes sur le plateau du Bénou. Période de violences et de menaces qui visent les défenseurs de l’ours.

Le Comité intervalléen pour la sauvegarde de l’ours et de la faune sauvage dans leur environnement et la Fédération des chasseurs des Pyrénées-Atlantiques déposent un recours au Conseil d’État contre cet arrêté.

Octobre, le syndicat du Haut-Ossau trace sans autorisation une piste forestière en plein coeur du Parc National, à Bious-Artigues.

Les orientations régionales forestières précisent que : «Il faut inciter à la constitution de réserves biologiques. (…) La présence d’une population d’ours bruns constitue un objectif national et européen (…) qui pourrait se caractériser par une population de 50 à 70 ours sur l’ensemble de la chaîne. »

1991. Un ours cause des dégâts importants (130 bêtes tuées dont 63% non gardées) en vallées d’Aspe et d’Ossau. Grave crise locale. Le nourrissage entamé deux ans plus tôt par l’ONC, et qui s’était heurté à de fortes oppositions dans les rangs associatifs, est arrêté. Certains éleveurs et responsables politiques accusent l’administration d’avoir donné aux ours le goût de la viande.

1992. Juin, l’ours familier est identifié génétiquement : c’est une femelle pyrénéenne. Juillet, cette ourse est capturée au lacet d’acier par les agents de l’Office national de la chasse, mais finit par s’échapper. Des rumeurs disent qu’elle aurait été tuée par des chasseurs de la vallée d’Ossau. Quoi qu’il en soit elle "disparaît" quelques mois plus tard pour le réseau de suivi de l’ours. Il ne subsiste plus que deux femelles.

Création de l’Association de développement économique et touristique (ADET), par quatre communes de Haute-Garonne, Melles, Boutx, Arlos et Fos, qui se regroupent autour de la sauvegarde de l’ours, de la valorisation de son image et d’un développement local.

Le Parc national perd son diplôme devant le non-respect des recommandations de 1981 et 1986. Depuis l’instauration de ce diplôme, c’est la première fois qu’un tel évènement s’est produit.

1992. Artus finance une étude sur la faisabilité d’un renforcement d’ours brun dans les Pyrénées centrales.

1993. 20 juin. Michel Barnier signe à Melles avec les quatre communes de l’ADET une charte visant «à titre expérimental» un accroissement de la population ursine par une «réintroduction d’au moins trois ours».

Le 16 août, Michel Barnier déclare au journal Libération : «Nous allons réintroduire une quarantaine d’ours dans les prochains mois.»

Le 11 octobre, le ministère de l’Environnement, dans un communiqué rappelle qu’il appliquera désormais la méthode du «contrat plutôt que celle de la contrainte» et annonce l’abrogation de l’arrêté dit Lalonde, soit disant juridiquement contesté et techniquement inapplicable.

Le 14 octobre, Artus réplique : «Un contrat est toujours contraignant car il précise les droits et les devoirs des uns et des autres» et s’interroge : «Sauver l’ours et son milieu serait il un exercice trop ambitieux pour l’Etat français ? Aurait-il peur d’user de son autorité ?»

Le 9 décembre, Michel Barnier abroge l’arrêté de Brice Lalonde ayant créé des réserves destinées à protéger l’ours.

Janvier 1994. Les associations régionales et nationales de protection de la nature assistent impuissantes et de loin aux discussions autour d’une future Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours. Plusieurs d’entre elles dénoncent «une charte féodale», comme Nature Midi Pyrénées.

