Ours pyrénéens : la sortie des tanières 2009

Fin mars, l'ours des Pyrénées sort de sa tanière. «J'ai trouvé des traces le 2 février dans le massif Aspe-Ossau », témoigne Gérard Caussimont du FIEP.

Pour s'extraire complètement de sa tanière d'hivernation, l'ours est parfois obligé de creuser un tunnel dans la neige qui en a obstrué l'entrée. Ce pourrait être le cas en 2009 où l'enneigement a été important.

On a longtemps cru qu'il sortait de son long jeûne complètement affamé, prêt à se jeter sur tout ce qui pouvait alors lui tomber sous les griffes et entre les crocs. Erreur. A chaque printemps, l'ours fait son entrée dans le monde en douceur. Il pointe sans précipitation son museau hors de son antre, flaire tranquillement l'air ambiant, bâille de langueur.

L'ours en fin d'hivernation ne s'éloigne pas beaucoup de sa tanière et ne parcourt que de faibles distances, la faim ne le poussant pas à s'aventurer sur les hauts versants et surtout les cols encore enneigés en cette saison. En fait, jusqu'en mai, l'ours dispose normalement d'une réserve de graisse encore conséquente qui lui permet d'attendre sans trop souffrir les vraies largesses de la belle saison. Les anciens chasseurs d'ours savaient bien que les ours tirés en mars ou en avril étaient encore bien enrobés.

La muguette

L'ours ne fait pas le dédaigneux au point de ne pas consommer les glands et les faînes tombés au cours de l'automne précédent et qui tapissent la neige qui recouvre le sol de la forêt. Les fourmilières, où dorment encore les fourmis rousses avant le grand réveil de mai, les larves d'insectes qui lardent les arbres morts, les nouveaux nés des chevreuils, sangliers ou isards représentent des occasions qu'un larron sauvage tel que l'ours ne laissera jamais passer.

A partir de la mi-avril, tout s'accélère :

  • La graisse de l'ours a fondu progressivement en même temps que la neige sur les pentes bien exposées.
  • Les bourgeons et déjà les premières feuilles poussent aux hêtres, aux noisetiers, puis aux chênes.
  • Les prairies se remplissent d'herbes vertes et tendres.
  • Mais, surtout, une compétition se prépare. Sous le manteau aminci de la neige, les réserves de tubercules de muguette, de châtaignes ou de conopodes stockées par les campagnols se révèlent au flair aiguisé des grands mammifères. Qui de l'ours ou du sanglier défoncera le premier ces caves miniatures pour en piller avidement tout le contenu? Si l'ours se fait doubler, il se consolera vite en broutant les muguettes elles-mêmes qui poussent hors de terre dès que la neige ne la recouvre plus.

Zones d'élevage

Naissance d'oursons en 2007?Mais la sortie des tanières, c'est aussi l'éventuelle révélation de la naissance d'oursons. Dans les Pyrénées, comme ailleurs, la sortie des femelles "suitées" se fait en général plus tard que celle des autres ours adultes qui a lieu fin mars ou début avril selon le climat.

Quand ils mettent pour la première fois le nez dehors, les petits d'ours ne sont pas loin d'être sevrés. Leur mère leur apprend très vite à chercher leur nourriture : tubercules de muguette, herbes, mais aussi escargots, larves d'insectes et, pourquoi pas, petits mammifères.

A cette époque de leur vie, les oursons sont particulièrement joueurs, au point d'être parfois inconscients du danger. C'est pourquoi, les zones d'élevage des jeunes se situent toujours dans les sites les plus protégés, les moins accessibles de la montagne. Les mères ourses ont d'ailleurs la réputation d'aimer bien, mais aussi de châtier sévèrement, à l'occasion, leurs turbulents rejetons.

Pyrénées, des naissances d'oursons en 2009 ?

