L'avenir de l'ours brun dans le Parc National des Pyrénées

Article rédigé le 2 août 2009 par Christophe CORET d'AVES France.

La position du Ministère de l’Ecologie sur la problématique de l’ours en France est plus qu’inquiétante. Le nouvel arrêté du Ministère, qui porte l’ASPP 65 au Conseil d’Administration du Parc National des Pyrénées (pour la défense des fragiles écosystèmes et de la biodiversité de nos montagnes), fait bondir les associations de protection de la nature. Sombre avenir pour l’ours dans les Pyrénées...

Marie-Lise Broueilh ASPP65Car au Conseil d'Administration du PNP, il y avait déjà Marie-Lise Broueilh, représentante de la chambre d’agriculture des Hautes-Pyrénées, et farouche opposante à l’ours.

Photo : Marie-Lise Broueilh de l'ASPP65

Son nom ne vous est probablement pas inconnu : l’AOC viande Barèges-Gavarnie, c’est elle  : "Le Barèges-Gavarnie ayant pâturé en toute liberté sur de grands espaces, sa chair est rouge vif, soutenue, brillante." (Source : http://www.aoc-bareges-gavarnie.com)

C’est par ces mots que l’AOC prône une liberté totale pour ses brebis ; une liberté de divaguer qui est bien sûr incompatible avec la présence de prédateurs, tels que l’ours.

D’ailleurs, les devises sont martelées sur le site internet de l’AOC :

  • «Sommets majestueux, sites pittoresques, paysages grandioses : c’est le pays des grands espaces. »
  • «Hivers longs et enneigés, pentes rudes, vastes pâturages d’altitude, étés ensoleillés. Ici, c’est le pays du mouton

Au Pays Toy, la seule biodiversité qui compte, c’est le mouton !

L’ASPP 65

Mais revenons-en à l’ASPP 65 qui arbore sur les bannières de son site les cadavres de brebis éventrées. Le compte rendu de son assemblée générale du 5 juin 2009 est un bon résumé de sa stratégie : 
 mise en cause des services de l’Etat et du travail de l’ONCFS  :

  • mise en cause du régime alimentaire de l’ours brun (tous les scientifiques mentiraient en disant que les ours se nourrissent à 80% de végétaux)
  • accusations diverses contre les associations de protection de la nature 
  • libre analyse sur les chiffres des sondages sur l’acceptation de l’ours en France 
  • réactivation de la polémique sur les vautours par Louis Dollo 
  • ASPP 65 a reçu l’agrément départemental d’association de protection de l’environnement conformément aux articles L. 141-1 et R. 252- 1 à R. 252-29 du code de l’environnement

Les français deviennent-ils tous des anti-ours ?

La réponse est non ! Bien sûr que non ! Cependant, le travail de désinformation permanent, les manifestations, les battues d’effarouchement, les saccages organisés par les opposants à l’ours et leur soutien par la presse et les élus locaux ont réussi à ternir l’image du plantigrade.

En outre, il faut avouer que lorsqu’on recherche un mécène, la simple évocation de l’ours brun fait fuir toutes les bonnes volontés. Qui souhaiterait désormais associer son image à l’ours ?

Les français ne sont pas contre les ours. Mais la majorité d’entre eux ne comprend pas les atermoiements de l’Etat, qui organise des renforcements de population sans protéger son habitat, et d’une justice qui fait preuve d’une grande clémence, voire qui ferme les yeux, lorsque les opposants organisent des battues d’effarouchement et même tirent sur cette "espèce protégée".

L’ASPP 65 au CA du PNP

Le nouvel arrêté du Ministère, qui porte l’ASPP 65 au Conseil d’Administration du Parc National des Pyrénées (pour la défense des fragiles écosystèmes et de la biodiversité de nos montagnes), n’est pas là pour clarifier la position du Ministère de l’Ecologie !

La mise en place du Groupe National Ours permet à l’Etat de gagner du temps en tentant d’accorder tous les acteurs avant une éventuelle décision de procéder à de nouveaux renforcements de populations. L’Europe s’en satisfait, et les ours tombent les uns après les autres.

Garantir un avenir à l’ours ?

La question est pourtant simple : l’Etat français souhaite-t-il garantir un avenir à l’ours sur son territoire ? Elle appelle une réponse franche : OUI ou NON. Toutes les tergiversations du GNO sont futiles tant que le Ministère n’aura pas affirmé qu’il mettra tout en oeuvre pour garantir la présence durable d’ours bruns dans les Pyrénées. Pourquoi les associations sont-elles rentrées dans cette danse conduite par un Ministère qui multiplie les faux-pas ?

Un manque d’unité des APN concernant l’ours

Aujourd’hui, le monde associatif s’indigne de la nomination de l’ASPP 65 au sein du Parc National des Pyrénées, peut-être un peu tard. Car cette nouvelle provocation de la part de l’administration aurait pu être évitée si on s’intéressait plus à l’ours qu’à courir après le titre de "Première association de protection de l’ours en France".

Sous prétexte que l’ours est extrêmement localisé et qu’une poignée d’associations en ont fait leur spécialité, les autres associations de protection de la nature s’abstiennent de tout commentaire sur ce dossier, comme si l’ours ne faisait pas parti de la biodiversité. Or, nous sommes face à une crise écologique majeur et il est important d’oeuvrer ensemble pour un objectif commun.

Les associations de protection de la nature en France ont la fâcheuse habitude de pratiquer la "chasse gardée" sur ce qu’elles considèrent comme "leurs dossiers". Nous ne sommes pas des sociétés, il ne devrait pas y avoir de concurrence entre nous, même s’il est normal que les différentes sensibilités puissent s’exprimer. La crise de la biodiversité que nous devons "tenter de stopper" avant 2010 concerne aussi l’ours... mais la partie est loin d’être gagnée.

Christophe CORET

Source : AVES France, association loi 1901 de protection des espèces menacées.

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