Marie Lise Broueilh : la jument de Troie pastorale

Des taupes dans les Pyrénées

Dans un communiqué de presse, le bureau de l’ASPP 65 informe que par arrêté ministériel du 16 août 2009, Marie-Lise Broueilh a été évincée du conseil d’Administration du Parc National  des Pyrénées. 

Marie-Lise Broueilh avait été nommée au conseil d’administration le 15 juillet 2009 par un arrêté de nomination pris par le Ministère sur proposition du Préfet. Cela n’avait pas manqué de faire réagir les associations de défense de l’environnement et posait la question de l’avenir de l’ours brun dans le Parc National des Pyrénées.

L’ASPP 65 (Hautes Pyrénées) est une association de défense du pastoralisme, une association agricole qui essaie de se faire passer pour une association de défense de l’environnement. Ce qui ne trompe évidemment personne. L’organisme qui fédère les associations de protection de l’environnement en France : "France Nature Environnement" a bien évidemment réagit face a cette tentative de faire rentrer un "cheval de Troie" anti-ours, dans ce cas, une jument opposée a toute mesure environnementale, dans le Parc National des Pyrénées.

Deux mois après le premier, un arrêté modificatif était pris pour retirer Marie-Lise Broueilh de la compétence environnementale et la placer dans la case "agricole" ce qui était sa place naturelle, vu ses activités.
 
La bouillonnante présidente de L’ASPP 65, proche de Philippe Lacube, qui se croyait déjà dans la place a, suite à cela, entamé une action en référé devant le tribunal administratif de Paris pour récupérer son strapontin. Le jugement devrait intervenir prochainement, le 27 octobre avant d’être traité au fond plus tard.

Marie-Lise Broueilh virée du Conseil d'administration du Parc National des Pyrénées Le 16 octobre, un troisième arrêté vire Marie-Lise Broueilh du CA du Parc des Pyrénées. Les deux places qui étaient destinées aux associations environnementales vont donc effectivement revenir à des associations dont l’objet social est la défense de l’environnement (Unimate 65 Nature Midi-Pyrénées et FNE MP). Les choses rentrent donc dans l’ordre et Marie-Lise Broueilh sort du PNP.

Dans une récente interview, Chantal Jouanno, la secrétaire d’Etat à l’Environnement a remis les choses au clair sur l’engagement de la France pour sauver l’ours des Pyrénées. Thierry Sentous a bien essayé de couper les propos peu favorables aux desseins des opposants au plantigrade, mais la diffusion de l’interview complète a permis de découvrir que Chantal Jouanno comptait maintenant rencontrer les acteurs afin de fixer "où, quand et combien d’ours" devront être réintroduits pour maintenir une population viable d’ours dans les Pyrénées.

Le nuage de sauterelles que la buvette prévoyait sur la tête de la ministre suite à cette interview est bien arrivé. Louis Dollo sur Tarbes-Infos.com y voit «des grandes manœuvres». Lire : Marie-Lise Broueilh évincée du CA du Parc National

Mais qui a essayé à manœuvrer et a placer ses pionts dans cette histoire? Quelles actions a mené l’ASPP 65 en faveur de l’environnement pour justifier sa respectabilité dans le cercle des associations environnementalistes? Au vu des personnes et organismes qui soutiennent l’ASPP 65, des actions et des communiqués de l’association, il est évident qu’il s’agit d’une association agricole ayant pour unique but la défense du pastoralisme et surtout d’œuvrer à la disparition de l’ours des Pyrénées. Essayer de faire disparaître une espèce protégée du patrimoine animal des Pyrénées n’est pas vraiment un but légitime pour une association qui se voudrait «association de défense de l’environnement». La forfaiture était évidente.

L’échec final d’une longue stratégie

Marie-Lise Broueilh est donc sortie du CA du Parc des Pyrénées à grands coups de bottes. Ce n’est que justice. Il s’agit pour les associations pastorales de l’échec d’une longue stratégie. Pour Louis Dollo, cette radiation est une sortie «sans aucune explication». La Buvette des Alpages va donc la lui donner.

En 2006, les ultra-pastoraux anti-ours mettaient en place une stratégie basée sur la création d’associations. Pourquoi ?

Toutes les associations qui se sont créées :

prévoyaient dans leurs statuts «la défense du patrimoine environnemental». Elles ont commencé à demander des agréments au Ministère de l'Ecologie. En effet, sur un plan purement administratif, elles avaient le droit d’être agréées. De plus, cela leur donnaient le droit de siéger dans tout un tas de commissions locales «dans le massif, les vallées et les territoires», (pour utiliser le language ipéhachebé), là où étaient peu actives les associations environnementales à vision moins locale et surtout l'espoir de partager le gâteau financier.