Dans une lettre adressée au cabinet du ministère de l’Environnement le 14 janvier, François Moutou s’inquiète de la démarche en cours pour un élément aussi important de notre patrimoine national et culturel. Son courrier s’achève ainsi : «(…) Dans notre société, la biologie est une discipline qui s’enseigne et qui s’apprend. Etudier les espèces animales correspond à une certaine spécialisation. Il existe comme partout des autodidactes. A la lecture de ce projet, les élus et les valléens sont tous de bons autodidactes sur les domaines touchant à l’économie, l’élevage et l’écologie des ours dans les montagnes pyrénéennes. Etait-il donc utile de réunir tant de réunions de scientifiques depuis 1984, d’appeler des experts étrangers pour en arriver là ? Si le choix est de sacrifier les ours, il faut le courage des mots et des décisions. Tous les prétextes ici énoncés sont de mauvais prétextes

26 janvier 1994. Le Conseil national de protection de la nature, qui n’a pas été consulté avant l’approbation de la Charte, émet une motion à l’unanimité moins une abstention. Il affirme notamment que «seule une politique vigoureuse de protection et de reconstitution des milieux naturels favorables d’une part, de renforcement des populations et de réintroduction d’autre part peut permettre une inversion des tendances actuelles

31 janvier 1994. Signature à Pau, au Parlement de Navarre, de la Charte de développement durable des vallées béarnaises et de protection de l’ours. Une manifestation ne rassemble même pas dix personnes ! Naissance de l’Institution Patrimoniale du Haut Béarn sous le patronage de Michel Barnier et de François Bayrou qui claironnent : «Le contrat plutôt que la contrainte.» Jean Lassalle est pressenti pour présider le Syndicat mixte qui sera l’organe décisionnaire, auquel est adossé un organe consultatif, le Conseil de gestion patrimoniale. Si les associations de protection de la nature sont exclues de la phase d’élaboration, elles sont appelées à participer au Conseil de gestion patrimoniale. La
SEPANSO-Béarn, d’abord réticente, finit par accepter sa participation. Une majorité a suivi les conseils du président du FIEP Seuls quelques uns, conscients de l’extrême nuisibilité de Jean Lassalle qu’ils combattent sur le terrain, refusent d’intégrer l’IPHB. Ils demanderont à plusieurs reprises au conseil d’administration de voter le retrait de l’association devant la duplicité des responsables du syndicat mixte et de Jean Lassalle en particulier. Une majorité décidera de continuer l’expérience. C’est ainsi que commence un grand jeu de communication dirigée, une longue palabre de dix années et la dépense de plus de 75 millions de francs, au profit quasi exclusif du pastoralisme.

Le père spirituel de l’IPHB, Henri Ollagnon, aurait déclaré que cette création pourrait permettre de connaître une population de 70 à 90 ours d’ici 25 ans !

Novembre 1994. Une ourse, une des deux dernières de la souche pyrénéenne, appelée "Claude", est abattue sur les hauteurs de Borce, en plein coeur d’une ancienne réserve Lalonde ! On ne l’apprendra que deux ans plus tard, après dénonciation des auteurs.

Le FIEP, soutenu par le WWF crée un Observatoire de la zone à ours qui a pour buts de surveiller la qualité de l’habitat, d’observer la mise en place de la signalétique de la réglementation des pistes en zone à ours, vérifier le respect de cette réglementation, expertiser la gestion proposée par l’IPHB et médiatiser en cas d’atteintes graves à l’habitat de l’ours. Il publie un rapport «L’ours brun et son habitat, Situation et état des connaissances», rédigé par Laurent Nédelec et dirigé par Gérard Caussimont.

Avril 1995. Le cabinet d’études parisien AScA, en collaboration avec le chercheur américain Christopher Servheen débute un audit sur l’ours brun commandé par l’IPHB. Coût pour la collectivité : 960 000 francs.

Le 26 mai 1995. Epilogue du content ieux des associations contre l’État. Le Conseil d’État rend son arrêt et rejette la demande des associations. Les motifs de rejet sont les suivants : aucune disposition ne régit l’institution des réserves biologiques, créées dans le cadre d’une convention passée entre l’Etat et l’Office national des forêts (ONF), le Premier Ministre n’a donc pas commis d’excès de pouvoir ; le même Premier Ministre n’est pas compétent pour créer des arrêtés de biotope qui ne peuvent l’être que par les préfets ; et enfin concernant le classement en réserve naturelle, le CE rappelle la liberté de choix du gouvernement entre les divers modes de protection, et juge que le Premier ministre pouvait, sans erreur manifeste d’appréciation, estimer que les mesures de protection déjà prises sur le fondement de la police de la chasse et du code rural ne rendaient pas nécessaires la création d’une réserve naturelle.

