Pyrénées magazine dresse le bilan du Parc National des Pyrénées

Pyrénées magazine, dans son numéro de nov-déc 2008 aborde la fièvre catarrhale ovine "Le pire aurait pu être évité" et les évènements autour de l'ours des Pyrénées "Deux ours blessés cet été" mais aussi aborde "le bilan favorable" du Parc National des Pyrénées.

Réussites et échecs jalonnent plus de quarante années de gestion de la faune dans le parc national des Pyrénées. Petit bilan non exhaustif.

"Préserver la biodiversité, les paysages et les sites", telle est la mission principale affichée par le parc national des Pyrénées (PNP) aujourd'hui. Mais lors de sa création, en 1967, le mot "biodiversité" n'existait pas encore, et les mesures de conservation et de protection de la nature visaient en priorité à sauver deux espèces emblématiques: l'ours et l'isard.

L'isard

Plus de 6 500 isards ont été dénombrés, faisant ainsi de cette espèce animale la plus importante du parc national des Pyrénées.

À l'époque, la situation des isards était préoccupante, on en dénombrait à peine mille trois cents sur toute la zone centrale. Trente-cinq ans plus tard, en 2002, la population atteint un pic de six mille cinq cents. Aujourd'hui, on les estime à cinq mille huit cents. Cette légère baisse s'explique par les derniers épisodes de kératoconjonctivite (une maladie qui attaque les yeux).

Pour Christian Arthur, chargé de mission faune pour le parc, "ces chiffres témoignent d'une bonne gestion sur le long terme, la maladie intervenant ponctuellement comme régulatrice sur des cycles naturels". Ce qui n'empêche pas certaines voix de s'élever dans les vallées, pestant contre ces fortes densités qui seraient propices à de grosses hécatombes et prônant la régulation par la chasse.

L’ours

En 1967 il y avait trente ours, aujourd'hui trois !

Quant à l'ours, une trentaine de plantigrades occupaient le territoire du parc en 1967, et il n'en reste aujourd'hui que trois. Christian Ringeval, garde moniteur au parc de 1968 à 2003, explique: "C'est un échec total. On peut se décharger suries autres, mais le problème principal reste qu'il n'a jamais été accepté par les gens des vallées. J'estime aujourd'hui qu'au moins dix ours ont été abattus sans qu'on ne le sache depuis 1967." La gestion de l'ours s'est avérée d'autant plus difficile que la très grande majorité de son territoire se situe en zone périphérique du PNP, et non dans la zone centrale, donc, sur un espace où le parc a très peu de pouvoir réglementaire.

Les oiseaux

Espèce menacée, le grand tétras est en diminution sur l'ensemble de la chaîne. On ne compte dans le parc que douze couples de gypaètes barbus, alors que le vautour fauve est bien présent, avec trois cent vingt couples.

Le grand tétras et le lagopède alpin

Autre espèce emblématique des Pyrénées et de la chasse: le grand tétras, galliforme, en forte régression sur nos massifs. La diminution de la population concerne presque l'ensemble de la chaîne, mais le parc n'a pas de meilleurs résultats qu'ailleurs. Les causes sont multiples; on peut citer, entre autres, les collisions sur câbles, les dérangements occasionnés par les pistes carrossables, la chasse et la surfréquentation hivernale. "On aurait dû mieux anticiper l'essor de la raquette et du ski de randonnée", concède ainsi Christian Arthur. Ces deux pratiques seraient également responsables, selon lui, de la baisse de l'aire de répartition d'un autre tétraonidé, le lagopède alpin.

Rapaces

En guise de bilan, il faut également signaler les augmentations significatives de grands rapaces, et notamment de gypaètes barbus et d'aigles royaux. Ces derniers ayant bénéficié des lâchers de marmottes et de l'augmentation de la population d'isards.

Le vautour fauve est aussi en forte progression ; il devient d'ailleurs l'objet d'un nouvel enjeu de gestion, vu l'évolution de son comportement vis-à-¬vis du cheptel domestique.

Le bouquetin des Pyrénées

Autre échec, mais moins retentissant, la réintroduction du bouquetin. Absent dans les Pyrénées françaises depuis le début du XXe siècle, le dernier bouquetin des Pyrénées s'est éteint, dans le parc espagnol d'Ordesa, en 2000. Plusieurs projets ont échoué depuis la création du parc, dont un insolite échange (rapporté par Christian Ringeval), qui consistait, dans les années 1970 à troquer des truites contre des bouquetin. D'autres projets ont avorté dans les années 1990, et une nouvelle tentative est actuellement en cours.

Le parc s'attache également, depuis les années 1990, à suivre de nouvelles espèces moins populaires, comme les chauves-souris, les reptiles, les amphibiens, les papillons ou les libellules. Le but est d'acquérir une assise scientifique plus large et de devenir de véritables laboratoires de la biodiversité.

Voran Jolivet

Le nouveau décret en bref

Le Parc National des Pyrénées Occidentales deviendra officiellement le Parc National des Pyrénées. La zone centrale sera nommée "zone cœur" et la zone périphérique se transformera en "aire optimale d'adhésion".

Le décret prévoit deux nouvelles interdictions dans la zone cœur: l'utilisation de produits toxiques et les éclairages artificiels, mais "ces interdictions n'auront aucun impact pour les Pyrénées", affirme le directeur adjoint Philippe Ospital. Le changement qui fait le plus débat concerne les autorisations de circulation sur les pistes à l'intérieur de la zone cœur. Les maires délivraient jusqu'à présent ces dérogations, mais la loi d'avril 2006 transfère ce pouvoir au directeur du parc, ce qui a fortement irrité certains élus, provoquant une grande vague de protestation dans les vallées d'Aspe et d'Ossau. Le conseil d'administration évolue avec 24 administrateurs sur 50 (contre 20 à présent) issus des collectivités locales.

La fronde béarnaise

Le nouveau décret a suscité de vives réactions: "On ne veut plus de ces intrus administratifs sur nos territoires, s'emporte Jean Baylaucq, maire de Bielle. "On n'a rien à faire de ces citadins qui viennent nous commander. Ils ne pensent qu'à leur carrière. J'ai voté pour le parc en 1967, et c'est la plus grande erreur de ma vie." Pour lui, l'affaire est entendue, sa commune ne signera pas la charte et ils sortiront du parc en 2011. Plus mesuré, Augustin Medevielle, maire d'Aste-Béon, ajoute: "Tout n'est pas à jeter, dans le parc. Mais, globalement, je trouve qu'on n'est pas assez consultés, impliqués et entendus. Les décisions sont prises par des gens d'en haut, qui pensent sûrement bien faire, mais ne connaissent pas le terrain."

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