Analyse du discours de Chantal Jouanno et solutions envisagées

Par B. G. (Teddy Bear)

Maintenant que le Plan, pratiquement vide de tout, a été annoncé, faisons un point… Je vous avoue que mes premières réactions ont été la colère et la frustration après tant d’attente… Avec une nuit de recul je me dis que ce n’est peut etre pas plus mal que l’on détende l’atmosphère avec tout de même l’arrivée d’une ourse en Bearn (même si j’aurais aimé que l’on prenne en compte aussi le décès de palouma). Mais avant de reparler des annonces d’hier et d’envisager l’avenir, je voudrais juste faire un point sur le suivi actuel de notre population…

Si nous savons tous qu’il faut impérativement un renfort d’environ 5-6 ours sur le long terme au minimum pour sauver la population, il y a un point qui me choque depuis longtemps et sur lequel nous commençons seulement tout doucement à être organisé… il s’agit du suivi de notre population qui reste plus que flou surtout pour le noyau central.

Des efforts sont certes effectués depuis environ un an, avec notamment enfin un apport d’information au dela de la frontiere avec des récoltes d’indices, des photos, et des videos de nos ours… mais pour une population aussi petite (on parle d’à peine 15 individus pour le noyau central) chaque détail compte.

Personnellement après avoir recoupé de nombreuses publications notamment avec mathieu Krammer et Philippe Charlier il y a quelques années, on s’est aperçu des nombreux contresens ou fausses vérités de l’ETO qui a pu publier des communiqués sur la présence d’oursons (par exemple pour 2002-2003) pour quelques années après ne plus en tenir compte … mais sans publier aucun démenti ou corrigé l’information d’origine.

C’est ainsi que sur la dernière note de synthèse de l’ONCFS sur l’ours on découvre que Ziva n’a jamais eu d’oursons en 2000???!!!! … un comble alors que de nombreuses publications ou articles (voire encore les rapports de l’ONCFS pour 2002 et 2003) ont parlé de subadulte divagant dans le comminges par exemple en 2001 et 2002. Aujourd’hui on ne les note même pas disparu … on estime qu’ils n’ont tout simplement pas existé …

Fausses informations ou désinformation ? Je n’en sais rien … mais aucun suivi dans les notes c’est sûr…  on pond de nouveaux rapports sans prendre en compte les précédents et chacun semble réécrire l’histoire à sa sauce ce qui me donne la désagréable impression d’être mené en bateaux.

Un autre exemple, il y a deux ans un communiqué de l’ETO parle de traces d’oursons découvertes en Catalogne au sud de l’aire de répartition … aujourd’hui plus aucune trace de ce communiqué qui a disparu de la circulation sans démentis (la seule trace apparait dans le point mensuel des indices trouvés…à l’été 2008).

Un dernier exemple concerne les oursonnes de Hvala, Pollen et Bambou, dont on sait qu’elles sont des femelles … mais aujourd’hui, où le génotype de chaque individu est important, on ne sait toujours pas si ces oursonnes sont les filles de Pyros ou si leur père est slovène. Je suppose que c’est le deuxième cas d’après le tableau du 22/07 fait par l’ONCFS… mais comme rien n’a été écrit sur le sujet, ca reste une supposition.

Tout cela pour dire, que la communication de l’ETO manque singulièrement de professionnalisme, de continuité dans le temps et de transparence (si on pouvait déjà simplifier la classification des informations sur le site entre brêves, Flash infos … etc)… ce qui me fait presque douter de chaque annonce. Surtout quand elles sont positives, comme l’information de cette ourse suitée du côté de Couflens qui est venue bien à propos juste avant l’annonce du plan ours.

Donc dans le fond ca me va si l’ETO fait simplement son travail pour continuer de connaitre la population existante plutôt que de parcourir la campagne avec des antennes relais à essayer de repérer tel ou tel ours. Et c’est ce que je comprends quand j’entends Mme Jouanno dire que l’on va effectuer un suivi annuel et individualisé.  

