Régulation

Tout ce qu'on veut voir sous contrôle doit être régulé: le cours des fleuves, les espèces financières, les espèces animales - plus menacées que les précédentes. «Nos amis les chasseurs, ne tuent donc pas. À l'unité ils prélèvent, en série ils régulent». Sans nos amis les chasseurs, «les renards attaqueraient les vieillards dans le métro», dit avec une grande vraisemblance le sénateur Michel Charasse. Bien qu'on admette généralement que les herbivores soient régulés par les prédateurs, qui s'autorégulent en fonction des ressources du territoire, les chasseurs sont convaincus que la nature compte sur eux pour maintenir ses équilibres.

C'est sans doute pourquoi ils exterminent (ou éradiquent) les prédateurs (loups, ours, lynx, renards...), puis «lâchent» du «gibier» dans la nature (faisans, «cochongliers»...). Après quoi ils régulent pour le plaisir. Ils sont donc «gestionnaires de la nature». Belle idée, à étendre à d'autres domaines. D'ailleurs, quand on leur demande pourquoi ils tuent les animaux, ils répondent que c'est par amour de la nature.

À ce compte-là, si l'amour se mesure en violence exercée contre son objet, rien n'interdit de pratiquer le viol par amour des femmes, ni de briser les vitraux par amour des cathédrales. Mais est-il si absurde que ceux qui se conduisent en vandales se prétendent gestionnaires puisqu'en effet les gestionnaires se conduisent en vandales ?

Pour complaire aux éleveurs, le ministre contre l'Écologie a jugé utile de réguler une population de quarante-cinq loups en faisant abattre six d'entre eux (NDLB : 2007). En juin 2006, en Bavière, on a régulé la population d'ours, limitée à un seul individu, en le faisant abattre, de façon qu'elle reste égale à zéro, seul taux supportable. (NDLB : Lors de la manifestation des chasseurs en Ariège en septembre 2009, un chasseur déclarait : «Pour l'ours, je n'ai qu'une envie : que la régulation se fasse et qu'on arrive au point zéro») De même que les animaux sauvages comestibles sont appelés gibier, la belette est un «nuisible», le putois un «puant», les rapaces des «becs-crochus». Le gueuleton s'appelle la «pause conviviale de midi». À l'image des précieuses qui appelaient les chaises les commodités de la conversation, pourquoi les gestionnaires de la nature n'appelleraient-ils pas leur fusil «la commodité de la régulation? »

La régulation ne se limite pas aux espèces sauvages: «La mission du camp modernisateur est d'introduire au cœur d'une économie de liberté de nouvelles formes de régulation.» (Jean-Louis Bourlanges «Les embarras du centre»)

Armand Farrachi

Source : Armand Farrachi : Petit lexique d’optimisme officiel
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