Je pense que c’est le "guide de pays" qui est à la base de cette stratégie du «cheval de Troie». Il leur a fournit les documents administratifs. Certaines associations pastorales, puisqu’il s’agit bien de cela et pas d’associations environnementales, ont même obtenus des «agréments départementaux». C’est ainsi que l’Association de Sauvegarde du Patrimoine Pyrénéen, l'ASPP 65 de Marie-Lise Broueilh a été agréée «Association de Protection de l’Environnement» par le département des Hautes Pyrénées. Après l’intégration dans le texte de l’AOC «Barèges Gavarnie» d’une phrase justifiant l’absence de gardiennage des troupeaux, une nouvelle étape était franchie, cette fois-çi pour introduire des associations, des «taupes» pastorales dans le milieu des défenseurs de l’Environnement.

On était en 2006. En 2008, deux ans plus tard, toutes les commissions devaient changer de mains. La composition du CA du Parc National des Pyrénées devait être revue par la nouvelle loi et les places pourraient être ainsi bousculées. L’idée était d’installer les associations pastorales pour qu’elles puissent influer sur la nouvelle charte établie par les collectivités locales concernées, comme pour les PNR et pour qu’elles puissent siéger comme représentantes du mouvement écologiste et des associations environnementales. Des défenseurs de l’environnement issus des éleveurs de brebis anti-ours ! Le cheval de Troie entrait dans les murs de la forteresse qu'ils rêvaient de prendre, obnubilés qu'ils sont par le noyautage des ministères par la "mouvance" écologiste qui bien sûr organise un grand complot dans l'ombre.

C’est ce qui s’est passé pour l’ASPP 65. La stratégie de l'ancien comptable qui est membre de l’ASPP 65 a presque réussit, mais la ficelle était quand même grosse : des sièges destinés aux représentants de l’écologie occupés par les associations pastorales. La DIREN et les «escrolos» allaient donc voir leur influence, voir même leur existence remise en cause dès 2008. Le partage du gâteau financier réorienté vers les éleveurs de brebis devant provoquer, ils l’espéraient, des problèmes financiers et le licenciement du personnel associatif.

Marie-Lise Broueilh participant à une réunion du CA du Parc National des Pyrénées. Cherchez l'intrus

Marie-Lise Broueilh participant à une réunion du CA du Parc National des Pyrénées. Cherchez l'intrus. (Dessin de F'Murrr, extrait de la BD Le Génie des Alpages. C'est fou ce qu'il y a moyen d'illustrer de sujets avec F'Murrr.)

C’est à cet objectif qu’étaient destinées toutes les créations sémantiques de Bruno Besche-Commenge, le linguiste : verdir le discours des associations pastorales. Faire passer la rhétorique anti-environnementale de l’ASPP 65 pour de la «Biodiversité à visage humain». C’est cela qui a fait capoter cette tentative d’infiltration, le «storytelling» ou machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits du discours de l’ASPP 65 n’était pas au point. 

Remarquez que cette stratégie n’a pas été appliquée que dans les Hautes Pyrénées; elle l’a été aussi en Ariège et dans les Pyrénées catalanes ou une «charte» était en cours d’élaboration.

Pour passer pour une association environnementale, le discours devait suivre, se peindre en vert et dissimuler les intentions profondes hostiles des associations. Ce n’était pas le public qui devait être trompés : impossible, les français ne sont pas dupes; mais par contre, le discours était utile aux politiques qui devaient participer à l’infiltration du système et à la mise en place de «taupes» dans les commissions départementales. C’était la tâche de Bruno Besche-Commenge. Vous pouvez relire à ce sujet les analyses de Farid Benhammou, de Marc Laffont, de Stéphan Carbonnaux et de la Buvette :

Le décalage entre le discours et la réalité était énorme.

Le boycott du Groupe National Ours des Pyrénées (GNOP)

Outre cette stratégie de «la jument de Troie», les ultra-pastoraux ce sont aussi opposés à la mise sur pied du Groupe National Ours des Pyrénées, le «GNOP» ! Les têtes pensantes de l’ASPP 65 ont échangés des informations avec Laurent Garde du «Centre d’Etudes et de Réalisations Pastorales des Alpes Méditerranée» CERPAM.

Laurent Garde est connu pour son étude sur les dégâts des chiens errants, dégâts qu’il, vu son opposition aux prédateurs, avait intérêt à minimiser pour charger un peu plus le loup. Le CERPAM a été créé en 1977 à l’initiative des Chambres d’Agriculture de la Région Provence Alpes Côte d’Azur, est financé par le Conseil Régional Provence Alpes Côte d’Azur, par l’Etat, l’Union Européenne, les Conseils Généraux, les collectivités locales et les Chambres d’Agriculture.

Pour Laurent Garde, la création du GNOP, si elle devait servir à accompagner de nouveaux lâchers d'ours, était à rejeter absolument, par contre s’il elle devait servir à maintenir, à «gérer l’existant», qui de toute façon, vu les «accidents» de chasse réguliers, avait une furieuse tendance à décliner, cela serait par contre «à réfléchir».
 Pour Laurent Garde, l’opposition farouche à l’ours des associations pyrénéennes était plus payante que la volonté des alpins à discuter.

