L'essorage sémantique de l'ASPP 65

L'Association de Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen ASPP65 vient d'être agréée "Association de Protection de l'Environnement" par le département des Hautes-Pyrénées.

Dans l’introduction de son livre « Petit lexique d’optimisme officiel », Armand Farrachi écrit : « Le plus grave n’est peut-être pas que les mots, comme on l’entend dire parfois n’aient plus de sens, mais qu’on leur en ait donné un autre, en fonction de la situation, conforme aux vœux du pouvoir et de son action. Changer les mots, c’est changer les choses. (...)

Si l'on reproche à un gêneur son comportement dommageable pour la planète, pour ses semblables ou pour lui-même, il ne se défendra pas en disant qu'il se moque bien de la nuisance qu'il occasionne, mais que ce qu'il fait n'est pas si grave, moins grave en tout cas que ce que fait le voisin, qu'on exagère, que la liberté individuelle est sacrée, qu'il n'a pas de leçon à recevoir des « ayatollahs », mille objections plus ou moins réfléchies ou sincères, car la passion est une raison suffisante aux yeux de celui qui l'éprouve. «La chasse (ou la moto, ou l'escalade, ou la transhumance) est ma passion, un point, c'est tout

En cas d'attaque, par un réflexe de type «infracommunautaire» ou «infracommunautariste», une association se forme pour défendre cet intérêt particulier contre l'intérêt général, recrutant des individus qui, avant de se sentir citoyens, se proclament d'abord chasseurs (en colère), motards (en colère), usagers de sports motorisés (en colère), ostréiculteurs, «petits porteurs », contribuables, propriétaires, fumeurs, éleveurs (en colère) ... et tant pis pour la faune sauvage, pour la santé publique, pour les promeneurs, pour les non fumeurs ou pour tous ceux que cela dérange. Après tout, n'est-ce pas «le plus gêné qui s'en va»? (…)

Quand tout est devenu idéologique, quand tout est devenu «communication», c'est-à-dire propagande marchande, décervelage ou bourrage de crâne, les chatoiements du vocabulaire, l'acception déformée de mots anciens ou la création de nouveaux mots ou concepts sont de singuliers révélateurs. Appeler un étranger “barbare”, comme jadis en Grèce, ou «sauvage», comme naguère en Occident, un protestant hérétique ou un résistant “terroriste”, ce n'est pas le désigner, mais le juger, et souvent le condamner. Dans Le domaine des idées sur l'état de la planète, la règle de base est que tout ce qui pourrait sembler négatif (destruction, pillage...) doit être évoqué par un terme positif (progrès, flexibilité, modernisation...). Rien n'est détruit, tout est «valorisé»(…)

En nous laissant expliquer que les OGM permetront de lutter contre la faim dans le monde ou de limiter l'usage des pesticides, que le clonage sauvera les espèces menacées, que le libre marché appelle la démocratie, nous entrons de plain-pied dans une ère où la supercherie ne le dispute qu'à l'imposture, où les vessies font office de lanternes. Le linguistiquenent correct dépasse la mode et agit sur les comportements. (…)

L'ère du mensonge ayant déjà commencé à remplacer la réalité par une virtualité ou par une représentation de la réalité, c'est-à-dire le vrai par le faux, il convient de modifier aussi le sens des mots qui pourraient y renvoyer, de désigner positivement ce lui pourrait sembler négatif aux esprits chagrins (…).

En franco-français, on peut désigner les choses par leur contraire : dans le domaine agricole, l'appauvrissement génétique par sélection des semences amimales s'appelle perfectionnement des races, l'empoisonnement des terres par les engrais chimiques fertilisation. Un aménagénagent du territoire n'est pas une adaptation au milieu ou l'entretien des sites, mais une destruction du paysage existant. Remplacer une forêt par une route n'est donc pas détruire la forêt et ses habitants naturels, mais aménager le territoire pour désenclaver une région, favoriser les communications, développer l'économie etc. (…) Ne dites pas éleveur, dites berger...»
 
Le vocabulaire de l'ASPP65

Les éleveurs anti-nature utilisent le vocabulaire ambiant pour se fondre dans la vague verte dominante. Comme les agriculteurs ou les chasseurs, ils se veulent plus verts que l’herbe, repeignent la façade pour paraître irréprochables. Toute la cohorte des «communicants» pastoraux, et d’autres d’ailleurs, politiciens locaux, syndicalistes agricoles s’ingénie à neutraliser les mots. Ils essaient de nous faire avaler que leurs actions qui semblent à la majorité dirigées contre la nature le sont en fait «pour son bien».

