Faune sauvage : deux visions divergentes

"Faune sauvage: deux visions divergentes" est le titre d’un article consternant, bien sur non signé qui paraît dans la Dépêche du Midi. L’article suscite de nombreuses réactions outragées. En voici un extrait...

«Depuis des décennies, la gestion de la faune sauvage interpelle l'ensemble des citoyens et fait l'objet de débats passionnés. Ceci étant, tous ne disposent pas toujours d'éléments permettant de se forger sereinement une opinion.

Sur le sujet de la faune sauvage, le grand public souvent intéressé et demandeur d'informations, se trouve confronté aux affirmations, plus ou moins objectives des uns et des autres, certaines parfois diffusées et relayées sans vérification, de manière outrancière. D'un côté une vision dogmatique, voire idéologique, avec une nature qui se suffirait à elle-même, d'où l'homme, ses interventions et ses activités devraient être exclus.

Cette stratégie portée par quelques uns est présentée comme un modèle de gestion de la faune et trouve quelques échos auprès de décideurs trompés ou partisans.

Le résultat est affligeant, jugez-en plutôt au travers de ces quelques exemples. (...)»

Le journaliste s’en prend alors en vrac (et en intervertissant des partagraphes) aux cormorans, aux goélands argentés, aux vautours fauves, aux Bernache du Canada, aux bouquetins...On voit qu'après les loups, les ours et les lynx, il reste encore une multitude d'espèces "nuisibles" ! Que de régulations en perspectives ! La fine plume fait aussi l’apologie de la biodiversité à visage humain (cette création très "utilitaire" de Bruno Besche-Commenge de l’ASPAP): « D'un autre côté, il existe une gestion pragmatique menée par des hommes de terrain qui, en Ariège, permet le maintien d'un maximum d'espèces (biodiversité) dans des proportions satisfaisantes, en harmonie avec les activités humaines économiques, sociales, culturelles, parmi lesquelles les piliers de l'aménagement du territoire que sont l'agriculture, l'élevage, la sylviculture et bien sûr la chasse. »

A la lecture de cette article nauséabond, je me suis replongé dans le livre de François Terrasson “La civilisation anti nature” à la recherche d’un extrait parlant pour répondre à la Dépêche du Midi. J’y ai trouvé, dans la préface de Marc Giraud, ces quelques lignes.

Chaque jour, la télévision nous distille sans même sans rendre compte des aberrations que quasiment plus personne ne songe à remettre en cause. “Dangerosité” inquiétante de la montagne, de la neige en hiver (si, si!), du soleil, de la plage, des vagues, des petites bêtes qui piquent, du grand méchant loup, des arbres qui ont le culot de tomber, et autres scandaleuses menaces dont notre civilisation entend nous préserver jusqu’à l’infantilisation. Bref, tout ce qui ne vient pas de l’homme est l’ennemi désigné, et l’on occulte au passage les véritables dangers dus aux chimies diverses dont nos corps sont pollués. Pour l’humain téléspectateur d’aujourd’hui, la nature n’est plus qu’un centre de loisirs sévèrement encadré, où l’on n’ose pénétrer qu’accompagné de professionnels certifiés.”

Un “guide de pays” que Fabrice Nicolino a décrié comme anti-nature aurait pu signer ce genre de papier, s’il n’en est pas l’auteur…

François Terrasson écrit : "Peut-on tolérer quelque part des animaux sauvages qui font ce qu'ils veulent, qui vont où ils veulent? Au lieu d'être soumis à notre volonté? La réponse est : NON. Sans équivoque. Partout ! "On ne va quand même pas laisser ça comme ça!" (...)

"Les diplodocus ont disparu, et dans la région, on les regrette pas spécialement". Voilà en substance ce que déclarait récemment un maire pyrénéen à qui l'on posait le problème de la survie de l'Ours. (...) Encore une fois, la nature, c'est ce qui n'est pas nous. Doit-on laisser exister dans l'univers des choses que nous ne savons ni diriger, ni produire? De l'AUTRE?"

2010, année de la biodiversité, en Ariège, aussi, mais pas pour tout le monde, pas à la fédération de chasse et pas dans le milieu pastoral qui ont leurs entrées à la Dépêche du Midi.

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