Dans sa note sous l’arrêt du Conseil d’État, «Le droit bute sur l’ours» [Revue Juridique de l’Environnement, n°4, 1996.], Viviane Levy-Bruhl fait ce commentaire : «Le premier constat que l’on peut faire, c’est donc que la protection de l’habitat d’une espèce reste largement tributaire du bon vouloir des autorités administratives.» Le juriste Philippe Landelle remarque de son côté que le Conseil d’État légitime l’inaction de l’Administration, alors qu’elle a curieusement démontré quelques mois plus tard, par la création des réserves dites Lalonde, la nécessité de protéger les habitats de l’ours… [Aspects juridiques de la conservation de l’ours brun en France, Pulim, 2002, page 55.]

Le même jour, 26 mai 1995, le Conseil d’Etat rend son arrêt relatif à l’arrêté de Brice Lalonde. L’arrêté est validé, sauf en ce qui concerne les dispositions relatives à la circulation des véhicules à moteur. La décision du Conseil d’État n’a cependant qu’une valeur très relative, puisque l’arrêté du 5 septembre 1990 a été abrogé le 9 décembre 1993…

Mars 1996. Le cabinet AScA remet son rapport de phase 1, «Etat des lieux de la population ursine et de son habitat dans le Haut-Béarn. Stratégies de conservation et de renforcement éventuel.» Devant le refus de l’IPHB de le valider formellement, le cabinet n’engage pas la seconde phase de l’étude.

19 mai et 9 juin 1996. Deux ourses d’origine slovène ("Mellba", "Ziva") sont capturées dans la réserve de Medved puis réintroduites dans les Pyrénées centrales avec le soutien de l’association Artus et l’Association de développement économique et touristique (ADET) présidée par le maire de Melles, André Rigoni.

19 décembre 1996. Le syndicat mixte du Haut-Béarn adopte un pacte d’objectifs préalable à un éventuel renforcement d’ours en Béarn.

1997. Printemps, un ours d’origine slovène, baptisé "Pyros", est lâché dans les Pyrénées centrales. Naissance de jeunes chez les ourses réintroduites : 5 oursons au total. Les lâchers de 1996 et 1997 s’effectuent dans un climat serein.

19 juin 1997. Nouvelle délibération à l’IPHB au sujet d’un renforcement.

27 septembre 1997. Abattage de l’ourse "Mellba" par un jeune chasseur sur la commune de Bézins-Garaux (Haute-Garonne). Le juge d’instruction rend une ordonnance de non- lieu. Malgré bien des rumeurs sur le prétendu suicide du chasseur, ce dernier est toujours vivant.

1998. La décision de l’IPHB de réintroduire deux ourses en Haut Béarn est reportée sine die. Jean Lassalle prétexte de la mauvaise volonté de Dominique Voynet, alors ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Ecologie, pour différer cet engagement.

Janvier 1999. André Apiou (celui qui guidait André Couturier dans les années 50) et Serge Cédet sont condamnés par le Tribunal de grande instance pour l’abattage de l’ourse "Claude" au mois de novembre 1994 sur la commune de Borce. Ils se voient interdits de chasser pour une période de 5 ans (le maximum légal), écopent solidairement d’environ 100 000 francs d’amendes, de dommages intérêts et de remboursements des frais d’avocats des parties civiles.