Laurent Garde était donc pour les pyrénéens une taupe au Groupe National Loup déjà avancé, un indicateur, un spécialiste de la négociation qui profitant de sa participation au Groupe Loup, les tuyautait sur le fonctionnement du groupe, les erreurs à ne pas commettre, pour un éventuel groupe Ours, et sur les prises de positions et stratégies du ministère. Il ne fallait absolument pas que les éleveurs pyrénéens mettent le doigt dans le mécanisme d’un groupe Ours, d’où sans doute, le boycottage (un mode d’action habituel) du GNOP par les associations pastorales.

Il était indispensable d’obtenir, avant d’accepter une participation au GNOP, l'abandon officiel de nouvelles réintroductions. Ce qui, vu le contenu des rapports BINET-ESCAFRE ( Évaluation à mi-parcours du plan de restauration et de conservation de l'ours brun dans les Pyrénées françaises 2006-2009 et Évaluation  ab initio du plan de soutien à l'économie agro-sylvo-pastorale pyrénéenne 2006-2013) ne s'est pas produit.

C’est ainsi que l’ASPP 65 a fait savoir officiellement à Nathalie Kosciusko-Morizet (NKM) qu’il refusait le terme de «groupe ours», proposant le terme de «Commission consultative sur le développement durable des Pyrénées» plus en accord avec le nouveau langage verdâtre de l’association. Il fallait utiliser les structures départementalisées, dont l’ASPP, fraichement labellisée «association environnementale» ; il était important d’avoir une vision globale, qui dépasse «le seul animal emblématique», reconnaissant ainsi implicitement ce statut à l’ours, statut qu’il ne peuvent plus nier.

D’autre part, en adoptant le vocable de «Développement Durable», l’ASPP 65 imposait le droit de ne pas parler que «d’écologie» ou du pilier Environnement du DD avec l’État et les interlocuteurs strictement écologistes, mais aussi de faire participer des partenaires sociaux et économiques, les élus des vallées qui sont favorables aux thèses des anti ours, des communes, gestionnaires d’espaces, agriculteurs, conseils généraux et régionaux, CCI, CA, Chambre des métiers, etc.

Le «greenwashing» de leur discours permettait de changer totalement d’équilibre dans le dialogue, du moins le croyaient-ils. Pour eux, cela aurait été tout bénéfice. Seul manquait l’aspect éthique dans le concept du Développement Durable, aspect qu’ils rejettent bien sûr, vu l’incompatibilité entre leur cause : la disparition désirée de l’espèce, et la défense de l’environnement. Le mensonge et la tromperie ne relève pas de l'équité.

Pour les ultra-pastoraux, Il était indispensable que chaque association de l’ADDIP participe au GNOP pour justifier les différences de pratique pastorale d’un bout à l’autre de la chaîne.
 Ils étaient inquiets car le caractère «national» affiché du GNOP (et non strictement pyrénéen), sous-entendait que des associations nationales comme FERUS, association ennemie, devaient y siéger. Impensable. S'ils pouvaient, seuls ceux qui pensent comme eux, les "valléens", ceux "du massif" participeraient, les autres étant contaminés par les influences écologistes, citadines ou parisienne.

Bruno Besche-Commenge pensait qu’il fallait «arrêter de parler des ours», que les associations environnementalistes voulaient réduire les associations pastorales à ce seul sujet, d’où le création du GNOP. Le théoricien de l’opposition pastorale préférait prendre les écolos à contre pied sur leur propre terrain en développant le concept de «la biodiversité à visage humain» et en parlant de «développement durable». Il était convaincu qu’ils en savaient au moins autant que la ministre sur le dossier de l’ours, du loup, des Pyrénées, de l'écologie, du DD etc.

Louis Dollo, la fleur au fusil (à la souris?), comme le général avant la bataille, était convaincu que les éleveurs n'avaient même pas conscience de la force qu'ils pouvaient représenter. Les têtes pensantes allaient s’occuper des dossiers et de la défense des éleveurs devant la cour européenne pendant que les éleveurs rentraient les foins. Ils espéraient que "la France allait perdre face aux éleveurs". C’est l’échec d’une stratégie, Chantal Jouanno, vient de le montrer.

De cela, la Buvette des Alpages prévoit une nouvelle poussée de «colère des Pyrénées», de nouveaux boycotts, de nouvelles sorties de «demoiselles». La stratégie ne marche pas, qu’importe. Nous allons avoir droit à «toujours plus de la même chose». Le pastoralisme pyrénéen aveugle fonce dans le mur, tête baissée en chantant Montagnes Pyrénéé-euh...Ces montagnes

Qui sont si hautes
Elles m’empêchent de voir
Où sont mes amours

Baissez-vous montagnes
Plaines haussez-vous
Pour que je puisse voir
Où sont mes amours

Ces montagnes
Tant s’abaisseront
Que mes amours
Apparaîtront

Ces montagnes
Qui sont si hautes
Elles m’empêchent de voir
Où sont mes amours

Longue vie à la population d'ours des Pyrénées!

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