Des brebis tuées par des sangliers carnivores

Sangliers carnivores : l'État responsable ?

Pindray (Vienne) - Un éleveur dont une douzaine de brebis avaient été victimes en 2004
 de sangliers devenus carnivores demande à l'État de l'indemniser.

Des moutons attaqués par des chiens errants, voire par des chats sauvages, on connaissait. Mais par des sangliers, de mémoire d'éleveurs du Montmorillonnais, on n'avait jamais vu ça. En 2004, plusieurs troupeaux avaient subi la charge d'animaux mystérieux, laissant quelques dizaines de brebis sur le carreau.

Le diagnostic des spécialistes de la chasse avait été clair : le massacre ne pouvait qu'être dû à des sangliers devenus carnivores pour des raisons mal définies : mutation génétique ? Croisement avec des porcs domestiques ? Ou simplement nécessité vitale liée à la raréfaction des nourritures habituelles des sangliers dont les effectifs ne cessent de croître ?

Les infortunés éleveurs allaient alors s'apercevoir que rien n'est prévu pour ce type de dégât. Quand le sanglier s'en prend aux récoltes, c'est la fédération des chasseurs qui doit indemniser. Mais quand il décide de s'offrir un gigot, on ne sait pas.

Fort mécontents d'avoir perdu onze brebis sous les défenses des sangliers carnivores, deux éleveurs du GAEC du Petit-Poirat, à Pindray, décident de demander des comptes à l'État, à qui ils réclament 6.644 € d'indemnités. Leur avocat, Me Hervé Pielberg, a en effet trouvé une faille dans le code de l'Environnement. Celui-ci indique que tout fermier peut repousser, voire détruire les «fauves» qui s'en prennent à son bétail ou à ses récoltes. Mais le texte stipule que le sanglier n'en fait pas partie, sans stipuler que l'État est dispensé d'indemniser ses victimes.

Hier, le dossier est arrivé devant les juges administratifs de Poitiers. Le rapporteur public a confirmé la responsabilité sans faute de l'État. Mais, par un raisonnement qui peut prêter à discussion, il a aussi considéré que, même armés, les éleveurs n'auraient sans doute pas réussi à détruire les sangliers carnivores. Les lacunes de la loi seraient donc sans conséquences sur le préjudice du GAEC.

Il n'en est pas moins vrai que, depuis 2004, assaillis de plaintes d'agriculteurs, les chasseurs ont réduit bon nombre de sangliers en Montmorillonnais. Ont-ils abattu au passage les sangliers carnivores ? C'est probable. Toujours est-il que les attaques de troupeaux ont aujourd'hui cessé. Le tribunal rendra son jugement en principe le 31 janvier.

Vincent Buche
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