Dans «LQR : la propagande au quotidien» Eric Hazan dénonce «l’essorage sémantique». Vous allez voir que le pastoralisme aussi, lave plus vert et essore parfaitement...

Dans «La peur de la Nature», François Terrasson nous invitait à d'analyser un texte extrait de "La chasse à l'Ours" de Lucien Bodard pour analyser la charge symbolique du langage :

« Jouez donc à lire ce texte, en stoppant à chaque mot ou phrase répertoriée. Et essayez un peu de savoir ce qu'on pourrait en dire en traduisant la charge symbolique en langage usuel. Analysez les symboles, comme dans un conte. Quelles sont les sensations évoquées? Le texte produit-il un effet? Lequel ? Laisser vous aller aux images, secouer le mélange, et tant mieux si ça explose en éclairs de lucidité sur vos propres rapports à la nature... »

C’est que je vous invite à faire avec le communiqué qu’a distribué l’ASPP65 (L'Association de Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen, une association d’éleveurs opposés à la survie de l’ours) lors de son assemblée générale.

L’ASPP 65 agréée « association de protection de l’environnement (1)»
 
Petite révolution (2) dans le monde des associations de protection de l’environnement puisque l’ASPP 65 (Association de Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen) vient de recevoir son agrément départemental conformément aux articles L. 141-1 et R. 252-1 à R. 252-29 du code de l’environnement.
 
Cette demande a fait l’objet de nombreuses péripéties (3) depuis deux ans et a fini par aboutir (4).
 
L’ASPP 65 œuvre depuis près de 9 ans dans un certain nombre d’instances et commissions
conformément à ses statuts pour « Préserver (5), gérer (6), mettre en valeur (7) et représenter (8) tout ce qui relève du patrimoine montagnard pyrénéen y compris la biodiversité (9) dans le cadre d'un développement durable (10), pour le transmettre aux générations futures. Le patrimoine peut être aussi bien culturel, social, économique qu'écologique (11) ».
 
Cet agrément est l’aboutissement d’un travail (12), parfois discret, de toute une équipe qui dépasse le seul monde des éleveurs de montagne et incluant des professionnels de la montagne, des acteurs du tourisme, des élus locaux, des randonneurs et de nombreuses bonnes volontés.
 
L’ASPP 65 s’interdit de se limiter aux seuls aspects de l’environnement et de l’écologie (13). Elle s’interdit toute idéologie tendant à un retour au sauvage (14). Elle prend en compte la présence de l’homme (15) qui, depuis plus de 9000 ans a façonné (16) et entretenu (17) ces montagnes. La protection des milieux et leur préservation passe par l’action des hommes (18) qui vivent sur ces territoires quelque soit leurs activités. Elle aura donc à cœur de poursuivre ce qu’elle a toujours fait:
 

  • Défendre les décisions locales (19) s'appuyant sur les us et coutumes (20) et les règlements de chaque vallée.
  • Participer au maintien de l'élevage (21) et de son expression traditionnelle (22), le pastoralisme, pour le rôle qu'il joue dans la conservation de l'environnement montagnard et de la biodiversité montagnarde (23).
  • Participer à la gestion de la faune et de la flore (24) existante (espèces endémiques des Pyrénées)
  • Veiller à l'entretien des paysages (25), des bâtiments (maisons, granges foraines…) et à la préservation de la biodiversité dans le cadre d'un développement durable (26).
  • S'intéresser aux arts et traditions populaires (27) et au maintien de la langue locale.
  • Etre un interlocuteur (28) auprès des instances locales, départementales, régionales, nationales et européennes pour le développement de la vie économique, culturelle et environnementale (29) des vallées pyrénéennes dans le cadre d'un développement durable.
  • Communiquer (30) sur ses idées et ses actions auprès des visiteurs des vallées.
  • Mettre en œuvre tous les moyens nécessaires (31) pour réaliser sa mission notamment tel que collecte de documents, consultations d'archives, réalisation d'expositions, outils vidéo, brochures, animations, conférences, etc…
  • S'associer à toutes les actions qui peuvent aider à bien vivre dans nos montagnes (32).