Après cette aparté sur le suivi de l’ours et ses trous noirs, je voudrais revenir sur ce qui a été dis hier et évoqué l’avenir avec le possible (probable puisque même les opposants se réjouissent de cette décision) retour d’une ourse à l’ouest’

1er point : Il y a beaucoup de croissance naturelle puisqu'on a aujourd'hui entre 19 et 22 ours

En partie vrai car nous venons d’enregistrer 4 naissances en deux ans … mais surtout faux. Petit rappel, en 2005 avant la dernière réintroduction on estimait la population d’ours à 14-18 individus… 5 ans et 5 réintroductions après … nous en sommes à 19-22 ours sur le massif. Cela signifie juste qu’en 5 ans les naissances ont juste équilibré les décès … la croissance de la population ursine est donc dans les faits à zéro.

Qu’on ne vienne pas me dire aujourd’hui que c’est la preuve que l’ours n’est pas adapté aux Pyrénées, cela signifie juste que la population d’ours est trop isolée et trop consanguine et que sa croissance ne pourra pas s’améliorer sans un minimum de sang neuf.

En effet, notre population actuelle ne repose que sur le mâle Pyros et sur 3 femelles (Ziva, Melba et Hvala)… Balou et Sarousse s’ils se sont bien adaptés à leur nouvel environnement, se montrent très discret que ce soit vis-à-vis de l’homme que de leur propre congénère… puisqu’ils se sont installés sur de nouveaux territoires inconnus du sexe opposé actuellement. Caramelles a bien donné naissances à plusieurs portées en s’accouplant avec Pyros notamment … dont elle est elle-même la fille… et ainsi de suite dans les générations … sacré complexe d’oedipe …

L’apport d’un nouveau mâle dans le noyau central est donc pour moi tout aussi important pour ce noyau que l’arrivée de femelles en Bearn. Ceci est encore plus vrai que Pyros à 21 ans ne devrait pas tarder à ne plus pouvoir se reproduire… tout comme Ziva d’ailleurs, qui doit être également proche des 20 ans (la ménopause chez les ours arrive à peu près à cet âge).

2ème point : Il y a de la marge entre l’extinction de l’espèce et une politique massive de réintroduction

Oui je suis tout à fait d’accord et c’est à ce juste milieu que les associations de défense de l’ours voulaient arriver. Mais en refusant de renforcer la population actuelle, avec par exemple l’apport d’un individu par an pendant 5 ans, on va arriver à ce que la population soit tellement consanguine et donc en danger immédiat d’extinction qu’il faudra en arriver à une nouvelle politique massive de réintroduction.

Mais il est effectivement plus facile de passer la patate chaude à son voisin… mais pour ce type de plan en douceur que les associations doivent se battre.

3ème point : A l’avenir, je souhaite que tout ours tué par l’homme soit systématiquement remplacé

Et comment va-t-on le prouver ? Où sont passés les Bouxty, Kouky et les autres ours nés depuis 2000 ? Un braconnier ne revendiquera jamais son acte…
Dans quelle catégorie rentreront donc tous les ours disparus par l’opération du saint esprit ?Un protocole précis doit, sur ce type de cas, être établi. Par exemple, tout ours adulte (plus de 4 ans et moins de 20 ans) qui ne sera pas identifié génétiquement trois années consécutivement devra faire l’objet d’un remplacement.

4ème point : Beaucoup de scientifiques critiquent la manière dont ont été choisis les ours réintroduits en 2006

Excepté l’erreur de casting concernant Franska qui s’est avérée avoir 17 ans … je ne vois pas où est le problème. Tous les autres ours réintroduits se sont montrés particulièrement discret, même s’ils ont été pu être vagabond comme Balou, et assez peu prédateur. Concernant Palouma, elle a déroché …mais c’est un malencontreux accident qui peut arriver à tous types d’ours surtout qu’elle semblait s’être bien acclimaté à son secteur de Bagnères de Luchon.

Sarousse, elle, continue son bonhomme de chemin sans se reproduire malheureusement… et vraiment en toute discrétion, car même avec son collier émetteur on ne la repère que très rarement. Je crois qu’en 4 ans, on n’a jamais pu obtenir un indice direct (poil, crotte) de sa présence. 

5ème point : Nous estimons qu’il y a lieu de réintroduire une femelle dans le Béarn. Mais il faudra prendre le temps de bien choisir l’animal.

C’est la bonne nouvelle de ce discours… enfin une femelle !!! nous savons tous que ce ne sera pas suffisant, mais cela permettra de maintenir le noyau quelques années et surtout de sauver le patrimoine génétique de nos derniers ours pyrénéens.

