Les chasseurs sont ciblés

Patrice Sanchez interroge l'Association Sépanso-Béarn.
Article paru dans le journal Sud-Ouest

HAUT BÉARN - 5 ans après la mort de Cannelle, les écologistes attaquent de nouveau les chasseurs

L'ourse Cannelle, abattue par René Marquèze le 1er novembre 2004Epaulés par leur fédération, les associations de chasseurs d'Urdos et de Borce reprendront le chemin du tribunal de grande instance de Pau le 16 novembre, dans le cadre d'une procédure civile. Ils devront s'expliquer sur le fondement de l'organisation de leurs territoires mis en réserves dans le but de sauvegarder les espèces protégées. Dont l'ours.

Le Code de l'environnement prévoit que 10 % des espaces naturels ne doivent pas être ouverts à la chasse. Dans quelle mesure est-il ou non respecté ?

À l'origine de ce nouveau bras de fer : la Sepanso, dont les membres dénoncent la validité des périmètres déterminés. « Selon nous, les associations de chasses d'Urdos et de Borce ne possèdent pas les documents officiels, approuvés par le préfet, prouvant l'existence des réserves en question », explique Jean Lauzet, un des spécialistes de l'ours en Béarn.

Responsabilité

Dans la même veine, un autre recours a été déposé devant le tribunal administratif. Il vise cette fois les associations communales de chasse agréées de Laruns en vallée d'Ossau, et d'Etsaut en vallée d'Aspe. La Sepanso reproche au préfet d'avoir avalisé l'intégration des réserves de chasse dans la zone du Parc national. «Or, il est déjà interdit de chasser dans le Parc national. Nous demandons que les périmètres de protection soient déplacés là où l'on sait que l'ours ne se rend pas

«Il faut que les chasseurs évoluent dans leurs pratiques», ajoute François Ruffié, l'avocat de la Sepanso. «La montagne ne leur appartient pas. On fait appel à leur responsabilité individuelle et collective. S'ils ne parviennent pas à s'autogérer, ils s'exposeront, un jour, à une interdiction totale de chasse. Tel n'est pas notre objectif

Le président de la société de chasse d'Urdos n'en revient pas. «Je comprends les arguments des écologistes. Mais pourquoi n'attaquent-ils pas plutôt l'État qui n'a rien trouvé à redire au moment de la création de l'association en 1977 ? À l'époque, contrairement à ce que pense la Sepanso, le préfet a approuvé nos statuts. Je ne vois pas pourquoi les anciens auraient triché. C'est une histoire de fou. Autour de 60 % de la commune d'Urdos se trouvent dans le Parc national. C'est quand même énorme comme espace protégé. Notre territoire de chasse représente 1 600 hectares. Ils veulent finalement nous interdire de chasser partout.»

Le président de la fédération de chasse, Bernard Placé, dénonce, de son côté, «l'acharnement» des écologistes en général et de la Sepanso en particulier. «J'ai cru pendant longtemps que nous pouvions discuter et travailler ensemble. Tel n'est pas le cas. Ils sont dans une logique destructrice. Quand le Parc national a été créé, l'État a englobé les territoires qui étaient déjà classés en réserves. Ce même État n'a jamais bougé. On ne comprend pas.»

Un million d'euros

À la Sepanso, Jean Lauzet ne dit pas non plus le contraire. À ses yeux, la France a de quoi rougir de sa politique à l'égard des espèces protégées dans les Pyrénées. C'est aussi la raison pour laquelle une procédure a également été engagée contre l'État. La Sepanso lui réclame ainsi un million d'euros de dédommagement pour la perte de Cannelle (300.000 euros à l'Institution patrimoniale du haut Béarn : IPHB) et le non-respect de conventions internationales.

D'autres plaintes sont aussi en cours à l'échelon européen non seulement à l'initiative de la Sepanso mais aussi du Fiep (Fonds d'intervention écopastoral) ou de Férus. «Elles visent à obtenir le renforcement de la population d'ours et la mise en place de mesures de protection spécifiques qui n'existent pas aujourd'hui», commente Jean Lauzet. «Dans ces affaires, on constate que l'on ne doit rien du tout à l'État français. À chaque fois, ce sont les associations qui font avancer les choses. Soit en le poussant directement à agir. Soit en saisissant la justice. Dernier exemple avec les recours contre les arrêtés du préfet sur les périodes de chasse. La Sepanso a obtenu l'interdiction de la chasse quand l'ours est susceptible d'être actif dans certains secteurs d'Aspe ou d'Ossau. La même action est d'ailleurs entreprise en Ariège.»

Remplacer les femelles

«Aujourd'hui, la population d'ours dans les Pyrénées est de quinze individus. Il en faudrait le double si l'on s'en tient au plan de restauration initial», indique pour sa part Jérôme Ouilhon, du Fiep. «On pense que des lâchers massifs ne sont pas une bonne solution. Ils poseraient des problèmes. On demande donc une ou deux réintroductions par an. La suite doit dépendre du niveau de reproduction. Le plus urgent est de remplacer les deux femelles abattues : Claude en 1994 et Cannelle en 2004». Même si les préconisations des scientifiques portent plutôt sur une implantation de six femelles dans les Pyrénées occidentales.

Un seul ours en Béarn

Les chiffres sur la présence d'ours en Béarn ne font pas l'unanimité. Officiellement, on en compte quatre : Néré, Aspe-ouest, Camille et le petit de Cannelle. À la Sepanso, Jean Lauzet n'y croit pas. Pour lui, Néré serait le dernier à évoluer chez nous. Âgé d'une trentaine d'années, Camille pourrait être mort de vieillesse. Le fils de Cannelle semble être du côté de Cauterets. Aspe Ouest passerait le plus clair de son temps en Espagne.

Auteur : Patrice Sanchez


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