A gauche to the buvette

Le rétrécissement de la morale, exemple 3 : "L’impolitesse du pouvoir"
Extrait de F’Murrr, Le Génie des Alpages n°13 «Cheptel Maudit»

Voici une petite fable métaphorique qui illustre l’aveuglement du pastoralisme et des éleveurs face aux dangers qui mettent l’activité en péril : chute des prix, mévente, abandon du gardiennage, manque de soins, baisse de la consommation en viande ovine, absence de rentabilité, industrialisation des méthodes d’élevage... Face à tous ces dangers, seule l’opposition aux prédateurs les occupent. Illustration.

Note de la Buvette (NDLB) : Le berger Athanase Percevalve mène son troupeau dans la montagne, il change d’estive ou d'alpage. Seule une brebis meneuse («Tombed Camioned», une étrangère, une brebis anglaise de race Suffolk), en tête du troupeau ose l’aborder.

A gauche, to the buvette

La brebis : « Ha-Hem ! »
Le berger : « Plaît-il ? »
La brebis : « Eh bien..., il me semble mon bon berger... »
Le berger (la bouche en forme de coeur): « voui ? »
La brebis : « ... que ces altières cimes là-bas, au loin se couronnent de subreptices et ténébreuses nuées... quasi noires !»
Le berger : « Ah. »
La brebis : « Et qui gonflent et qui s’enflent et s’étendent, et croissent comme une malédiction !!! »
Le berger : « Ah. »
La brebis :  « ... Et si je ne m’abuse, praticien, le chemin que nous empruntons céans, sous votre conduite, peut-être éclairée, se dirige inexorablement vers ces inquiétantes prémices... Et mon cœur tremble d’inquiétude !
C’est une métaphore – Ne vous semblerait-il point, ô Guide Suprème, quoique rural, opportun d’infléchir notre course vers la senestre, là où les vents sont favorables, les horizons riants, la végétation sereine, vers cet établissement si justement renommé, La buvette des cimes ? »
Le berger : « Qui est berger ? »
La brebis :  « C’est toi, ô mon Berger, le Grand Technicien des surfaces inclinées ; concaves zou convexes ! »
Le berger : « Bon alors, on va là ousk je décide qu’on ira ! Et voilà ! »
La brebis :  «  La raideur qui paraît au discours que tu nous tiens, berger, ne serait-elle point le fruit coriace de quelque contrariété, quelque trouble intérieur ??? Dis-nous berger, la cause de ton tourment ? »
Le berger : « Ca va très bien ! On ira ousk j’aye dit ! Et cesse de faire des phrases ! C’est agaçant...à la fin. »
La brebis :  « Je crains que nous ne soyons mal équipés pour affronter la colère des cieux... »
Le berger : « Ecoute, j’ai marqué là dedans ce petit carnet : « aujourd’hui, on va au Pas-Du-Brou-De-Haha, jusqu’au vallon du Romain-pris-de-Boisson » !
La brebis : « Mais le climat ne se prête que médiocrement à l’application d’un arrêté bureaucratique... »
Le berger : « Taka serrer les dents ! C’est écrit : on y va ! »
La brebis : « Est-ce bien raisonnable ? Cher berger, l’écrit n’est que la marque d’un projet, lequel est réformable selon la circonstance ; donner la priorité à l’administratif sur la réalité du contexte ne peut que déboucher sur d’incertains résultats, si pas catastrophiques. Suivront nous ce berger ou bien suivrons nous ce que nous dicte ce bout de papier avecque des mots zécrits dessus ? »
Le berger : « Tu vas longtemps me brouter le béret ?
La brebis : « La raison... Petit crétin, on va le savoir que tou sais lire, écrire et tout, et que tou te déplaces sur tes deux pattes, tout ça pour quoi ? »
Le berger : « Tu sais, Buffon, ce qu’il écrit sur les brebis anglaises ? Chapitre 205 page 21310... »
La brebis : « Mais-mais-mais ! Il va pas se prendre tout un déluge sur la derrière, monsiou Bouffon !!! On prend à gauche, to ze buvette ! »
Le berger : « Tout droit ! »
La brebis : « C’est pas possible d’être bouched comme ça !!! »
Le berger : « je suis un professionnel du pastoralisme et... »

(NDLB : Toutes les brebis prennent à gauche, "to the buvette", seuls le berger et la brebis anglaise continue sur le chemin. Le berger, ne se retournant pas ignore que son troupeau a pris la direction de la buvette des cimes...)

La brebis : « c’est ça, sors-nous tes médailles et tes trophées, petit Napoléon de randonnée touristique !!! »
Le berger : « Tu les veux, mes trophées, tu les veux ? »

(NDLB : Un autre berger observant la scène du haut d’une montagne) : « Eh ben ! C’est du joli... »

 

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