En Béarn, pas de naissance à espérer, il n'y a que des mâles solitaires. Camille, le viel ours qui errait entre Béarn, Navarre et Aragon est peut-être mort. Aspe-ouest est sans doute l'ours atteint de la gale (ce qui n'empêche pas la reproduction, mais n'est pas rassurant sur sa santé). Néré et Cannellito (Mohican, le dernier ourson de Cannelle) hantent les vallées d'Aspe et d'Ossau où le fromage de brebis est mis à l'honneur par les responsables du tourisme! A quand l'introduction de plusieurs femelles en Béarn? La parole donnée de Jean Lassalle n'a aucune valeur contrairement au titre de son livre.

Dans le noyau centro-oriental, les femelles Hvala, Sarousse, Ziva et Caramelles, ont peut-être des oursons :

  • Hvala, ourse slovène réintroduite gestante en 2006 : fraichement séparée de ses oursonnes Pollen et Bambou (nées en 2007) a été observée au printemps 2008 avec un ours mâle pendant la période du rut. Elle est sortie d'hibernation en mars 2009 et bouge peu, ce qui pourrait confirmer une naissance. Des traces ont été observées sur la commune de Bossòst (Val d’Aran, Espagne), dans la montagne de Sainte Margalida. On ne sait pas encore si elle s'est à nouveau reproduite. A suivre.
  • Sarousse ne s'est pas reproduite depuis son lâcher en août 2006; "elle serait stérile" disent certains opposants. Difficile à prouver. Elle seule pourra les contredire.
  • Ziva, ourse femelle d'origine slovène, née en 1991, réintroduite en 1996 se serait reproduite en 1997, 2000, et sans doute en 2002 et 2004. Une nouvelle portée est donc possible.
  • Caramelles, ourse femelle, née en 1997 (Mellba x Pyros). Elle se serait déja reproduite en 2002-2003. 
  • Pollen et Bambou, les "filles" de Hvala sont probablement trop jeunes encore. Elles pourraient se reproduire l'année prochaine si elles rencontrent un mâle cette année pendant le rut.

2 femelles nées en 2002-2003 (Pyros x Caramelles), identifiées en 2004 par des analyses génétiques, ainsi que l'ourson mâle identifié la même année n'ont plus été individualisés depuis, pourraient participer à la reproduction de l'espèce côté français ou côté espagnol, d'où peu d'informations filtrent. (Une ourse et ses deux oursons ont été observés dans les Pyrénées catalanes espagnoles en juillet 2008). Les oursons nés de Ziva en 2000, 2002 et 2004 n'ont jamais été identifiés par des analyses génétiques. Soit ils sont très discrets, soit ils ont disparus.

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Au printemps, les ours descendent ... dans les villages!

Gérard Caussimont : "Au printemps, c’est le fond des vallées, les quartiers de grange, là où la végétation a démarré en premier lieu. En 2006, nous avons suivi un ours qui se trouvait souvent en fond de vallée en Ossau (Béarn), il descendait brouter l'herbe très bas (800m), on a trouvé des traces et des crottes d'herbe.

Nous avons beaucoup d'exemples montrant que l'ours fréquente normalement, au printemps des zones basses de fond de vallée à la recherche d'herbe verte à brouter. Nous avons observé ce phénomène en Béarn ( plateau de Lhers, Lescun, Hameau d’Aubise (Borce), hameau de Seberry (Etsaut) Gabas, parfois non loin des habitations. Cela a été le cas il y a quelques jours en Aragon,à quelques centaines de mètres du village d'Anso, et en Navarre, non loin du village de Garde. Il n’y a rien d’exceptionnel à cela.

Cela est observé régulièrement dans les populations d’ours plus importantes : dans les monts Cantabriques, près des villages, dans les Asturies.Les gesn les observent parfois à la tombée de la nuit, en train de brouter dans les prés. Dans les Abruzzes j’ai observé une ourse et ses oursons en dessous d'un village, en train de brouter, etc."

Une aubaine pour la presse locale et les opposants qui vont pouvoir à nouveau en faire leurs choux gras: jouer avec la peur et les titres sensationnels. Tous aux abris.

(merci à P.C. pour son aide à la vérification de la véracité des infos "oursons")

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