Le choix du pays d’origine doit logiquement être à nouveau la Slovénie ou la Croatie qui font partie du même noyau. Pourquoi ? parce qu’il n’y a pas lieu de changer pour une ourse, et que la population des Cantabriques même si elle s’est bien redressée, n’est pas sauvée. Notamment le noyau ouest, qui comme le notre, manque cruellement de femelles. Alors avant de sauver la population Pyrénéenne, les espagnols penseront déjà à assurer la survie de leurs deux noyaux.

De plus contrairement à ce qu’à dit Mme Jouanno, les ours slovènes sont particulièrement bien adaptés à nos montagnes comme j’ai pu l’écrire précédemment… Franska étant juste l’erreur qui confirme la règle des 7 autres cas, tout simplement à cause d’une erreur sur son âge.

Il sera donc important cette fois ci de choisir une ourse jeune, de 4 à 7 an maximum.

Concernant la période la plus propice, il me semble que ce soit le printemps. Pour être précis autour du 20 mai… J Ce n’est pas une date au hasard, mais elle correspond à peu près à la moitié de la période du rut.

Elle est donc importante pour deux raisons : cela permet à l’ourse de se reproduire en Slovénie avant d’arriver (pourquoi pas d’arriver pleine dans ce cas), la période du rut commençant fin avril – début mai, ce qui serait un bon point au niveau génétique. La deuxième est que cela lui permettrait aussi de connaître la période du rut avec nos ours. La possibilité qu’il se reproduise avec cette nouvelle arrivante diminuerait ainsi de beaucoup le risque d’infanticide, les mâles ne tuant généralement pas leur descendance ou ce qu’il pense être leur descendance. Malgré cela, le risque d’infanticide ne sera malgré tout pas négligeable avec une seule ourse pour 3 mâles dans la force de l’âge cherchant à  se reproduire.

L’AVENIR

Malgré la bonne nouvelle de pouvoir enfin sauver le noyau ouest pour quelques années… il faut voir au-delà de la prochaine arrivée de cette ourse en Bearn. Car s’il s’agit d’une étape nécessaire, elle n’est pas suffisante.

Avant de parler et de lutter pour un autre plan ours, nous nous devons de savoir exactement quel est l’état de notre population et d’établir un tableau génétique exact de nos individus répetoriant ainsi qui sont les ascendants et descendants de chacun.

C’est ce que réalise les italiens avec leur programme de réintroduction, il n’y a donc pas de raisons que nous ne puissions l’accomplir aussi d’autant que nous connaissons parfaitement génétiquement les individus qui sont à la base de la population actuelle.

Cela nous donnera ainsi une vue réelle du problème de consanguinité que rencontre notre population, et cela nous permettra également de savoir de quel type, mâle ou femelle, et de combien de renfort notre population a besoin … 

C’est pour moi un élément indispensable avant de penser un nouveau plan ours, car il est beaucoup plus facile à réaliser sur une population restreinte que sur une population importante. 

Nous devons aujourd’hui nous armer pour demain … et demain c’est 2012 avec une nouvelle présidence et un nouveau gouvernement. Pour cela nous devons continuer l’action débuter auprès des instances européennes pour qu’elle force l’état à restaurer une population viable dans les Pyréenes et non pas juste à conserver un reliquat.
L’effort n’est pourtant pas grand pour y arriver… Il pourrait s’articuler autour d’un plan sur 5 ans avec l’introduction d’un seul individu par an pour arriver à une population viable et que l’on pourrait transmettre à nos jeunes générations.

Il suffirait ainsi de renforcer le noyau occidental par deux nouvelles femelles (ce qui ferait 3 au total avec celle de 2011), de renforcer le noyau oriental avec l’apport d’une femelle en Ariège est et de consolider le noyau central avec un mâle et un mâle ou une femelle. Le phénomène de dispersion des mâles (phénomène qui est très faible concernant les femelles qui restent souvent à proximité du territoire maternelle voir même dessus) suffirait à l’échange génétique entre les différents noyaux à partir du moment où chacun comporte un nombre minimum de femelles.  

 Au travers le plan qui vient d’être annoncé, nous avons peut être perdu une bataille, mais sachons rester mobilisé car l’action des associations et de toutes les bonnes volontés continuent pour donner un avenir à l’ours mais aussi à la biodiversité dans les Pyrénées (et en cela je me réjouis du prochain retour du bouquetin).

B. G.

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