ANEM : Payez et taisez-vous !

L’ANEM  désire continuer à faire ce qu’elle veut avec notre argent, sans nous demander notre avis.

La revue "Géomètre" n° 2064 de novembre 2009 publie un article qui traite de l'ANEM, l'association des élus de montagne, présidée par le sémillant environnementaliste ariègeois Henri Nayrou.

Lui et ces 2 coreligionnaires du «parti de la montagne», les UMP Vincent Descœur (du Cantal) et Michel Bouvard de Savoie (anti-loup notoire), sont inquiets et s'estiment menacés par les débats ayant trait à l'aménagement du territoire, ou la réforme des collectivités territoriales. En effet, notre Président de la République envisage de remplacer conseillers généraux et régionaux (6 000 élus, en tout) par 3 000 conseillers territoriaux dès 2014.

Morceaux choisis

Henri Nayrou : «Les activités économiques et touristiques auraient disparu s'il n'y avait pas eu le conseil général». Bon, en Ariège, c'est plutôt la politique du conseil général qui fait fuir les touristes, mais on va pas s'attarder sur un cas particulier qui ne remet pas en cause le cas général. «Il faut pour le moins un principe de subsidiarité pour que la région puisse déléguer telle ou telle compétence au département». La disparition de la biodiversité sauvage au profit de la domestique, par exemple ?

«Il serait irréalisable de mener une politique touristique sur nos territoires depuis le conseil régional».
Ben oui c'est connu : les étrangers qui viennent chez nous, ils savent pas ce qui est bon pour eux. C'est pour ça qu'ils viennent de moins en moins en Ariège.

«Les conseillers territoriaux seront des élus hors sol». Pas autant, quand même, que les agneaux de bergerie ariégeois vendus en Espagne avant d'avoir vu une estive ?

Mais il y a plus performant : son méconnu collègue Vincent Descœur possède lui aussi un bon "potentiel", à ce jour trop peu exploité : «Nous serons attentifs à ce que les conseillers territoriaux ne soient pas seulement élus sur des critères démographiques». Selon l'ANEM, la montagne c'est 25 % du territoire, mais 7 % de la population seulement. Alors forcément, on préfère voir voter les hectares plutôt que les citoyens. Notons que sur 920 parlementaires (Sénat plus Assemblée), plus de 250 parlementaires viennent de la zone de montagne (C'est eux qui le disent). Soit plus de 27 %, c'est à dire plus encore que la superficie relative des zones de montagne (25 %). On comprends qu'ils s'inquiètent : même en considérant que les hectares doivent être prépondérants sur les citoyens (et il est normal que ce critère soit intégré, dans une certaine mesure), ils sont déjà sur représentés ! Toute réforme ne peut donc aller que dans le sens d'une diminution, même minime, de l'influence des roitelets locaux.

«Les collectivités doivent conserver leur autonomie, avec un impôt économique et non un impôt basé sur les seules personnes physiques». C'est sûr, si les ressources fiscales provenaient uniquement des 7 % d'habitants montagnards, pas sûr qu'il resterait des sous pour financer des rassemblements anti-environnementaux du type des «Pastoralies» (des pastorâleurs).

«Ce n'est pas la région qui peut, de si loin, développer nos stations de sports d'hiver !» Non, la région elle ne peut pas. D'ailleurs, on ne compte pas non plus demander au contribuable régional de les financer, c'est pour vous dire à quel point on peut se passer de la région. Alors que l'année 2009 a été la plus chaude de la décennie, avoir pour programme visionnaire de continuer à développer les stations de ski, ça permet de mieux comprendre le choix du thème suivant pour le congrès de l'ANEM 2009 : «Une action durable pour la montagne».

Et la meilleure pour la fin : «La montagne doit être lue par la collectivité comme une chance, et non comme une charge». Un point c'est tout. Vous en avez de la chance, alors envoyez la monnaie ! Parce que la réciproque est plus compliquée : la collectivité c'est une chance pour récupérer des subsides.
Mais le point de vue de la collectivité, ça c'est une charge dont on peut se passer, vu qu'elle n'est pas compétente (voir plus haut).

Le programme de l'ANEM tient finalement en une phrase : On veut continuer à faire ce qu'on veut avec votre argent et sans votre avis. Pour y parvenir, il faut répondre à cette pertinente question du député Vincent Descœur : «Comment faire pour que les territoires de montagne restent les détenteurs de leur avenir, et qu'ils en conservent les moyens financiers ?». Que de poésie dans cette manière de demander au contribuable de continuer à cracher au bassinet sans barguigner. A aucun moment n'est abordée la question des attentes de la société dans son ensemble. Celle-ci a des devoirs, mais manifestement, pas beaucoup de droits. Car j'ai bien l'impression que lorsque le député du Cantal affirme que : «nos territoires sont détenteurs de bien collectifs. Il faut en assurer la pérennité», ce n'est pas à la biodiversité dans sa globalité à laquelle il fait allusion. Pourtant, la plupart de nos concitoyens sont disposés à payer pour la préserver, en conformité avec les engagements internationaux de la France.

Regrettable divergence dans la vision de l'avenir entre la majorité des français et quelques élus locaux aux pouvoirs surdimensionnés.

Marc LAFFONT

Commentaires