Cet agrément ouvre la voie à certaines perspectives (33) dans ce domaine. Elle met un coup d’arrêt (34), dans le département, à plus de 30 ans de monopole d’un système de pensée unique (35) de la protection de nos montagnes (36) basée plus sur une idéologie (35) que sur des actions de terrain au quotidien.

L'ASPP 65 en étant une association de terrain (37), ancrée dans un territoire avec des hommes et des femmes connaissant parfaitement leur milieu de vie auxquels ils sont attachés, mettra un frein aux actions de rêveurs ou de sectaires (39) plus animés par des procédures judiciaires que par le dialogue et la participation à la vie sociale locale à partir de la notion de développement durable sur la base de ses trois piliers : l'environnement, le social et l'économie.
 
Pour les citoyens des Pyrénées, c’est un nouvel outil à leur disposition.
 
Communiqué du 7 juin 2009 – ASPP 65
 
Petit exercice de mise en images

(1)    environnement : Dans environnement, il y a « environ » employé dans le sens de nature en faisant référence à un centre, qui est bien entendu l’homme. La nature se réduit à ce qui entoure l’homme et non plus au milieu où il vit. Armand Farrachi se demande si la mer entoure les poissons ou si elle est le milieu où ils vivent ? Tant que le mot environnement sera employé à la place de nature, on est prêt à la détruire.

(2)    petite révolution : une belle contradiction ! Une révolution peut-elle être insignifiante? C’est sur que quand l’impensable se produit en dépit du bon sens : une association anti-nature qui reçoit un agrément pour la protection de l’environnement, c’est surprenant, pour le moins spectaculaire. Mais est ce que cela va changer la France et la vie des associations. L’ASPP65 va t-elle se faire membre de France Nature Environnement ? Ce serait logique. Mais il n’y a aucune logique dans cette affaire. Il n’en sera rien.

(3)    de nombreuses péripéties : on le devine, faire passer le grand méchant loup pour une grand mère, c’est difficile : même les petites filles ne se laissent plus avoir. Tout fout le camp !

(4)    a fini par aboutir : Les éleveurs n’y croyaient plus. Avec des appuis politiques bien placés, tout est possible. Plus c’est gros, plus cela marche. Qui oserait croire qu’ils ne protègent pas l’environnement : s’ils osent le demander, c’est qu’ils ont un dossier « en béton ».

(5)    Préserver : Préserver, c’est « garantir d’un mal qui pourrait lui arriver » au « patrimoine montagnard pyrénéen ». Le pastoralisme comme assurance tout risque, comme un berger protégeant son troupeau, l’image est biblique, mais bien loin de la réalité quand le troupeau est abandonné.

(6)    Gérer : Là on rentre dans le domaine économique. La gestion sera saine et responsable, les éleveurs s’occupent de tout. Dormez tranquilles braves gens, l’ASPP 65 gère la situation. Tout va bien dans les Pyrénées. La santé économique de l’élevage pyrénéen est exemplaire, ce sont de bons gestionnaires. Laissons leur gérer la nature et le patrimoine, tout ce qui a de la valeur à nos yeux, ils vont s’en occuper, en bon père de famille et faire fructifier votre petit patrimoine car ils ont les pieds bien sur terre.

(7)    mettre en valeur : C’est donner de la valeur à ce qui n’en a pas ou peu. C’est faire passer des choses banales pour des choses remarquables. A quel patrimoine pensent-ils ? Quel est leur fond de commerce ? Que cherchent-ils à vous vendre ? Voilà qui incite à gratter le vernis (vert bien sur).

(8)    représenter : Les Pyrénées, c’est eux. Ils vous comprennent, alors ils vont parler à votre place. Dormez braves gens, on vous dit. Ils sont là pour faire passer vos idées, comme des élus qu’ils ne sont pas. Mais c’est vrai qu’ils ont l’habitude de crier fort et de dire que ce sont toutes les Pyrénées qui crient.

(9)    tout ce qui relève du patrimoine montagnard pyrénéen y compris la biodiversité : Etonant qu’il faille rappeler que la biodiversité fait partie du patrimoine pyrénéen. Ici, on dirait qu’ils cherchent à convaincre leurs propres troupes. A force de taper sur le sauvage et la nature lors de leurs assemblées festives, les éleveurs de base ne comprennent plus : « Quoi nous devons défendre la biodiversité, mais vous nous aviez dit... » Chut, faites nous confiance, nous allons nous en occuper ; ils vont nous croire, vous verrez.

