Henri Nayrou : "La montagne a un rôle à jouer"

Henri Nayrou, député de l’Ariège, vient d’être élu président de l’Association nationale des élus de montagne (ANEM). Interview par J.P. Bobin (Pyrénées-magazine)

La montagne incarne encore des vraies valeurs inexistantes en ville

Pyrénées Magazine: Pyrénées Magazine fête ses vingt ans en 2009. Qu'est ce qui a changé pour la montagne en vingt ans ?
Henri Nayrou : En 1985, la loi montagne répondait à un besoin d'ordre, vingt-cinq ans plus tard, il y a un nouvel ordre montagnard à mettre en place. Nous n'avons pas su saisir l'opportunité des vingt ans de cette loi pour la revisiter. La montagne a subi de grandes mutations, parfois contradictoires. Elle n'a jamais été aussi fréquentée, mais entre le vendredi soir et le dimanche soir, et du 14 juillet au 15 août; et elle n'a jamais été aussi désertifiée le reste du temps. Sur cette période, on a surtout vu se développer deux sentiments antinomiques. Ceux qui vivent en montagne veulent qu'elle demeure, malgré toutes les difficultés, un territoire de développement; d'autres, notamment les urbains, souhaiteraient qu'elle reste un territoire figé, une cour de récréation, une réserve de chlorophylle et d'oxygène.

P. M.: Est-elle encore un territoire de développement ?
Henri Nayrou : Je le crois. Rien que le poids économique des sports d'hiver représente six milliards d'euros. Ce développement repose sur un triptyque: emploi, services et, notamment, les services publics, et logement. La montagne, avec ses particularités naturelles, sa rudesse, exige qu'il y ait une vraie communauté sociale. Elle incarne encore de vraies valeurs que l'on ne retrouve plus en ville. Je ne crois pas aux oppositions mais bien plutôt aux vertus d'un partenariat entre la ville et la montagne.

P. M.: Dans les Pyrénées, l'avenir des sports d'hiver n'est pas serein; d'une part. il y a les effets du réchauffement climatique, d'autre part, la question polémique entre neige de culture et respect de l'environnement.
Henri Nayrou : Je suis président de la station de Guzet, en Ariège, qui est une jolie station de moyenne altitude, et qui a attiré entre deux mille cinq cents et trois mille lits, avec des chalets perdus dans la forêt. Et s'il est vrai qu'il y a eu deux dernières mauvaises années, à l'inverse, en 2005-2006, nous avons fait sauter tous les records. On ne peut pas dire qu'il n'y a plus de neige; l'an dernier, nous en avons eu, mais pas toujours au bon moment, c'est-à-dire pendant les vacances. Les aléas climatiques, nous les connaissons depuis toujours. Il faut anticiper tout cela.

P. M.: La montagne peut-elle exister en dehors de l'hiver ?
Henri Nayrou : Économiquement, il n'existe pas d'activité aussi porteuse que les sports d'hiver. L'hiver avec les remontées, il y a un impact direct. J'aime bien le mot de Laurent Reynaud, directeur du SNTF (Syndicat national des téléphériques de France), qui dit: "Le tout ski est peut-être fini, mais sans le ski tout est fini" Vous ne ferez pas monter des familles entières à la montagne s'il n'y a pas de neige. Si l'on trouve des solutions de substitution aux stations de sports d'hiver, capables de créer soixante-dix emplois directs et deux cents emplois cumulés, dans une vallée comme la mienne, je suis preneur, mais aujourd'hui on ne les a pas.

Quant à la question de la neige de culture, à condition de ne pas mettre d'adjuvant, et il n'yen a pas; c'est juste un prélèvement de ressource restitué au milieu plus tard. J'ai vu, cette année, l'impact sur le chiffre d'affaires des stations en manque d'équipement, en matière de neige de culture. L'ANEM a lancé l'an dernier une mission sur le changement climatique, dont le titre est déjà un acte de foi: "Au-delà du changement climatique". La question que nous posons est de savoir, au delà de ces changements climatiques, quels rôles peut jouer la montagne en faveur de la société?

P. M. : Lesquels, par exemple ?
Henri Nayrou : Déjà c'est un château d'eau, ensuite il y a tout ce qui fait travailler l'imaginaire, et puis les bienfaits naturels des cures de montagne; c'est pourquoi, comme la balnéothérapie et la thalassothérapie, j'aimerais qu'on puisse mettre en avant un jour, y compris médicalement, les vertus de la "montagno¬thérapie" .

