Un éclairage sur la prédation en France et dans les Pyrénées

Un éclairage sur la prédation en France et dans les Pyrénées Un éclairage sur la prédation en France et dans les Pyrénées

La question de la prédation sur le cheptel domestique et sauvage dans les Pyrénées est un sujet délicat et pleins de controverses. Actuellement, il n'existe pas de méthode statistique fiable pour évaluer les dégâts causés par les chiens divagants sur le cheptel domestique comme sur la faune sauvage. Les études existantes sur l'évaluation de la prédation par des chiens divagants sur le cheptel domestique reposent sur du déclaratif. Trop de biais existent et ne peuvent pas être lissés par des méthodes statistiques (Marboutin, com pers.). Aussi les chiffres disponibles sur la prédation en France par les chiens divagants sont difficilement utilisables.

En France la prédation par les chiens domestiques sur le cheptel ovin est estimée dans une fourchette située entre 0,25% (d'ovins au pâturage victimes d'attaques de chiens par an) et 5 % (BROSSE-GENEVET, 2007). Le niveau de la prédation sur le cheptel ovin par des chiens divagants en France est donc compris entre 25.000 (source organisme agricole) et 500.000 brebis (source naturalistes) sur les 10 millions de têtes du cheptel ovin national.

Sur les Pyrénées le niveau annuel de pertes de brebis est évalué entre 17.000 et 28.000 brebis par an (entre 3 et 5%) sur un cheptel en estive de 570.000 ovins (REYNES, 2005). Ces pertes sont dues au dérochement, foudre, prédation, vols humains, maladies. Sur les Pyrénées-Orientales une étude de la Chambre d'agriculture réalisée à la fin des années 1990 évalue le niveau des dégâts par des chiens divagants. Il se situe entre 300 et 800 brebis par an sur un cheptel de 18.000 brebis (soit une proportion de perte sur un troupeau estimée entre 1,5 % et 4,5%).

A l'inverse, l'évaluation de la prédation par des prédateurs sauvages protégés (Ours, Loup, Lynx) provient d'une procédure standardisée: réalisation d'un constat d'attaque technique, expertise et recherches d'indices, avis de l'administration à partir de grilles d'analyses. A partir de cette procédure nous pouvons dire que l'Ours dans les Pyrénées françaises occasionne entre 200 et 300 dégâts par an sur le cheptel ovin domestique (MEDAD, 2007). Sur cette fourchette de dégâts attribués à l'Ours, tous les dégâts ne sont pas scientifiquement prouvés comme étant directement liés au plantigrade. Certains dégâts peuvent le devenir via un arbitrage au sein de la commission dommage à la Préfecture de chaque département pyrénéen. En zone de présence de l'Ours, le bénéfice du doute est favorable à l'éleveur (cas de dérochement en zone à Ours).

Autour du phénomène de la prédation (à l'impact psychologique et économique) les argumentaires idéologiques œuvrent ni en faveur de la cause des proies ni de celles des prédateurs. Au sein de l'Association pour la Cohabitation Pastorale, nous préférons travailler au développement de moyens pour la protection des troupeaux et à la recherche, pour améliorer leur efficacité pour une aide concrète au pastoralisme de montagne. Un des moyens pour lutter contre la prédation est la mise en place de chiens de protections dans les troupeaux.

Une étude réalisée en 2002 a permis d'évaluer l'efficacité des chiens de protection sur les Pyrénées.  Cette étude, à partir d'une vingtaine d'élevages, démontre une baisse annuelle moyenne de 90% de la prédation sur les troupeaux ovins après le placement de chiens de protection. Le nombre de brebis sauvées par le chien de protection s'élève à 250 brebis (REYNES, 2005) sur une année sur les 20 élevages.

Cependant, sur l'échantillon, des conduites différentes des troupeaux sont observées : avec bergers, sans berger, regroupement nocturne sans regroupement…

Le gardiennage des troupeaux est un des leviers d'optimisation en terme d'efficacité des chiens de protection. D'autres éléments doivent l'accompagner : l'augmentation du nombre de chiens, l'effort sur la sélection (ZAIRE, 2004), et les connaissances sur le chien. Pour être efficace, l'ensemble de ces éléments se déclinent tant sur des approches quantitatives que qualitatives.

Olivier SALVADOR,
Technicien Fédération des réserves naturelles catalanes-ACP
Lettre d’information N° 9, novembre 2007
24 rue Jean Jaures - 66500 Prades
Tél. : 04.68.05.38.20 - [email protected]

Ariège : une mortalité totale ovine estimée à 6%

D'après un document de 2004 de la chambre d'Agriculture de l'Ariège, document sur l'élevage ovin transhumant en Midi-Pyrénées sud, la mortalité totale ovine est estimée à 6 %. Sachant que :

  • l'ours est responsable d'une mortalité qui varie entre 0,1 ou 0,2 % en Ariège, un peu moins sur l'ensemble de la chaîne, et
  • que la mortalité moyenne couramment admise pour les brebis est de l'ordre de 3 %,
il faut bien que le surplus de mortalité ariégeoise : 6% moins 3,2% = 2,8% vienne de quelque part... même si tout n'est pas imputable à des chiens. Y a t-il plus d'orages en Ariège qu'ailleurs ?

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