(10)    développement durable : Il fallait bien placer dans ce discours cet oxymore incontournable, être comme les autres, dans le rang des bons petits écologistes. Pour peu, il nous ferraient croire que leurs brebis sont responsables de la dernière marée verte électorale. Le développement, c’est la croissance, des revenus du pastoralisme, de la prospérité causée par une bonne gestion. Ils sont comme vous, pensent la même chose que vous, ayez confiance sssss ! ne cherchent-ils pas à nous endormir ?

(11)    patrimoine culturel, social, économique qu'écologique : Oups, aux piliers du DD on remplace l’environnement par « l’écologique » et on rajoute le culturel, le tout adressé au patrimoine. Pas facile de s’y retrouver dans la rhétorique écologique. Ils commencent à donner l’impression de ne plus maîtriser la matière.

(12)    travail : C’est évident que cet agrément n’est pas arrivé tout seul. Personne n’y avait pensé. Personne pour dire que tout le monde l’attendait. Pour faire passer un chat dans une aiguille, il faut travailler. Arbeit ! On dit merci à Bruno, le travailleur de l’ombre, le spécialiste des mots, la cheville ouvrière, le spécialiste pour faire passer une vessie pour une lanterne.

(13)    se limiter aux seuls aspects de l’environnement et de l’écologie : Le développement a trois piliers : l’économique, le social et l’environnement. Certains comme les éco-conseillers de Namur, de Strasbourg ou de Chicoutimi rajoutent en plus l’étique qui doit envelopper le tout. Pour l’ASPP65, il est important de dire, qu’en temps qu’association fraichement agréée « protection de l’environnement », ils vont faire preuve d’ouverture d’esprit, qu’ils ne vont pas s’occuper uniquement de l’environnement, qu’ils vont être justes, équitables et partager le gâteau durable avec le pilier social et le pilier économique. Ce sont de bons élèves qui vont appliquer le VRAI Développement Durable pur jus, comme dans les colloques internationaux ! Nous voilà rassurés sur leurs intentions, de braves gens.

Pourquoi mettent-ils « l’écologie » dans le développement durable ? Aie, cela fait tout de suite moins professionnel, en fait, ils semblent mélanger tout, ne rien avoir compris. Le bel édifice se lézarde, le second lapsus est aussi révélateur que le premier. Quelle gaffe, c’était pourtant presque parfait, mais le château est de cartes.

(14)    S’interdire toute idéologie tendant à un retour au sauvage : quelle surprise, les éleveurs n’aiment pas le sauvage, la nature sauvage, la nature. Vive les paysages créés par leurs ancêtres, les forêts calcinées, les brebis reproduites en nombre pour entretenir tout cela et garder la montagne propre. Les bêtes qui ne rapportent pas sont des bêtes sauvages ou des nuisibles (on ne peut nuire qu’à certains intérêts particuliers). Les végétaux qui ne rapportent pas sont des mauvaises herbes, des friches. L’homme doit tout écraser, tout contrôler, tout gérer. L’économique avant tout. Et paf, la belle construction étiquetée « Développement durable » vole en miettes. Le seul pilier qui compte, c’est l’économie. Chassez le naturel (la nature), l’instinct pastoral revient au galop.

(15)    La présence de l’homme : au centre bien sur. L’anthropocentrisme dominant le monde, imposant sa supériorité à tout ceux qui l’entoure, à son environnement, aux choses inertes et sans âmes, (comme les sauvages du nouveau monde) aux bêtes sauvages, poilues et griffues. L’Humanisme avec un grand H (Est humain ce qui est compréhensif et compatissant) opposé à l’obscurantisme des défenseurs de la forêt, ce lieu sauvage et sombre où vivent planqués les fauves prêts à bondir. Vous avez, comme eux, peur de la nature ? Tremblez d’abord braves gens, ils utilisent la peur, mais rassurez-vous ensuite, ils vont mettre l’homme au centre de tout, pour vous protéger de la nature envahissante qui ne demande qu’à refermer les beaux paysages ouverts. Ils ont des armes dont les feux pastoraux, contrôlés bien sur, ils contrôlent tout, éradiquent ce qui gêne. Qui en aurait douté ?