En décembre 1998, la salle d’audience était pleine de personnes venues soutenir les braconniers, dont Jean Lassalle, la quasi-totalité des maires de la vallée d’Aspe et Didier Hervé, directeur de l’IPHB. Outre les avocats, cinq personnes seulement représentent la défense de l’ours, car aucune consigne n’a été donnée par les associations. Cette affaire n’entraîne aucune prise de conscience dans l’opinion, alors que l’ourse "Claude" était l’avant dernière femelle de souche pyrénéenne. Les associations de protection de la nature, manifestement piégées, anesthésiées par leur participation à l‘IPHB, sont incapables de tirer les conséquences de cette lamentable histoire.

2000. Augustin Bonrepaux, député et homme fort de l’Ariège, présente un amendement devant l’Assemblée nationale, ayant pour but la capture des ours réintroduits.

27 mai. Une "Marche pour l’ours" rassemble plus de 1 000 personnes dans les rues de Saint-Gaudens. Le 20 juillet, le Conseil constitutionnel censure l’amendement "Bonrepaux". Création de la Coordination associative pyrénéenne pour l’ours, dite CAP-Ours, qui rassemble trente associations de bergers, d’éleveurs, d’apiculteurs, de comités d’habitants, de professionnels du tourisme, ainsi que des associations de développement économique durable, de protection et d’éducation à la nature.

2001. L’ours "Néré", né de l’ourse "Živa" (Giva), s’installe en Béarn. La Commission européenne refuse le versement de 4,8 millions de francs du Life Grande Faune Pyrénéenne en raison des désignations très insuffisantes de sites Natura 2000 pour l’ours.

2002. Déclarations du ministre de l’Écologie et du développement durable, Roselyne Bachelot. Le renforcement n’est pas à l’ordre du jour.

2004. On apprend au mois de juillet que "Cannelle", la dernière femelle de lignée pyrénéenne a donné naissance à un ourson. À l’IPHB, on compte les ours et bien des membres du réseau Ours, dont des naturalistes, sont chargés de ramasser des poils sur les couches diurnes des ours. Certains refusent en raison du dérangement ainsi occasionné en période cruciale pour l’animal.

Le 1er novembre 2004, réveil très brutal. L’ourse "Cannelle" est abattue sur les hauteurs de Urdos. Après bien des difficultés internes, une manifestation rassemble près de 2 000 personnes dans les rues d’Oloron-Sainte-Marie le 28 novembre, constituant le plus gros rassemblement en défense de l’ours après celui de Saint-Gaudens en mai 2000.

Il ne reste plus que deux ours autochtones et le petit de "Cannelle", baptisé "Cannelito" ou "Mohican".

Janvier 2005. Le FIEP quitte le conseil de gestion patrimoniale de l’IPHB. La SEPANSO-Béarn, elle, a déjà quitté cette Institution deux ans auparavant. Ses représentants se sont épuisés en réunions fleuves qui s’achevaient très tard dans la nuit (d’autres membres partaient, certains dormaient !) sans jamais déboucher sur des mesures sérieuses, notamment de renforcement de la population d’ours malgré les délibérations de 1996 et 1997.

Février 2005. Le ministre de l’Écologie et du développement durable, Serge Lepeltier, annonce un renforcement avec pour objectif un doublement de la population à l’horizon 2008.

Juillet 2005. Le renforcement est reporté au printemps 2006.

Mars 2006. Un Plan de restauration et de conservation de l’ours brun dans les Pyrénées françaises, 2006-2009 est présenté par Nelly Olin, ministre de l’Écologie et du développement durable.

Printemps et été 2006. Cinq ours d’origine slovène, dont 4 femelles, sont lâchés dans les Pyrénées, dans un climat rendu très difficile par des groupes d’éleveurs et divers élus. Le gouvernement central espagnol soutient le renforcement effectué.

Août 2007. L’ourse "Franska", lâchée en 2006, est tuée par un véhicule sur la route à quatre voies entre Lourdes et Argelès-Gazost. Cette ourse a fait l’objet de traques et de battues d’effarouchement par les opposants radicaux à l’ours, dès le lendemain de son lâcher.

