Qui doit être exposé à l'opprobre populaire : le vautour qui fait son travail ou le pseudo éleveur ? Eloge des vautours (3)

par Gérard Bozzolo

Les bruits qui entourent la déviance comportementale des vautours dans les Pyrénées, style loups du Gévaudan, sont porteurs pour les feuilles de choux locales qui traquent le sensationnel. Ces excellentes mises au point de Jean-François Terrasse et de Fabrice Nicolino) devraient contrecarrer la désinformation, même si les observations lointaines (tourisme visuel…) peuvent prendre des apparences trompeuses...

Chacun y va de son explication et beaucoup insistent sur les conséquences indirectes de l’application des règles communautaires en matière d’équarrissage. Cette mise en conformité sur le versant espagnol où se sont installées des porcheries industrielles en forte concentration, a donc affamé les colonies de commensaux fortement représentées.

La faim provoquerait-elle une modification comportementale de ces dépeceurs en prédateurs ? Possible dans bien des cas, à condition que ces oiseaux ne soient pas aussi spécialisés et qu’ils soient équipés pour. Ces rappels sont donc bienvenus.

Des vautours qui attaquent ou des éleveurs négligents? De l'importance de la présence de races à vélage difficile en montagne.

Un autre facteur explicatif dans ce semblant de désordre de fonctionnement comportemental ne peut que s’ajouter à la famine invoquée. Dans les estives pyrénéennes on peut constater une "montée" en puissance de la présence de bovins allaitants sur les estives avec une forte représentativité de la race Blonde d’Aquitaine sur plus de la moitié du massif, dans le sens occidental. Cette excellente race à viande a cependant pour inconvénient de présenter, souvent, des vêlages difficiles qui nécessitent la présence et l’aide des éleveurs quand ce n’est pas de césarienne. Laisser monter des bêtes parturientes, à proximité du terme, en dit long sur la négligence de certains éleveurs.

Dans ces conditions les vautours, dont la prescience de la mort est innée après des millénaires de sélection, font leur travail. Certains veaux mort-nés ou encore endormis par un travail trop long et qui ne sont pas stimulés par l’action de l’homme, n’activent pas leur respiration et sont donc naturellement des candidats pour les vautours. Parfois ce sont des vaches qui après une mise bas particulièrement difficile peuvent présenter des hémorragies de différentes nature et donc être à l’agonie.

Qui doit être exposé à l’opprobre populaire : le vautour qui fait son travail ou le pseudo éleveur qui néglige ses animaux ?

Les races performantes fortement sélectionnées pour la viande exigent, en contrepartie, des soins attentifs et une plus forte surveillance et implication des éleveurs pour compenser leur fragilité physiologique. La tradition pastoraliste qui s’appuyait sur des races locales plus rustiques (Casta, Béarnaise, voire Gasconne ou Bétizou) permettait cette mise en vacances laxiste, sans besoin d’assistance. La rançon de la performance génétique réclame des conditions d’élevage plus sophistiquées.

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