(16)    Façonner : Ils ont donnés une forme à la montagne, qui n’en avait pas. Plate elle était la montagne. Ils ont travaillé la matière, première. La Terre n’est qu’un tas de terre à travailler, une mine à ciel ouvert, une ressource. Comme ce sont des travailleurs, ils ont mis 9000 ans pour la façonner. Et avant ? Quoi avant ? Avant, il n’y avait rien que des sauvages et du sauvage. Une sombre histoire. Heureusement l’éleveur est venu, a vu et a façonné la montagne avec ses petits bras musclés. Il a dû travailler 9000 ans quand même, beaucoup plus que pour obtenir son diplôme.

(17)    entretenu: Que deviendrais la nature sans l’homme, que deviendrais la montagne sans le berger ? D’abord les ronces et les orties, les bruyères qui tournent en friche puis l’horreur des arbres, petits et grands, avec eux des bêtes qui rampent, qui creusent, se faufilent en silence et vous observent, des lianes qui grimpent, des plantes qui envahissent, l’ombre, la sécheresse, le vent, les incendies, les avalanches, la pluie, les tempêtes, les embâcles, la forêt peuplées de bêtes. La catastrophe, le retour du sauvage ! Mais non, halte là, les montagnards sont là. La civilisation veille, le brave éleveur brûle, tronçonne, arrache, broie, pulvérise, tire, chasse, empoisonne, braconne, éradique, envoie ses troupeaux pour brouter tout ce qui dépasse. La montagne est propre, entretenue comme un golf, nikel.

(18)    La préservation passe par l’action des hommes : Comment diable la nature a-t-elle pu se passer de l’homme ? Avant lui, tout n’était que désordre, anarchie, excès, dérèglements, exploitations, extinctions. Le paradis biblique ? Une fable. Heureusement, l’homme (le berger) est passé par là, réfléchis, censé, prévoyant, il a commencé à gérer ses ressources intelligemment en pensant au futur et tout c’est bien passé, se passe bien encore. Vous pouvez compter sur sa longue expérience (9000 ans quand même), la préservation passe par l’action des hommes, la nature est suicidaire, sans nous elle retournerait au néant.

(19)    Décisions locales : C’est qui tout ces types de l’autre village, de l’autre vallée, de la plaine (le piémont), de la ville (Pau, Toulouse), de la capitale (Paris), de Bruxelles (l’Europe) qui pensent à notre place, qui pensent tout court au lieu de s'occuper de leurs banlieues et aux sauvageons qui attaquent les honnêtes gens comme les ours nos brebis ? Les Pyrénées sont une république hors la loi. Chacun maître chez soi et les brebis seront bien gardées. En plus, « local », cela fait très « DD : penser globalement, agir localement ».

(20)    Us et coutumes : c’est comme les traditions, les pratiques ancestrales, où l’ont ne sait même plus pourquoi on le fait, parce que les anciens le faisaient, même si c’est une connerie. C’est la coutume comme tuer des animaux protégés par la loi (loups, coq de bruyère, ours), la coutume est un facteur de paix dans leur montagne. Quoi de plus stupide que de se référer à la tradition pour continuer à pratiquer l’injustice, l’imbécilité et la cruauté par simple référence au passé et aux anciens. La raison ? Protéger les avantages personnels et corporatistes qu’ils y trouvent.

(21)    Maintien de l’élevage : comme une personne grabataire et sans force qu’il faut soutenir, l’élevage est équipé de béquilles, d’aides et de subsides divers. Sans cela, il tombe, s’effondre et meurt. Quoi de plus normal que les éleveurs soutiennent l’élevage? Ce qui l’est moins, c’est que ce sont les prédateurs qui apportent l’argent et les médias qui grâce à eux mettent l’élevage à la une. Le dire est politiquement incorrect. Vouloir le beurre et l’argent du beurre : est-ce bien Durable pour les générations futures et pour l’environnement ?

(22)    traditionnelle : Dans certains pays, le mariage arrangé, l’excision, la corrida sont des traditions. Au Pakistan, les jeunes filles sont violées sur la place publique pour des fautes imaginaires, traditions culturelles encore. Les traditions ne sont pas très modernes, sont peu durables et ne respectent pas les aspirations des générations futures. Face à la connerie et à l’injustice, la tradition est un argument massue. Le braconnage des ours, une tradition. Encore quelques années et ceux qui brûlent des voitures la nuit du réveillon pourront exiger de continuer à le faire par tradition. L’obscurantisme et le conservatisme ont encore de beaux jours devant eux en France. Il faut sauver le patrimoine culturel pyrénéen. L’ASPP s’en charge.

