Manu Fouilleul a rencontré l'ours des Pyrénées deux fois, à 14 ans d’intervalle

par Manu Fouilleul

Sahusset, petit hameau isolé du Haut Salat. «Désservi» par un sentier de 2,8 km, altitude 800m, orientation sud-est, habitant permanent : 1. C'est donc lui qui témoigne...

Première rencontre avec Martin

Ma première rencontre avec l'ours a eu lieu en Mars 1994 dans le Bearn en vallée d’Aspe, au col de Bouezou où je résidais, encore une fois isolé. le col est situé en lisière de la forêt d’Issaux à onze kilomètres d’Osse en Aspe, à 1000 mètres. Cette habitation est isolée du col, il n’y a pas d’eau courante et la fontaine se trouve à 150 m de la maison, on y accède par un chemin de terre. Un matin de mars me voilà donc parti chercher de l’eau avec deux jerrycans.

A ma droite un pré en pente montant vers la hêtraie située à environ 100 mètres. Dans ce pré, en ce début de mars, quelques grosses plaques de neige sont présentes.

Cinquante mètres après avoir quitté la maison je perçois à ma droite une forme qui se déplace vers moi. Cette forme vient de quitter la lisière du bois. Pensant à du gibier, il s’avère que c’est un ours dévalant la pente. Je me rends vite compte qu’il n’arrive pas sur moi volontairement mais que ceci n’est que le fruit du hasard. Dès la première roulade dans la neige je me rends compte qu’il n’a pas du tout détecté ma présence. Ce matin là il fait très froid, le vent contre moi et en ce début de sortie d’hibernation celui-ci m’a l’air un peu «emprunté» dans sa course et certainement les sens encore au ralenti. Sachant qu’il a une très bonne vue nocturne mais une vue diurne mauvaise mais assez sensible pour détecter le moindre mouvement je décide de rester sur place plutôt que de retourner à mon habitation pourtant située à quelque 50 mètres.

Ne voulant pas être une proie potentielle je décide de me signaler, tout en parlant doucement (non je ne suis pas l’homme qui parle aux oreilles des ours), en tapant seulement deux fois les jerrycans l’un contre l’autre.

Après m’avoir détecté à une cinquantaine de mètres, il s’est approché à une vingtaine de manière à capter mon odeur. Il ne s’est pas mis debout mais a posé son postérieur dans la neige et a levé les pattes antérieures. Une fois assis il a levé son nez pour m’éventer. Je continuais à parler pendant ces instants, les jerrycans posés à terre. Il s’est alors remis sur ses quatre pattes et a traversé perpendiculairement à moi le chemin sans me quitter du regard et sans me tourner le dos, tout en marchant.

Quarante mètres plus loin il s’est mis à courir pour disparaître rapidement derrière un tertre. J’estime son poids autour de 180/200 kg. A l’époque on a pensé à l’ours Papillon alors âgé d’environ 18 ans.

Rencontre avec un ours sur le dos

En quatorze ans, je ne l'avais vu qu'une seule fois. Voici l'histoire de ma deuxième rencontre de près avec l’ours.

SahussetPhoto : Vue du hameau de Sahusset. Photo Bern Thimonier

31 juillet 2008 - Je suis de retour du travail vers le hameau de Sahusset. Il est 23h30 et en ce début de montée je remarque la faiblesse des piles de ma frontale. Cette montée se fera avec un faisceau très faible mais suffisant pour éclairer une dizaine de mètres devant moi. 25 minutes plus tard je suis à 200 m du hameau, après quelques rencontres avec les sangliers, blaireaux et renards. Je suis à cet instant à la sortie d’un tournant, en sous-bois (hêtres, noisetiers, buis), lorsque j’entends des mouvements de panique et un grognement sous une haie de buis en bordure du sentier, environ à 8 mètres de moi sur ma droite côté pente montante (à ma gauche la pente descend vers la Salat 200m plus bas).

Ayant la pensée ailleurs, c’est la surprise d’entendre ce vacarme si proche. Je pense aussitôt à la présence d’une laie. Je me suis arrêté et ma frontale éclaire suffisamment le buis. Je suis sur le côté de la haie et je distingue le devant (côté sentier) et l’arrière de celle-ci. Je vois très bien une masse sombre empêtrée sous les branches, sur le dos, puis sur le flanc essayant de se mettre sur ses quatre pattes. A sa gauche la haie le gène et lui résiste. Paniqué il lui faudra deux tentatives pour qu’il se «dépêtre» des branches et du creux dans lequel il se trouve, avant d’être en position pour fuir côté pente montante situé à sa droite.

Durant ces deux tentatives, il retombait sur le flanc, cela a duré une vingtaine de secondes et m’a permis d’observer non pas une laie mais un ours, un individu d’un poids évalué à 100 kg. Il n’a pas cherché l’affrontement mais à fuir.

De mon côté, j’ai observé et n’ai pas bougé. Par la suite je me souvins que le grognement et les mouvements de panique sont intervenus lorsqu’à huit mètres de la haie mon bâton me servant à monter a heurté une caillasse alors que ma montée se faisait «sans bruit». La haie de buis se trouve juste après un tournant. Ma frontale est faible. Ayant une bonne vue nocturne comment a-t-il perçu cette lumière ? (les sangliers, blaireaux … ne réagissent pas trop à la lumière). J’ai l’impression qu’il était sur le dos en train de s’amuser avec les branches et que le bruit du bâton avec la pierre l’a «réveillé», fait paniquer. De part l’estimation de son poids, est-ce un jeune, ce qui expliquerait ce manque de vigilance ? Il y a quelques années (de 2003 à 2005), en octobre, un ours, (Caramelles?) venait chiper quelques pommes à Sahusset.

«Manu» Fouilleul

Ce texte a ét écrit suite à la mauvaise rencontre qu'a fait Hvala. Manu Fouilleul désire témoigner de ses contacts pacifiques avec l’ours. Il a aussi des anecdotes à raconter avec les loups...

Merci à D.B. pour l'envoi de ce texte.

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