FERUS a déposé deux plaintes en 2006 et 2007 devant le Procureur de la République de Tarbes pour perturbation intentionnelle d’une espèce protégée. Aucune suite sérieuse n’a été donnée. (NDLB: Les plaintes seront classées sans suite en octobre 2008). L’ours est malheureusement très mal protégé légalement en France.

2008. On évalue la population d’ours entre 17 et 23 individus. Deux des ourses relâchées en 2006 sont mortes. Une des deux autres a donné naissance à deux femelles au début de l’année 2007.

Mars 2008. Procès du chasseur René Marquèze qui a tué l’ourse "Cannelle". Il est relaxé par le Tribunal correctionnel de Pau le 21 avril 2008.

Au terme d’un tel historique, il est bien difficile de ne pas souscrire à la réflexion de Claude Dendaletche émise en 1993 : «En dépit de toutes les expertises, de l’accumulation d’études spécialisées à ce jour, aucune décision claire n’a été prise, aucune politique de la protection de l’ours n’a vraiment été mise en oeuvre. Quelques textes synthétiques ont été écrits mais très vite, les divers services administratifs se sont bagarrés à leur propos et rien n’en est sorti. Le service administratif français centralisé ou décentralisé est-il marqué du sceau de l’impuissance ? [La Cause de l’ours, page 82]»

L’expérience de la délégation de la protection de l’ours à des autorités locales, qui peut se révéler une excellente chose en fonction des contextes, a été un échec cuisant parce qu’aucun contrat ne peut être conclu sans obligations, c’est-à-dire sans contraintes. L’État a trouvé là le moyen de se débarrasser d’une "patate chaude" qu’il faudra bien récupérer le plus tôt possible.

La protection de l’ours peut et doit être pour les Pyrénéens une grande aventure qui signera une nouvelle relation culturelle avec cet animal incontournable du panthéon montagnard.

Complément apporté à ce document par la Buvette

Mai 2008 : Symposium Live Coex 2008 à Luchon. L'ADET demande à l’Etat de lâcher 1 ou 2 ours par an de manière à faire remonter l’effectif.

La secrétaire d’État Nathalie Kosciusko-Morizet annonce la création de deux missions : l’une devant réaliser une évaluation à mi-parcours du plan 2006-2009 de restauration de l’ours brun dans le massif pyrénéen et l’évaluation préliminaire du plan 2007-2013 de soutien à l’économie montagnarde, l’autre devant comparer les situations rencontrées dans divers pays afin de proposer une meilleure cohabitation entre les activités humaines et les ours.

Juin 2008 : Après deux ans d'absence, l'Etat siège à nouveau à l'IPHB.

Nathalie Kosciusko-Morizet annonce la création du Groupe National Ours, le groupe où l'Etat va travailler à mettre un terme à la «guerre de l’ours» dans les Pyrénées.

Août 2008 : L'équipe technique ours espagnole annonce l'observation d'une ourse et de 2 oursons dans les Pyrénées catalanes espagnoles !

Le 16 août, l'ours Boutxy "percute" un minibus avant de s'enfuir. «Si je freinais d'un seul coup et que l'ours était énervé, on risquait notre peau.» déclare le conducteur. Le FIEP demande des passages pour la faune.

Le 19 août : Carla Bruni-Sarkosy réitère son attention sur l'avenir du plantigrade et son soutien à l'ours.

07 septembre : Un chasseur effectue un tire "d''instinct" sans identification  et blesse l'ours Balou qui est suivi par l'Equipe Technique Ours. AVES et FERUS porte plainte.

Octobre 2008 : Les plaintes déposées par des Associations de défense de l'environnement contre les organisateurs des traques de l'ourse Franska et contre le tireur qui a blessé l'ours Balou sont classées sans suite.

La première réunion du GNO prévue pour septembre n'a toujours pas été annoncée.

Extrait du "Rapport historique et prospectif sur la protection de l'ours dans les Pyrénées" de Stéphane Carbonnaux. Rapport commandé par FERUS.

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