P. M.: Le maintien de la grande faune en montagne fait partie de cette contribution à la fabrique de l'imaginaire collectif que vous invoquiez, et pourtant on a l'impression que les montagnards ne sont pas prêts à la cohabitation ... Concrètement, êtes-vous contre la réintroduction de l'ours ?
Henri Nayrou : Je ne suis pas contre l'ours, je suis pour l'espèce humaine, et je suis convaincu que le prédateur ne peut pas cohabiter avec l'espèce humaine. Quant au pseudo-argument de la biodiversité, il ne tient pas. Pour défendre la biodiversité on n'a pas besoin de l'ours; elle n'est pas en danger dans les Pyrénées. Maintenant, je comprends très bien que si on habite le Calvados on peut être pour l'ours.

P. M. : Dans le même esprit, l'Unesco risque de déclasser Gavarnie-Mont Perdu des grands sites du patrimoine mondial, ce qui serait une première. N'est-ce pas dommageable pour l'image des Pyrénées ?
Henri Nayrou : Ce serait en effet préjudiciable à l'image des Pyrénées, parce que c'est l'Unesco, parce que c'est le patrimoine mondial.

P. M. : On annonce une réforme de la PAC, quelle place sera laissée à l'agriculture de montagne ?
Henri Nayrou : Il faut une politique spécifique pour la montagne qui tienne compte de nos handicaps naturels. Je défends le principe d'une dotation spécifique pour des communautés de montagne qui vont se voir imposer des contraintes venant du Grenelle de l'environnement. C'est heureux pour l'avenir, mais il faut des contreparties, et il faut, notamment, sauver le pastoralisme. Acceptons l'idée que la montagne a un rôle à jouer dans l'avenir et pas seulement comme cour de récréation et acceptons d'en payer le coût.

Source : Pyrénée-Magazine janvier-février 2009

Réaction de "Ricky" sur le forum du Paysdelours

Dans le numéro de Pyrénées Magazine de ce mois et sans faux semblant, comme son digne acolyte le comte de Foix (NDLB: Augustin Bonrepaux), Henri Nayrou parle de l'ours.

A vrai dire pas de réelle surprise dans les propos d'une grande franchise (il faut le reconnaître) du président actuel de l'ANEM (Association nationale des élus de montagne) qui en préambule de toute explication sur le sujet déclare "je ne suis pas contre l'ours , je suis pour l'espèce humaine" ... Et plus particulièrement sans doute pour l'espèce humaine qui est contre l'ours (ASPAP, ADDIP, Le grand charnier ..), parce que l'autre espèce humaine qui est pour, apparemment elle n'existe pas. D'ailleurs poursuit le député socialiste, "le prédateur ne peut pas cohabiter avec l'espèce humaine (la vraie, pas l'autre)", en France ? 

Et ailleurs, car on voit mal après cette brillante démonstration, comment l'ours pourrait désormais cohabiter avec l'espèce humaine dans les Abruzzes, dans les Monts Cantabriques, en Slovénie, dans les Carpates et même quand on poursuit ce raisonnement l'extrême Sibérie où l'espèce humaine est présente. Vite que l'on agisse enfin pour le bien de l'espèce humaine, préoccupation majeure des humanistes ariégeois.

La biodiversité Henri Nayrou s'en occupe, "elle n'est pas en danger dans les Pyrénées" (sic) et d'ailleurs "pour défendre la biodiversité on n'a pas besoin de l'ours".

Entre autres considérations, une charge en catimini contre le Grenelle ("des contraintes"), une apologie de l'industrie du ski ("sans le ski tout est fini") et une appréciation tout personnelle sur la montagne qui "incarne encore les vraies valeurs que l'on ne retrouve plus en ville". Les doryphores urbains apprécieront.

Mais Henri en bon représentant (tout de même) de la nation persiste à croire aux vertus d'un partenariat entre la ville et la montagne, posant même le principe sacré d'une politique spécifique pour la montagne avec cependant des contre parties (?), et de plaider plus loin pour l'acceptation "d'en payer le coût" (question : qui doit payer ?), dernière phrase lapidaire qui termine en fait l'entretien. Comme on dit en ville, on n'est jamais mieux servi que par soi même.

Ricky (sur le forum du Pays de l'Ours)

(NDLB : Henri Nayrou est aussi président du syndicat mixte en charge de la gestion de la station de sports d'hiver de Guzet-neige, une station de sport d'hiver de moyenne altitude (de 1100 m à 2100 m) en Ariège.)

Lire aussi : Opposition ville /campagne

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