Rencontres entre éleveurs, bergers italiens et pyrénéens

Rencontres entre éleveurs, bergers italiens et pyrénéensDu lundi 26 novembre au jeudi 29 novembre 2007 des éleveurs pyrénéens et des animateurs chiens de protection de la Pastorale Pyrénéenne se sont rendus en Italie dans le Parc National des Abruzzes. Ce séjour a été financé par le programme Life Coex. La participation des éleveurs pyrénéens s’est organisée à partir du volontariat.

Bergers des Abruzzes et pyrénéens. Photo : Olivier SALVADOR

Ce séjour a permis de rencontrer des éleveurs italiens confrontés à la présence de l’Ours et du Loup ainsi que les services scientifiques du Parc National des Abruzzes. Les échanges riches et nombreux nous ont permis de mieux appréhender la situation de l’élevage de montagne, les conditions de la cohabitation avec les grands carnivores.

Le contexte économique de l’élevage ovin en montagne est là-bas aussi très difficile. Une crise structurelle profonde engendre des mutations profondes : baisse des prix, disparition des abattoirs, normes européennes changeantes et toujours plus contraignantes. Aussi, depuis plus de vingt ans le nombre d’exploitations ovines diminue. De nombreuses reconversions ont lieu vers l’élevage bovin moins contraignant et plus rentable, et également vers des activités d’éco-tourisme (gîte, camping, hôtel, artisanat…). L’activité touristique est devenue le moteur économique de cette zone montagnarde à deux heures de route de Rome. Seuls des éleveurs pratiquant la vente directe, les labels bio semblent réussir à assurer la pérennité de leurs exploitations.

Dans la région du Parc National des Abruzzes, l’Ours et le Loup sont intégrés dans les pratiques pastorales et acceptés par les éleveurs. Pourtant les aides allouées par l’Etat pour faire face à cette contrainte sont réduites et se limitent à l’indemnisation des dégâts. Il n’existe pas de plan d’accompagnement au pastoralisme lié à la contrainte des prédateurs sauvages. En fait, les systèmes de protection pour réduire la vulnérabilité à la prédation sont inscrits dans la culture pastorale…

Pour l’élevage ovin, le système de protection repose sur le gardiennage, la conduite des troupeaux et l’utilisation de nombreux chiens de protection (Matin et Maremma des Abruzzes).

Le nombre de chiens de protection se situe autour d’une proportion d’un chien pour 60 brebis. Pour les bovins la vulnérabilité vis à vis de la prédation se situe au moment de la période de vêlage lors des quinze premiers jours. Pour y remédier les troupeaux sont regroupés pour permettre aux mères de défendre collectivement les petits. Apparemment les chiens de protection ne sont pas utilisés pour protéger les troupeaux bovins.

Pour les éleveurs des Abruzzes la principale difficulté à leur activité est le contexte économique difficile et la forte densité de Cerf élaphe. L’acceptation des grands prédateurs y est surprenante pour nous pyrénéen. Les éleveurs italiens les considèrent comme des habitants légitimes de la montagne.

Comme eux sur le même territoire ils semblent résister à un environnement parfois hostile. Il semblerait surtout au vu de nos observations que la présence continue de ces animaux, leur protection dès 1923 pour l’Ours brun, ait engendré une habitude «de vivre ensemble». La politique presque jusque boutiste de l’Etat français à vouloir exterminer ces animaux pourrait avoir généré une culture de destruction bien inscrite dans la population montagnarde et pastorale. L’évolution des mentalités semble être le domaine le plus lent dans les sociétés humaines…

Aussi, ce type de voyage est une chance. Il permet justement de confronter des mentalités différentes façonnées par une histoire personnelle et sociétale autre. Cette richesse dans les échanges met nos modes de pensées dans un contexte plus large. Nous pensons qu’il serait nécessaire de poursuivre ce type d’échanges, de rencontres. Nous aimerions reconduire cette expérience avec d’autres éleveurs. La période du mois de septembre nous semble la plus adaptée au niveau des disponibilités des éleveurs.

Pour être acceptée et protégée par les habitants d’un territoire, la biodiversité dans son ensemble doit devenir une ressource économique directe ou indirecte. La seule dimension éthique (respect de toute forme de vie) et écologique (équilibre des écosystèmes) ne suffit pas à permettre l’acceptation sociale d’espèces sauvages présentant des contraintes. Un grand champ de travail, d’écoute et de collaboration entres éleveurs, politiques, environnementalistes, biologistes, et économistes devrait s’ouvrir pour parvenir à résoudre l’équation de l’activité économique et de la préservation de la biodiversité.

Olivier Salvador
La Pastorale Pyrénéenne

La lettre de la Pastoral Pyrénéenne - juin 2008 - N° 0

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