(23)    conservation de l'environnement montagnard et de la biodiversité montagnarde : la conservation est l'acte qui consiste à préserver un élément dans un état constant. Tout ce qui entoure notre homme montagnard, la nature et les paysages ne doivent plus changer. Au diable l’évolution, les cycles de la nature, la croissance, les saisons. Tout doit être figé pour rester comme l’image romantique du paysage façonné par les ailleuls. Nostalgie, tradition et conservatisme. Le vivant est sauvage, il résiste, évolue, pousse, grandit, conquiert, vieillit ? C’est interdit, il faut conserver ce que l’homme a transformé et détruit pendant 9000 ans. Il faut couler du béton dans la montage pour que plus rien ne bouge ! Des tunnels, des routes, des barrages. Figer la situation. Tracer des chemins pastoraux a grands coups de pelleteuses, de la conservation ! Exploiter par câble des forêts escarpées et inaccessibles, de la conservation ! Brûler des hectares avec des feux incontrôlés, de la conservation ! Braconner et détruire des espèces protégées en voie de disparition, de la conservation !

La biodiversité, comme environnement, ce mot est polysémique. Chacun lui donnant un sens différent peut le revendiquer. Les éleveurs qui n’en n’ont mais vraiment rien à faire l’utilisent en créant des concepts (merci Bruno) comme la  « Biodiversité à visage humain » (S’il existe un biologiste pour m’expliquer ce concept, je suis preneur). Pour eux : c'est la diversité des animaux d’élevages que l’homme a manipulé depuis le néolithique pour créer des races plus spécialisées, plus productives, plus adaptées à certains milieux (ce qui ne l’empêche pas de les laisser disparaître et d’utiliser des races non adaptées, de la conservation encore !). Autre concept, la « biodiversité montagnarde » comme si la montagne était un habitat unique et uniforme. Il faut leur pardonner, les éleveurs ne sont pas biologistes. Bientôt peut être "la biodiversité à visage de montagnard" : la faune et la flore a béret, sans doute.

(24)    gestion de la faune et de la flore : Tout se gère : les affaires, les entreprises, les exploitations, les relations, la faune, la flore. Gérer c’est maitriser. La faune et la flore relèvent du sauvage, du naturel, du qui se débrouille bien tout seul, de l’ingérable, mais l’Homme et l’ASPP désire gérer, c’est à dire pour la faune : chasser, braconner, prélever, réguler, tuer, détruire, éradiquer, et pour la flore : extraire, arracher, extirper, broyer, brûler, tondre, pâturer. Le bon « gère » la biodiversité, le méchant « extermine » le pastoralisme. Il faut trouver des termes positifs pour parler de ses méfaits. De plus la limitation à la faune et à la flore endémique leur permet de balayer d'un trait les espèces présentes ailleurs dans le monde comme... les prédateurs (par exemple).

(25)    L’entretien des paysages : Que c’est beau une montagne propre, les paysages façonnés par l’homme à la place du désordre hirsute et incontrôlable de la nature sauvage. L’homme doit laisser sa trace, dompter ses peurs, ne garder que du vivant contrôlé, aligné, taillé, rassurant, du propre quoi.

(26)    Voir (10)

(27)    S'intéresser aux arts et traditions populaires : juste pour dire, en s’appelant "association de sauvegarde du patrimoine pyrénéen", il est bon d’y mettre un peu de culture, de s’intéresser aux arts, juste un peu; pas d’en parler ou de les pratiquer, juste s’intéresser. Vous pensez bien qu'avec les crises du pastoralisme, les prix bas, la mévente, les pandémies, les chiens errants, les salaires de bergers, ils ont bien d’autres ours à fouetter.

(28)    Etre un interlocuteur : bizarre pour une association qui boycotte toutes les réunions auxquelles elle est invitée pour peu qu’un accord sans conditions avec toutes leurs positions ne soit acquit d’avance. Interlocuteur veut dire parler ensemble, dialoguer, ne pas refuser tout dialogue, toute négociation. Prendre une vessie pour une lanterne...

