François Terrasson : La peur de la Nature, au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

 

Premier livre de François Terrasson

François Terrasson : La peur de la nature : Au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature La peur de la nature de François Terrasson nous révèle avec humour nos fonctionnements internes et explique pourquoi notre société s'acharne à détruire la nature. Ce livre fondateur qui a franchement agacé les aménageurs et déstabilisé plus d'un protecteur de la nature a profondément influencé ceux qui l'ont lu. Il nous ramène à notre animalité, à notre organicité, et nous rappelle la force de nos émotions. Une oeuvre originale qui bouscule les idées.

Cette nouvelle édition de l'ouvrage de François Terrasson a été considérablement augmentée par des textes inédits et des interviews. C'est un ouvrage très original et essentiel sur l'écologie. Il nous révèle avec nos fonctionnements internes, et explique de manière lumineuse pourquoi notre société s'acharne à détruire la nature.

Un ouvrage essentiel qui bouleverse le débat actuel sur l'écologie. François Terrasson est l'un des fondateurs des JNE, association des journalistes de l'environnement, très influente auprès de la presse nationale.

 

François Terrasson, le détecteur d'anti-nature

Né en 1939 à Saint-Bonnet de Tronçais, petit village en lisière de forêt, François Terrasson a grandi parmi les arbres et les champs. C'est d'abord une connaissance du ressenti et de l'expérience qui l'amène à se passionner pour le milieu naturel. Maître de conférences au Muséum national d'histoire naturelle de Paris, il s'intéresse d'abord à l'aménagement des surfaces agricoles se heurtant à beaucoup d'idées préconçues et à l'institution. Homme d'action, il intègre dans sa démarche des aspects économiques, sociologiques et psychologiques. Conférencier, journaliste, photographe, il est l'auteur de trois livres et de nombreux articles. François Terrasson décède en 2006, nous léguant une démarche originale qui influence de nombreux chercheurs et passionnés de la nature.

Patrick Piro : «Difficile à suivre pour certains, l’iconoclaste et précieux Terrasson, néanmoins maître de conférences au Muséum national d’histoire naturelle, car ils ne sont qu’une poignée comme lui, au carrefour des sciences de la nature, de la sociologie et de la philosophie, à défendre ça : l’homme dans la nature, et la nature dans l’homme.»

Jean-Claude Génot : «La "gestionite" a atteint de très nombreux naturalistes, écologues, scientifiques et responsables administratifs. Rappel des symptômes : petit à petit la nature est vue comme un objet à sauver coûte que coûte et appelée «biodiversité», c'est-à-dire une collection d'espèces fixées : en un lieu et pas un tout vivant alors que «la vie est progression et libération» (Gall J.C., Les métamorphoses de la Terre, ce que racontent les paysages, 2002) ; seul compte la nature humanisée et idéalisée du début du XXe siècle, celle que l'on va façonner et gérer dans des îlots par jardinage, élevage et culture, sans remettre en cause les mécanismes de destruction. Au contraire cette stratégie se nourrit de la raréfaction de la nature, ce qui légitime le discours selon lequel la nature a besoin de nous pour la sauver.

Comme toute maladie, la "gestionite" épargne certains individus plus résistants. Parmi les résistants de la première heure, figure le regretté François Terrasson, que je surnomme «le détecteur d'anti-nature». En effet, alors que la gestion des sites protégés n'en était en France qu'à ses balbutiements et que l'on ne parlait pas encore de gestion de la biodiversité, François Terrasson fut le premier naturaliste en 1988 à oser émettre des critiques sur l'interventionnisme dans les sites protégés, «des réserves sur les réserves», et à fustiger la mise en valeur de la nature. «Protéger c'est détruire», la charge fut sévère mais justifiée. Mais les protecteurs ne le virent pas de cet oeil-là et comprirent mal cette critique venant de quelqu'un de leur bord.

A l'époque de la sortie du best-seller de François Terrasson, « La peur de la nature » (1988),  beaucoup de naturalistes ont préféré rejeter la critique en bloc : plutôt que de se remettre en cause. Certains ont été ébranlés pour toujours et ont changé d'option. C'est d'ailleurs la grande force du «paysan du Muséum», il était à l’époque Maître de conférences au Museum national d’Histoires naturelle de Paris, que d'avoir réussi à éveiller des consciences tant sa critique radicale de la politique de protection de la nature était juste. Le faire alors qu’il était dans l’administration lui a valu bien des inimitiés.

Mais force est de constater que dans les dix années qui ont suivi La peur de la nature, la "gestionite" a gagné du terrain dans les esprits et sur le terrain avec la création de nombreux conservatoires régionaux d'espaces naturels et des réserves naturelles de plus en plus aménagées et de moins en moins naturelles."

Extraits de "La Peur de la nature"
de François TERRASSON

« La Nature, c’est ce qui existe en dehors de toute action de la part de l’homme, ce qui ne dépend pas de notre volonté.  La nature c’est du non délibéré, de ce qui va tout seul, qui serait tout aussi bien là si nous-mêmes n’y étions pas.»

« La nuit, que nous n’avons pas le pouvoir de décider, la Nuit, force de la nature, fait, tout comme le désert, perdre des repères du petit humain qui s’aventure dans ses profondeurs. Et la pensée sans repère glisse tout doucement vers ces zones de l’esprit réservées aux périodes d’obscurité . Ces plans lointains du Psychisme qui s ‘épanouissent dans le rêve et que les psychanalystes ont si joliment baptisés : « l’inconscient ! ».

De gentils cobayes humains se laissent déposer  seuls, la nuit au cœur d’une de nos forêts domaniales, équipés seulement d’un sac de couchage, sans lampe de poche...

« L’homme a tendance à détruire ce qui lui fait peur, ce qu’il sent étranger, à demander plus d’aménagement, à condamner les ronces et les serpents... »

« Apprendre la nature en groupe, parce qu’on a renoncé à gérer le choc émotionnel du contact solitaire, voilà la plus grande erreur de l’éducation à l’environnement. Suscitant la peur chez beaucoup de nos concitoyens, qui d’ailleurs s’en défendent, mais le manifeste dans leurs comportements, la nature nous met face à nous même, à notre inconscient, pourvoyeur de rêves et de phantasmes.

Et s’il fallait alors, en plus des écosystèmes, nous étudier un peu nous mêmes, en naviguant dans les eaux troubles des secteurs les moins fréquentés de l’imagination et de la sensibilité. »

« La nature se définit chez tous les peuples du monde comme ce qui fonctionne en dehors de notre volonté et de notre intervention ; l’homme a une vision animiste de la nature. Il n’arrive pas à la considérer comme une force aveugle, sans âme ; devant le même aspect de la nature, des personnes différentes peuvent avoir des réactions très contrastées : de l’attrait à la répulsion ; lorsqu’on force la dose de nature, il y a libération des émotions inconscientes. (...) 

Pourquoi des hommes apparemment semblables réagissent-ils différemment devant l’irruption de l’inconscient causé par la nature sauvage ? »

  • la nature produit comme effet principal l'éveil de la pensée émotionnelle ;
  • celle-ci, surtout dans nos civilisations, est largement reléguée dans l'inconscient; 
  • l'inconscient ne parle pas le langage que nous utilisons d'habitude. Il parle le langage de la sibylle, le langage des légendes, des mythes et  les rêves.

Car, la nuit, quand tous les repères sont perdus, nous rêvons. En symboles, évidemment...

Editions “Sang de la terre”, 270 pages

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