Ariège : l'enquête sur la disparition d'ours classée sans suite

2010, année de la biodiversité et des espèces menacées. 1er janvier...

Le 3 septembre, Philippe Lacube affirmait que 2 ours avaient été abattus en Haute-Ariège en juin : "Parce qu'ici en Haute-Ariège, il y a des gens qui ont fait le ménage. Voilà, moi je peux vous dire, les yeux dans les yeux et très franchement, qu'il y a deux ours qui ont été tués ce printemps en Ariège, et particulièrement en Haute-Ariège. Alors, les gens de la DIREN peuvent se gausser qu'il y aie moins d'attaques, mais les attaques, il y en a moins, parce qu'il y a moins d'ours."

Ça s’est donc réglé dans la montagne, en toute impunité et en dehors des lois. Et ils en sont fiers. "C'est l'omerta des montagnes qui prévaut en la matière." Philippe Lacube n'a même pas été inquiété. Quelques pressions : on crée un comité de soutien. Philippe Lacube critique les moyens déplacés pour l'enquête, puis rentre chez lui tranquille. Ce n'est vraiment pas difficile de buter un ours et en plus c'est sans risque. (Lire Philippe Lacube : pressions, soutien et détricotage).

Ce n'était pas la première sortie du fondateur de l'ASPAP, ainsi en décembre 2007 il déclarait : "Des paysans ont fait le choix de se faire justice eux-mêmes plutôt que réclamer les indemnités, lorsque une ou deux de leurs bêtes se sont fait attaquer. Philippe Lacube hésite. À sa connaissance, au moins deux peaux d'ours ont été trouées au fusil. Il a un sourire en coin. Ces deux peaux-là, personne n'ira les vendre." (Lire Philippe Lacube : rosbeef et peaux d'ours trouées.)

La loi du silence règne quand les anti-ours passent à l'action. Pourtant, il y a parfois des suites tardives. En novembre 1994 , lors d’une battue aux sangliers, dans une ancienne réserve dite "Lalonde", l’ourse "Claude" (l’avant dernière femelle de la lignée pyrénéenne) est tuée par des chasseurs de Borce (André Apiou). Dénoncés presque 2 ans plus tard, ils seront jugés par le TGI de Pau et condamnés en janvier 1999. André Apiou est mort dernièrement. Pour ceux qui veulent suivre la fin des ours, Stephan Carbonnaux a retracé la mort des derniers ours des Pyrénées.

En ce premier jour de l'année, vu l'impunité relatée par L.G. dans la Dépêche, on peut en être sûr que tant qu'il n'y aura pas de justice en Ariège : "C'est comme ça que les choses vont se régler, dans les montagnes."...

La justice a décidé de fermer l'enquête sur les ours "abattus"

Pas de cadavre, pas de coupable, pas de crime. Voilà la conclusion livrée par Antoine Leroy, procureur de la République à Foix, qui vient de boucler l'enquête ouverte sur la disparition de deux ours en Ariège. Après plusieurs semaines d'investigations, et une quarantaine d'auditions dans le milieu du pastoralisme, la justice a donc décidé de classer le dossier. Sans suite. «Il n'y a aucune preuve qu'une infraction ait été commise, c'est-à-dire qu'un ours ait été tué», conclut Antoine Leroy.

La «bombe» lâchée, début septembre, par le fondateur de l'Aspap, Philippe Lacube, se termine donc comme un pétard mouillé. Devant la presse, le porte-parole de la lutte anti-ours avait martelé, «droit dans les yeux», que ces deux ours avaient bien été abattus. Contacté hier, il n'e démord pas, même si aucun indice matériel ne vient confirmer ses dire.

«Je ne suis pas étonné que cette enquête n'ait pas abouti, souligne le fondateur de l'Aspap. La raison en est simple: je savais que le silence des montagnards allait prévaloir en dépit des moyens importants déployés par la justice dans ce dossier: des investigations ont eu lieu tout récemment. Il y a quinze jours à peine, des gens ont encore éte entendus, des outils ont été inspectés. Mais en vain». Il ne renie rien de ses déclarations: «La fin de cette enquête ne signifie que cela. Je n'ai pas raconté d'histoires. On croira ce que l'on voudra, mais les gens qui suivent l'ours savent bien qu'il s'est passé quelque chose». Pour sa part, Rémy Denjean, co-président de l'Aspap, enfonce le clou: «On savait que l'enquête ne donnerait rien. Les gens sont solidaires. La fin de cette enquête démontre les limites de l'action de l'Etat. Désormais, c'est comme ça que les choses vont se régler, dans les montagnes». Enfin, Gérard Dubuc, coprésident de l'Aspap, s'en tient aux faits: «C'était une simple rumeur, comme il y en a tant. Je suis incapable de dire si elle était fondée. La justice a été saisie, mais il manquait des faits matériels».

Reste, donc, la rumeur. Et certaines questions que l'on peut se poser sur le destin de Boutxy, ce fameux ours au fort appétit pour les brebis, nullement effarouché par l'homme, qui était porté manquant cet automne. Mais qui pourrait avoir migré pour de nouveaux territoires.
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