(29)    développement de la vie économique, culturelle et environnementale : Après le patrimoine, la protection de la biodiversité, c’est au tour du développement de la vie d’être cuisiné à la sauce du Développement Durable. De nos jours, on n’en met jamais assez pour camoufler les pratiques anti-nature. Quant on recherche « Développer la vie environnementale » : Google répond "Aucun résultat trouvé pour "développer la vie environnementale" ! Voilà donc encore un nouveau concept, l’ASPP 65 est prolifique en philosophie de la nature et en écologie. Est-cela signifie simplement respecter la nature ? Surement que non, cela se saurait. Il doit s’agir probablement d’améliorer le taux de reproduction ovine ou de luter contre la Wohlfarta Magnifica, la mouche tueuse qui ravage les troupeaux. Attendons leurs références scientifiques pour juger.

(30)    Communiquer : Les slogans publicitaires transmettent des messages idéologiques, des arguments pour que l’on se comportent selon des règles fixées par les « agences de communication » en fonction des intérêts de leurs clients. Les éleveurs communiquent, fort, mal, bruyamment, mais ils communiquent et leurs messages passent. La presse locale avide de sensations et de brebis égorgées ne rate pas une occasion de charger les boucs émissaires de l’élevage. La responsable, c’est la nature et ses bêtes sauvages, étrangères de surcroit, qui viennent manger le bon bétail français. Allez, qu’un sang impur abreuve nos sillons !

(31)    tous les moyens nécessaires : même les plus illégaux. Les Pyrénées sont une zone de non droit, une république bananière avec à sa tête, quelques politiciens locaux omnipotents tout acquits à la cause des éleveurs et des chasseurs, leurs électeurs les plus bruyants et les plus violents (voir les saccages de mairies, les sièges de préfectures, les manifestations violentes, les menaces de morts, les incendies accidentels, les locaux visités, les traques organisées, les empoisonnements, les tirs à l’instinct, les destructions d’espèces protégées et j’en passe. D’autres associations vont jusqu’à se décharger de toute responsabilités dans leurs statuts : nos membres sont des irresponsables parfois violents, mais nous n’y sommes pour rien, ils sont comme cela de leur plein gré. Ce n’est pas moi, c’est l’Etat. Mais si vous les condamner, nous organisons une grande collecte pour payer les amendes, qu’ils soient chasseurs ou éleveurs. Voilà l’éthique du Développement Durable « à visage humain » de la république libre des Pyrénées.

(32)    bien vivre dans nos montagnes : comprendre décider de tout ce qui nous regarde, rejeter toute autorité extérieure, tout dialogue imposé, toute négociation où nous devrions faire des concessions, rester maître chez soi, isolés dans nos vallées, bien loin du bruit et de la fureur de la ville où tous les écolos-bobos ayatollahs et autres khmers verts noyautent les ministères et empêchent les chasseurs et éleveurs « ruraux » d’éradiquer en haut. Ce sont NOS montagnes, alors arrêtez de vous occupez de nos affaires. Vous êtes seulement admis si vous venez dépenser vos sous dans nos stations, achetez nos fromages d’AOC ou prendre des autocollants aux Pastoralies pour que nous puissions vous compter chaque année plus nombreux lors de cette "hénorrme" fête de la montagne vivante. NOS montagnes, alors circulez !

(33)    perspectives : Le ver est dans le fruit. Le travail a payé. L’ASPP65 fait partie des associations agréées, s’il vous plait. A eux les subsides, la participation aux administrations des parcs et réserves. Riche de l’expérience de l’IPHB ils pourront maintenant créer des commissions, organiser des réunions sans fin pour décider de ne rien décider à part aménager, gérer, contrôler, éradiquer, manifester, se plaindre et continuer à laisser les brebis seules dans leur montagne. Elles sont belles les perspectives, maintenant que le département (puisqu’il s’agit bien de lui) leur a accolé un cachet tout neuf, signe de leur virginitéécologique et de leur professionnalisme en ce qui concerne la protection de l’environnement et le développement durable, môssieur ! Rien de moins. La prochaine étape sera sans doute le prix Nobel de la résistance héroïque agricole.

(34)    coup d’arrêt : là on voit qu'ils en vaient gros sur la patate. La victoire de la montagne vivante est pour eux colossale. Le département que l’on peut qualifier maintenant de république pastorale reprend l’autorité sur les choses écologiques. Il va les écouter et toutes les autres associations de défense de l’environnement, les vraies cette fois, n’auront qu’à bien se tenir. Tout va changer. Espoir ou illusions ? Les français sont-ils tous assez bêtes pour rester aveugles, ils semblent le croire.

