La France préfère les dépouilles d'ours aux ours vivant dans les Pyrénées

Nous pouvons faire une consternante constatation à la laecture d'un article de la Dépêche du Midi : La France gère les dernières dépouilles mais oublie de protéger les derniers ours vivants ! Que va faire la France des derniers ours vivant dans les Pyrénées ?

Que faire des derniers ours des Pyrénées ?

Que faire des derniers ours des Pyrénées ?

Faune sauvage -  Un squelette d'ours des Pyrénées dans les réserves du Muséum. Les spécimens les plus récents sont à l'école vétérinaire./Photos DDM, N. Saint-Affre

Cannelle, le dernier ours femelle de souche pyrénéenne, va-t-elle bientôt quitter la chambre froide de l'école nationale vétérinaire de Toulouse (ENVT), qu'elle occupe depuis six ans, pour rejoindre les collections du Muséum d'histoire naturelle ?

Après plusieurs années de blocage, le dossier devrait enfin avancer. Les dépouilles des ours des Pyrénées encombrent depuis longtemps les frigos de l'ENVT où leur autopsie a été réalisée. Melba y est depuis 1997, Cannelle depuis 2004, Palouma depuis 2006 et Franska depuis 2007. Ces ours, qui ont fait l'objet d'une procédure judiciaire après leur mort violente (deux ont été tués par des chasseurs, un autre renversé par une voiture), sont sous scellés. Et seule leur levée peut permettre un transfert vers le Muséum d'histoire naturelle. Ce dernier se dit très intéressé par Cannelle, le seul spécimen autochtone qui présente un réel intérêt patrimonial. «Nous souhaitons être dépositaire de l'espèce française la plus récente» confirme Virginio Gaudenzi, directeur par intérim du Muséum d'histoire naturelle de Toulouse. Mais, regrette le directeur, «on ne maîtrise pas le calendrier de son transfert dans notre collection. ça fait bientôt quatre ans que nous avons formalisé la demande. Si les scellés sont levés, après ça ira vite».

Blocage depuis six ans

Dès 2004, Philippe Douste-Blazy, alors maire de Toulouse, avait annoncé le transfert de Cannelle au Muséum. Depuis, rien n'a bougé. «Une fois la fièvre retombée, les pouvoirs publics s'en désintéressent complètement» déplore le professeur vétérinaire Yves Lignereux, aujourd'hui au Muséum de Toulouse. Or aujourd'hui, le parquet général de Pau, dont dépend Cannelle, se dit favorable à la levée des scellés : «Il n'y a aucune difficulté, affirme le substitut du procureur, Dominique Briron. Mais encore faut-il qu'on nous en fasse la demande : à ma connaissance, elle n'a jamais été déposée». L'école vétérinaire devrait dans les semaines qui viennent demander la levée des scellés et régler les détails du transfert avec le Muséum de Toulouse. Avec un risque cependant : se faire souffler Cannelle par le Muséum d'histoire naturelle de Paris, également intéressé.

Impossible à naturaliser

«Après une autopsie, il ne reste pas grand chose à récupérer, et en tout cas pas de dépouille à naturaliser», explique le professeur vétérinaire Yves Lignereux, qui avait participé à l'autopsie de Melba. «Melba par exemple, avait perdu une bonne partie de la peau de sa tête. Et quand Cannelle a été trouvée, elle avait déjà été bien nettoyée par les vautours.» «La seule préparation possible, c'est le squelette, confirme-t-on à l'ENVT. La chambre à congélation, qui tombe souvent en panne, ne permet pas une bonne conservation de la peau.»

L'ours Papillon est dans une caisse

L'exploitation de son squelette n'a jamais fait l'objet de polémique : mort de vieillesse - il était âgé de 28 ou 29 ans - en juillet 2004, l'ours béarnais Papillon est au Muséum d'histoire naturelle de Toulouse depuis fin 2007. Ses os reposent dans une boîte en bois, conservée dans les vastes sous-sols climatisés du musée où la température n'excède pas les 18° et un taux d'humidité de 50 %. Assistant de conservation en zoologie au Muséum, Henri Cap montre le crâne et la mâchoire du plantigrade, dont les dents sont très usées. Pour l'heure, il n'est destiné qu'à l'observation scientifique. Sa présentation au public aura lieu dans un second temps : «On réfléchit à l'aménagement d'un espace autour de la question des espèces menacées que pourrait illustrer l'ours des Pyrénées. Mais pour l'instant, Papillon est un objet patrimonial qui fait partie de nos collections» explique le directeur par intérim, Virginio Gaudenzi, qui ne désespère pas obtenir la dépouille de Cannelle. Il est moins intéressé par le squelette de Melba, née en Slovénie, dont les scellés ont pourtant été levés par le parquet de Saint-Gaudens. En attendant, Papillon reste dans sa boîte. Toutefois, un ours sortira des quelque 2,5 millions de pièces que comptent les réserves du Muséum : un splendide squelette d'ours des cavernes pour la grande exposition sur la préhistoire qui se déroulera en octobre.

Le chiffre : 4 ours des pyrénées

Conservés à Toulouse. Il s'agit de :

  • Melba (souche slovène), tuée en 1997 par un chasseur en Haute-Garonne;
  • Cannelle (souche pyrénéenne), tuée par un chasseur en 2004 dans les Pyrénées-Atlantiques;
  • Palouma (souche slovène), retrouvée morte au fond d'un ravin en 2006;
  • et Franska (souche slovène) percutée par une voiture en 2007 dans les Hautes-Pyrénées.

Source : DDM

 

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