(35)    monopole d’un système de pensée unique / idéologie : De quand date le pastoralisme ? A t-il beaucoup changé ? Les éleveurs pensent-ils différemment de leurs arrières grands parents ? De quand date le début de la prise de conscience de la protection de l’environnement ? De l’économique, du social ou de l’environnemental, quel est le pilier du DD qui domine dans notre monde actuel ? La nature envahit-elle l’agriculture et le paysage ? Menace t-elle les villes et l’urbanisation du territoire ? L’emploi est-il pléthorique et le bien être envahissant ? Qu’elle est la vision philosophique la plus répandue en ce qui concerne les relations homme/nature ? N’est ce pas l’anthropocentrisme, le conservatisme, le poids des traditions, la destruction de la nature ? Vous avez dit idéologie et système de pensée unique : un berger ou un politicien local a-t-il le droit de penser différemment de vous, de dire qu’il est favorable à une possible cohabitation, que les Pyrénées sans ours ne seraient plus les Pyrénées ? Répondre à ces questions permet de voir où se situe l’idéologie, le système de pensée unique, l’obscurantisme, la dictature et où se situe l’éthique, la vision du futur, le respect de la nature et de la Terre qui est unique et finie.

(36)    Nos montagnes : votre agrément vaut-il certificat de propriété ? Allez vous les clôturer pour vous retrancher à l’abri des importuns qui en veulent à vos traditions anti-nature. Paranoïaques ou xhénophobes ? Les Pyrénées aux valléens !

(37)    De terrain : Bien ancrés dans vos montagnes, vous considérez quelles vous appartiennent, que le pastoralisme a façonné le paysage, que vous les avez modelée, que vous devez rester maître de votre monde, que les autres sont des étrangers, des irresponsables, des bobos, des intellectuels citadins, des chercheurs, des scientifiques, des philosophes qui croupissent dans des bureaux, tandis que vous, vous avez les pieds sur terre, vous êtes les bons pasteurs qui gardent leurs troupeaux. Vous représentez la vérité, Dieu en somme. Qui a parlé d’idéologie ?

(38)    rêveurs ou sectaires : La science infuse, les raisonnements cartésiens, l’humanisme, les éleveurs de l’ASPP65 se battent contre de doux rêveurs, des utopistes de salon qui rêvent de survie du monde et de changement de paradigmes. leur combat est probablement injustement reconnu. Heureusement, cette reconnaissance départementale leur apporte de nouvelles perspectives. Ils vont pouvoir continuer à faire passer des vessies pour des lanternes, peut-être même plus qu’avant. Dans « Quelle éthique pour la nature », Jean-Claude Génot écrit :

« Ceux qui reprochent à l'écologie de favoriser l'avènement d'un régime écofasciste ne voient pas que leur immobilisme actuel, face à la crise écologique majeure risque plus sûrement de voir l’émergence de régimes autoritaires, soit à cause du repli sur soi et le la xénophobie face à la croissance des mouvements de population provoquée par les changements climatiques, soit à cause des mesures impopulaires pour résoudre les urgences. L'écologie profonde est empreinte de non violence, d'altruisme et de volonté de bien-être et d'autonomie pour chaque individu. Elle cherche un nécessaire équilibre entre nature et culture, émotion et raison et ne se place nullement dans l'irrationnel ou le mystique puisqu'elle s'inspire de fondements scientifiques établis.» (...)

Gary Snyder, poète et essayiste de l'écoIogie profonde ajoute « une culture qui se détourne - de la nature sauvage extérieure - et de cette nature sauvage, celle de l'intérieur, est condamnée à un comportement extrêmement destructeur pouvant même se révéler autodestructeur ».

Voilà qui ressemble étrangement à l'état actuel du pastoralisme pyrénéen : en crise profonde, durable et inchangée, malgré les années, les aides et les subsides qui arrivent à peine à le maintenir en vie artificiellement. Avec les prédateurs, disparaitront les aides, les caméras de télévisions, l’intérêt des français et le pastoralisme lui même. Ils seront alors parvenus à rendre les Pyrénées, que leurs ancêtres avaient "façonnés", plates comme les Flandres. Ils doivent ouvrir les yeux et arrêter de rêver.

Baudouin de Menten

Lire : Armand Farrachi : Petit lexique d’optimisme officiel


 

 

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